jeudi 27 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-1902286 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | AKAKPOVIE EKOUE DIDIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 décembre 2019, M. A B, représenté par Me Akakpovie, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir, à titre principal, l'arrêté du 12 décembre 2019 du préfet de la Corrèze portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ainsi que par voie de conséquence l'ensemble des décisions en découlant ; à titre subsidiaire, d'annuler cette décision du 12 décembre 2019 ainsi que le signalement aux fins de non admission dans le système Schengen qui en résulte ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Corrèze à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ; à titre subsidiaire de l'enjoindre au réexamen sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761 1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence en refusant d'exercer son pouvoir discrétionnaire de régularisation et alors qu'il avait présenté un dossier de demande de titre de séjour en qualité de salarié ;
- la décision manque de base légale en ce qu'elle ne pouvait plus légalement être prise car l'obligation de quitter le territoire français n'ayant pas été exécuté pendant plus d'un an, n'est plus exécutoire ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa vie personnelle ;
- le signalement aux fins de non admission dans le système Schengen est illégal du fait de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2020, le préfet de la Corrèze conclut au rejet de la requête comme non fondée.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 janvier 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La rapporteure publique, sur sa proposition, a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni repréentées.
Considérant ce qui suit :
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
1. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " I. ' L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant au sens des 4° et 5° de l'article L. 121-1, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () 6° Si la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 743-1 et L. 743-2 , à moins qu'il ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Lorsque, dans l'hypothèse mentionnée à l'article L. 311-6, un refus de séjour a été opposé à l'étranger, la mesure peut être prise sur le seul fondement du présent 6° ; () / III. ' L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. / Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour. / () Lorsque l'étranger ne faisant pas l'objet d'une interdiction de retour s'est maintenu sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative peut prononcer une interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans à compter de sa notification. () ".
2. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
3. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de la décision en litige que pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans à l'encontre de M. B, le préfet de la Corrèze s'est fondé sur le motif, qui n'est pas contesté, que l'intéressé s'est soustrait à la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours édictée le 6 juillet 2018. Dans ces conditions et alors qu'aucune disposition ne conditionne la légalité d'une interdiction de retour sur le territoire français à l'existence d'une décision portant obligation de quitter le territoire français datant de moins d'un an, le préfet n'a pas commis d'erreur de droit en prononçant cette interdiction sur la base de l'absence d'exécution de la décision d'éloignement du 6 juillet 2018.
4. En deuxième lieu, le seul dépôt d'une demande de titre de séjour ne saurait faire obstacle à ce que l'autorité administrative décide de prendre une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger qui se trouve dans le cas mentionné au 6° du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne saurait en aller autrement que lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à l'intéressé, cette circonstance faisant alors obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ou que celle-ci soit ensuite assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français.
5. En l'espèce, M. B, dont la demande d'asile a été rejetée, entrait dans l'un des cas définis au 6° du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Il se borne à se prévaloir de la demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié, qu'il a présentée à la préfète de la Corrèze le 16 mai 2019 et déclaré complet de 6 septembre 2019, avant que celle-ci ne se prononce, sans soutenir également, ni à plus forte raison démontrer, qu'il remplissait les conditions pour se voir attribuer de plein droit ce titre de séjour. Par suite, son moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.
6. En troisième lieu, il résulte des pièces du dossier que M. B est entré en France en 2016 et qu'il a reconnu le 16 décembre 2019 et par anticipation son enfant à naître. Toutefois, il ne justifie d'aucune communauté de vie avec la mère de l'enfant et ne démontre pas s'investir dans cette paternité. Il n'établit ni même n'allègue entretenir des liens personnels ou familiaux d'une particulière intensité sur le territoire français. De plus, il n'apporte aucun élément de nature à prouver qu'il aurait transférer le centre de ses intérêts personnels et privés en France. Dans ces conditions, le préfet de la Corrèze, en faisant interdiction à M. B de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation des conséquences de celle-ci sur sa vie personnelle.
7. En quatrième lieu, eu égard aux circonstances indiquées au point précédent du présent jugement, M. B, qui s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français, ne peut se prévaloir d'attaches privées ou familiales d'une intensité particulière sur le territoire national. Il ressort également de l'arrêté attaqué qu'il a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il s'est soustrait. Dans ces conditions, alors même qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a introduit une demande de titre de séjour en qualité de salarié, il ne peut se prévaloir de l'existence de circonstances humanitaires. Eu égard à l'ensemble de ces circonstances, la préfète de la Corrèze, qui a procédé à l'examen complet de la situation du requérant, a pu ainsi, sans méconnaitre l'étendue de ses compétences prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
Sur le signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français :
8. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 12 décembre 2019 du préfet de la Corrèze portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans doivent être écartées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. B est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Akakpovie et au préfet de la Corrèze.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022 où siégeaient :
- Mme Mège, président,
- Mme Siquier, première conseillère,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.
La rapporteure,
H. D
Le président,
C. MEGE
Le greffier,
M. C
La République mande et ordonne
au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
M. C
mf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026