jeudi 27 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2000135 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JUGE UNIQUE H SIQUIER |
| Avocat requérant | PREGUIMBEAU-GREZE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 janvier 2020, M. D B, assisté de son curateur, l'Association Limousine de sauvegarde de l'enfant à l'adulte (ALSEA) et représenté par Me Preguimbeau, demande au tribunal :
1°) d'ordonner la production de son entier dossier par l'administration ;
2°) d'annuler la décision 26 juillet 2019 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Vienne a refusé la prise en charge intégrale de ses frais d'hébergement au titre de l'aide sociale ainsi que, par voie de conséquence, sa décision du 11 septembre 2019 par laquelle il a rejeté son recours gracieux ;
3°) de mettre à la charge du conseil départemental de la Haute-Vienne une somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ainsi que 13 euros de droit de plaidoirie.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- il est débiteur de la somme de 8 001, 98 euros de frais d'hébergement auprès de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) Saint-Jean à Aubusson pour la période du 1er septembre 2018 au 31 décembre 2018 ;
- il perçoit l'allocation aux adultes handicapés ;
- le conseil départemental de la Haute-Vienne avait émis un avis favorable pour son admission en EHPAD le 5 février 2018 alors que son état de santé ne lui permettait pas de se maintenir à domicile ; il a regagné son domicile dès que son état de santé s'est amélioré ;
- la prise en charge des frais d'hébergement par l'aide sociale du département de la Haute-Vienne lui est indispensable du fait de la faiblesse du montant de ses ressources et de l'absence d'obligés alimentaires.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2020, le président du conseil départemental de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que M. B ne remplit aucune des conditions d'admission à l'aide sociale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Hélène Siquier, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Mme C a présenté son rapport au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée et à l'issue de laquelle a été prononcée la clôture d'instruction.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions aux fins de production de l'entier dossier :
1. Aux termes de l'article R. 772-8 du code de justice administrative : " Lorsque la requête lui est notifiée, le défendeur est tenu de communiquer au tribunal administratif l'ensemble du dossier constitué pour l'instruction de la demande tendant à l'attribution de la prestation ou de l'allocation ou à la reconnaissance du droit, objet de la requête. () ".
2. Les éléments sur lesquels s'est fondé le président du conseil départemental pour refuser à M. B le bénéfice de l'aide sociale sont joints à son mémoire en défense. Par suite, il n'est pas nécessaire de lui enjoindre de produire " l'entier dossier " de l'intéressé.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration détermine les droits d'une personne à l'aide sociale, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette prestation d'aide sociale qu'à sa qualité de juge de plein contentieux d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.
4. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été indiqué au point 2, les moyens soulevés par M. B tirés de ce que la décision en litige est entachée de défaut de motivation doit être écarté comme inopérant.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 113-1 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne âgée de soixante-cinq ans privée de ressources suffisantes peut bénéficier, soit d'une aide à domicile, soit d'un accueil chez des particuliers ou dans un établissement. / Les personnes âgées de plus de soixante ans peuvent obtenir les mêmes avantages lorsqu'elles sont reconnues inaptes au travail. ".
6. Aux termes de l'article L. 344-5 du code de l'action sociale et des familles : " Les frais d'hébergement et d'entretien des personnes handicapées accueillies, quel que soit leur âge, dans les établissements mentionnés au b du 5° et au 7° du I de l'article L. 312-1, à l'exception de celles accueillies dans les établissements relevant de l'article L. 344-1, sont à la charge : 1° A titre principal, de l'intéressé lui-même sans toutefois que la contribution qui lui est réclamée puisse faire descendre ses ressources au-dessous d'un minimum fixé par décret et par référence à l'allocation aux handicapés adultes, différent selon qu'il travaille ou non. Ce minimum ne tient pas compte des primes liées aux performances versées par l'Etat aux sportifs de l'équipe de France médaillés aux jeux paralympiques. Ce minimum est majoré, le cas échéant, du montant des rentes viagères mentionnées à l'article 199 septies du code général des impôts ainsi que des intérêts capitalisés produits par les fonds placés sur les contrats visés au 2° du I de l'article 199 septies du même code ainsi que du montant de la prime mentionnée à l'article L. 841-1 du code de la sécurité sociale ; 2° Et, pour le surplus éventuel, de l'aide sociale sans qu'il soit tenu compte de la participation pouvant être demandée aux personnes tenues à l'obligation alimentaire à l'égard de l'intéressé, et sans qu'il y ait lieu à l'application des dispositions relatives au recours en récupération des prestations d'aide sociale lorsque les héritiers du bénéficiaire décédé sont son conjoint, ses enfants, ses parents ou la personne qui a assumé, de façon effective et constante, la charge du handicapé ni sur le légataire, ni sur le donataire ou le bénéficiaire d'un contrat d'assurance-vie. Les sommes versées, au titre de l'aide sociale dans ce cadre, ne font pas l'objet d'un recouvrement à l'encontre du bénéficiaire lorsque celui-ci est revenu à meilleure fortune. ". Aux termes de l'article L. 344-5-1 de ce code que : " Toute personne handicapée qui a été accueillie dans un des établissements ou services mentionnés au 7° du I de l'article L. 312-1 bénéficie des dispositions de l'article L. 344-5 lorsqu'elle est hébergée dans un des établissements et services mentionnés au 6° du I de l'article L. 312-1 du présent code et dans les établissements de santé autorisés à dispenser des soins de longue durée. / L'article L. 344-5 du présent code s'applique également à toute personne handicapée accueillie dans un établissement ou service mentionné au 6° du I de l'article L. 312 1 ou dans un établissement autorisé à dispenser des soins de longue durée, et dont l'incapacité, reconnue à la demande de l'intéressé avant l'âge mentionné au premier alinéa de l'article L. 113-1, est au moins égale à un pourcentage fixé par décret. ".
7. Aux termes de l'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles : " I.- Sont des établissements et services sociaux et médico-sociaux, au sens du présent code, les établissements et les services, dotés ou non d'une personnalité morale propre, énumérés ci-après : () 6° Les établissements et les services qui accueillent des personnes âgées ou qui leur apportent à domicile une assistance dans les actes quotidiens de la vie, des prestations de soins ou une aide à l'insertion sociale ; () ".
8. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. B souffrait d'une altération grave de ses facultés comme en atteste le certificat médical établi le 3 février 2018 par un gériatre du centre hospitalier Jacques Boutard, les altérations corporelles constatées étant définitives et en voie d'aggravation, empêchant l'intéressé d'exprimer sa volonté et le plaçant alors dans l'impossibilité de pourvoir seul à ses intérêts. Le 8 septembre 2018, une mesure de tutelle était prononcée afin de protéger le requérant. Par décision du 5 février 2018, le président du conseil départemental de la Haute-Vienne émettait un avis favorable à son admission dans un établissement d'hébergement pour personnes âgées relevant du 6° du I de l'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles. Dans ces conditions, le président du conseil départemental de la Haute-Vienne, en faisant application, pour refuser d'admettre M. B au bénéfice de l'aide sociale, des dispositions de l'article L. 113-1 du code de l'action sociale et des familles relatives à l'aide sociale au profit des personnes âgées, a entaché sa décision d'erreur de droit.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article D. 344-40 du code de l'action sociale et des familles : " Pour l'application du second alinéa de l'article L. 344-5-1, le taux d'incapacité permanente, apprécié en application du guide-barème pour l'évaluation des déficiences et incapacités des personnes handicapées figurant à l'annexe 2-4, est d'au moins 80 %. ". Selon l'annexe 2-4 " guide barème pour l'évaluation des déficiences et incapacités des personnes handicapées " : " () Un taux d'au moins 80 % correspond à des troubles graves entraînant une entrave majeure dans la vie quotidienne de la personne avec une atteinte de son autonomie individuelle. Cette autonomie individuelle est définie comme l'ensemble des actions que doit mettre en œuvre une personne, vis-à-vis d'elle-même, dans la vie quotidienne. Dès lors qu'elle doit être aidée totalement ou partiellement, ou surveillée dans leur accomplissement, ou ne les assure qu'avec les plus grandes difficultés, le taux de 80 % est atteint. C'est également le cas lorsqu'il y a déficience sévère avec abolition d'une fonction. () ".
10. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que le taux d'incapacité de M. B ait été fixé avant son entrée à l'établissement d'hébergement pour personnes âgées (EHPAD) Saint Jean d'Aubusson le 5 février 2018 dès lors que la seule décision produite en défense, fixant le taux d'incapacité de M. B comme étant supérieur à 50 % et inférieur à 80 % est une décision de la commission de la maison départementale des personnes handicapées du 6 mai 2019. Par suite, et aucun élément du dossier ne permet d'établir ce taux à la date d'entrée pour déterminer, le cas échéant, les droits du requérant à l'aide sociale pour la période de son hébergement dans cet EHPAD.
11. Il résulte de ce qui précède que la décision du 26 juillet 2019 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Vienne a refusé à M. B la prise en charge intégrale de ses frais d'hébergement au titre de l'aide sociale ainsi que, par voie de conséquence sa décision du 11 septembre 2019 par laquelle il a rejeté le recours gracieux de ce dernier, doivent être annulés.
12. En raison du motif d'annulation, il appartient au conseil départemental de la Haute-Vienne de procéder au réexamen de la demande de M. B.
Sur les frais liés au litige :
13. Il y a lieu de mettre à la charge du conseil départemental de la Haute-Vienne la somme de 1 500 euros à verser au conseil de M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er: Il n'y a pas lieu d'enjoindre au conseil départemental de la Haute-Vienne de produire l'entier dossier de M. B.
Article 2:La décision 26 juillet 2019 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Vienne a refusé à M. B la prise en charge intégrale de ses frais d'hébergement au titre de l'aide sociale ainsi que, par voie de conséquence sa décision du 11 septembre 2019 par laquelle il a rejeté le recours gracieux de ce dernier, doivent être annulés.
Article 3:Il est enjoint au conseil départemental de la Haute-Vienne de réexaminer la situation de M. B.
Article 4:Le conseil départemental de la Haute-Vienne versera à Me Preguimbeau la somme de 1 500 (mille cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5:Le présent jugement sera notifié à M. D B, au conseil départemental de la Haute-Vienne et à Me Preguimbeau.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.
Le magistrat désigné,
H. C
Le greffier,
M. A
La République mande et ordonne
à la préfète de la haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour Le Greffier en Chef
Le Greffier
M. A
mf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026