mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2000005 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | DURANÇON DELPHINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, respectivement enregistrés les 6 janvier et 11 février 2020, M. E B, représenté par Me Durançon, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du garde des sceaux, ministre de la justice du 13 novembre 2019 portant prolongation de son placement à l'isolement à compter du 14 novembre 2019 jusqu'au 14 février 2020 ;
3°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice de le faire placer sous le régime traditionnel de l'isolement carcéral dans le délai de sept jours, à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision a été prise l'issue d'une procédure irrégulière :
- il n'a eu communication de l'intégralité des motifs conduisant le chef d'établissement à envisager la prolongation de la mesure d'isolement dans le cadre de la procédure contradictoire, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 57-7-64 du code de procédure pénale ;
- la décision a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire A lors qu'il n'a pas eu accès à plusieurs éléments lui permettant de préparer sa défense, pas plus que son conseil, et qu'il n'a pu produire ses observations écrites en méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision méconnaît les dispositions des articles R. 57-7-73 et R. 57-7-78 du code de procédure pénale A lors que l'avis médical est postérieur à la proposition de renouvellement de placement à l'isolement ; cet avis a été rendu sans qu'il n'ait rencontré ce médecin ;
- la mesure d'isolement est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; le maintien au quartier d'isolement porte atteinte à sa santé ; il a subi des agressions en détention.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.
M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle total par une décision du 22 janvier 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la circulaire du 14 avril 2011 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de Mme Passerieux, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".
2. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 janvier 2020. Dans ces circonstances, il n'y a plus lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Aux termes de l'article R. 57-7-62 du code de procédure pénale : " La mise à l'isolement d'une personne détenue, par mesure de protection ou de sécurité, qu'elle soit prise d'office ou sur la demande de la personne détenue, ne constitue pas une mesure disciplinaire ". Aux termes de l'article R. 57-7-63 du même code : " La liste des personnes détenues placées à l'isolement est communiquée quotidiennement à l'équipe de l'unité de consultation et de soins ambulatoires de l'établissement. Le médecin examine sur place chaque personne détenue au moins deux fois par semaine et aussi souvent qu'il l'estime nécessaire. Ce médecin, chaque fois qu'il l'estime utile au regard de l'état de santé de la personne détenue, émet un avis sur l'opportunité de mettre fin à l'isolement et le transmet au chef d'établissement ". Aux termes de l'article R.57-7-64 du même code : " Lorsqu'une décision d'isolement d'office initial ou de prolongation est envisagée, la personne détenue est informée, par écrit, des motifs invoqués par l'administration, du déroulement de la procédure et du délai dont elle dispose pour préparer ses observations. Le délai dont elle dispose ne peut être inférieur à trois heures à partir du moment où elle est mise en mesure de consulter les éléments de la procédure, en présence de son avocat, si elle en fait la demande. Le chef d'établissement peut décider de ne pas communiquer à la personne détenue et à son avocat les informations ou documents en sa possession qui contiennent des éléments pouvant porter atteinte à la sécurité des personnes ou des établissements pénitentiaires. Si la personne détenue ne comprend pas la langue française, les informations sont présentées par l'intermédiaire d'un interprète désigné par le chef d'établissement. Il en est de même de ses observations, si elle n'est pas en mesure de s'exprimer en langue française. Les observations de la personne détenue et, le cas échéant, celles de son avocat sont jointes au dossier de la procédure. Si la personne détenue présente des observations orales, elles font l'objet d'un compte rendu écrit signé par elle. Le chef d'établissement, après avoir recueilli préalablement à sa proposition de prolongation l'avis écrit du médecin intervenant à l'établissement, transmet le dossier de la procédure accompagné de ses observations au directeur interrégional des services pénitentiaires lorsque la décision relève de la compétence de celui-ci ou du ministre de la justice. La décision est motivée. Elle est notifiée sans délai à la personne détenue par le chef d'établissement. ". L'article R. 57-7-73 du même code dispose : " Tant pour la décision initiale que pour les décisions ultérieures de prolongation, il est tenu compte de la personnalité de la personne détenue, de sa dangerosité ou de sa vulnérabilité particulière, et de son état de santé. L'avis écrit du médecin intervenant dans l'établissement est recueilli préalablement à toute proposition de renouvellement de la mesure au-delà de six mois et versé au dossier de la procédure. ". Aux termes de l'article R. 57-7-78 du code de procédure pénale, " Toute décision de placement ou de prolongation d'isolement est communiquée sans délai par le chef d'établissement au juge de l'application des peines s'il s'agit d'une personne condamnée ou au magistrat saisi du dossier de la procédure s'il s'agit d'une personne prévenue. Lorsque l'isolement est prolongé au-delà d'un an, le chef d'établissement, préalablement à la décision, sollicite l'avis du juge de l'application des peines s'il s'agit d'une personne condamnée ou du magistrat saisi du dossier de la procédure s'il s'agit d'une personne prévenue. ".
4. Aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique. ". Aux termes de l'article R. 57-7-73 du code de procédure pénale : " Tant pour la décision initiale que pour les décisions ultérieures de prolongation, il est tenu compte de la personnalité de la personne détenue, de sa dangerosité ou de sa vulnérabilité particulière, et de son état de santé. () ". Le placement à l'isolement d'un détenu contre son gré constitue, eu égard à l'importance de ses effets sur les conditions de détention, une décision susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Le juge administratif exerce un contrôle restreint sur les motifs d'une telle mesure qui doit être fondée sur des motifs de précaution et de sécurité.
5. En premier lieu, tout d'abord, il ressort des pièces du dossier que la mise en œuvre de la procédure contradictoire prévue par l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration a été notifiée à M. B A le 8 octobre 2019. Il a été informé ce jour-là de ce qu'une prolongation de placement à l'isolement était envisagée à son encontre, de son droit à être assisté par un avocat, de son droit à consulter les pièces du dossier et de présenter des observations écrites et orales s'il le souhaitait. S'il a refusé de signer l'accusé de réception des pièces du dossier le 8 octobre 2019, il a été régulièrement convoqué à l'audience contradictoire du 11 octobre 2019 où il était assisté de son avocat et où il a pu présenter ses observations orales. Si M. B soutient que seule la page n° 1 du document l'informant de l'engagement de la procédure de prolongation de placement à l'isolement lui a été remise, et qu'ainsi, il ne disposait pas de l'ensemble des motifs justifiant un tel renouvellement, d'une part il ne l'établit pas, d'autre part, l'avocat qu'il a désigné pour le représenter a reçu l'entiereté du document. Si le requérant soutient n'avoir eu connaissance des rapports d'établissement des 10 juillet et 8 octobre 2019 concernant son comportement, un rapport de synthèse de l'établissement concernant son comportement et son évolution lui a été remis dans le cadre de la procédure. Enfin, il n'établit ni même n'allègue avoir été empêché de faire valoir ses observations.
6. Ensuite, M. B a refusé de signer, le 15 octobre 2021, la notification de la proposition de prolongation de la mesure d'isolement. Cette proposition fait suite au débat contradictoire qui s'est tenu le 11 octobre 2021 et lors duquel l'avocat du requérant a produit des observations orales après s'être entretenu avec son client. Figurent sur cette proposition l'avis du médecin de l'établissement daté du 14 octobre 2021, soit antérieurement à la proposition de prolongation de la mesure d'isolement. Si M. B soutient qu'il n'avait pas bénéficié d'une consultation avec le médecin de l'établissement avant l'établissement de cet avis, le garde des sceaux, ministre de la justice fait valoir, sans être contesté, que le requérant avait refusé de le rencontrer. Par suite, M. B ne peut soutenir ni qu'il n'aurait pu rencontrer le médecin de l'établissement, ni qu'il n'aurait pas eu connaissance de l'avis médical rendu par ce médecin antérieurement à la décision litigieuse du 13 novembre 2021 et il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il aurait été empêché de faire part de ses observations, personnellement ou par l'intermédiaire de son conseil. Enfin, la circulaire du 14 avril 2011 se borne à formuler des recommandations à l'administration pénitentiaire et ne peut être utilement invoquée à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir.
7. Il résulte de ce qui précède que la décision du 13 novembre 2021 attaquée a été prise aux termes d'une procédure régulière.
8. En second lieu, la décision attaquée est fondée sur le profil pénal du requérant ainsi que son comportement violent et agressif en détention. M. B est écroué depuis le 7 janvier 2004. Il a été condamné dans 13 affaires correctionnelles, notamment pour des faits de violence y compris avec usage ou menace d'une arme, de violence aggravée, de violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique de menaces de mort ou atteinte aux biens dangereuse pour les personnes à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique, du refus de se soumettre au prélèvement en vue de son inscription au fichier national automatisé des empreintes génétiques. Il a agressé, le 7 février 2018 un personnel pénitentiaire au centre pénitentiaire d'Alençon-Condé-sur-Sarthe en le frappant à trois reprises au niveau du cou avec un stylo, entraînant pour l'agent victime une interruption temporaire de travail de 45 jours, faits pour lesquels il a été condamné à trois ans d'emprisonnement. Le 24 juillet 2018, il a de nouveau agressé le personnel de surveillance du centre pénitentiaire de Nantes, en leur arrachant un bouclier des mains et en assénant de nombreux coups de poing au visage, faits pour lesquels il a été condamné à un an d'emprisonnement. Le 7 août 2018, il a arraché un morceau de grille de renfort du sas de sa cellule, cet objet pouvant être utilisé comme arme par destination. La synthèse des observations produite en défense montre que l'intéressé a été transféré à la maison centrale de Saint Maur le 30 avril 2019 suite à une exclusion du centre pénitentiaire de Vendin-le-Viel où il était affecté au quartier d'isolement et où il faisait l'objet d'une gestion spécifique au regard de son comportement imprévisible et de ses antécédents disciplinaires du fait de son comportement violent à l'égard du personnel pénitentiaire, en étant menotté lors de chaque sortie de cellule, les agents étant dotés d'une tenue de protection. Depuis son arrivée à la maison centrale de Saint Maur, M. B se montre très fermé et distant A lors qu'il a été informé de la poursuite des modalités de gestion qui avaient été instaurées précédemment par le centre pénitentiaire de Vendin-le-Viel. Il a ainsi quasiment coupé tout contact avec les personnels en charge du quartier d'isolement. Il ne sort pas de sa cellule, ne se rend pas à la douche et ne participe à aucune activité. Ce comportement ne permet pas d'apprécier son évolution au regard de son potentiel de dangerosité et de violence. Dans ces conditions, et en dépit de l'avis défavorable du médecin de l'établissement, le garde des sceaux, ministre de la justice a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, décider la prolongation du placement du requérant à l'isolement afin d'assurer la sécurité de l'établissement. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision implicite attaquée. Par conséquent, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er: Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2:Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. E B, au garde des sceaux, ministre de la justice et à Me Durançon.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2022 où siégeaient :
- Mme Mège, président,
- Mme Siquier, première conseillère,
- Mme Benzaid, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
La rapporteure,
H. D
Le président,
C. MEGE
Le greffier,
M. C
La République mande et ordonne
au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
G. JOURDAN-VIALLARD
aj
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026