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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2000152

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2000152

jeudi 27 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2000152
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE H SIQUIER
Avocat requérantDUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 28 janvier 2020 et 23 mars 2021, M. D B, représenté par Me Dumont, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne du 23 décembre 2019 portant refus de remise de l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année de décembre 2017 ;

2°) d'annuler la décision du conseil départemental de la Haute-Vienne du 11 décembre 2019 portant restitution d'indus de revenu de solidarité active pour la période du 1er octobre 2017 au 31 décembre 2017 et du 1er janvier 2018 au 30 juin 2018 ;

3°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales (Caf) de la Haute-Vienne de procéder au remboursement de la somme de 152, 45 euros correspondant à la prime exceptionnelle de fin d'année retenue sur les prestations qu'il a perçues ;

4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne et du conseil départemental de la Haute-Vienne une somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ainsi que 13 euros de droit de plaidoirie.

Il soutient que :

- pour la période allant du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2017, les décisions de la Caf Haute-Vienne et du conseil départemental Haute-Vienne sont entachées d'erreur d'appréciation dès lors que :

- ni la Caf de la Haute-Vienne ni le conseil départemental de la Haute-Vienne n'établissent qu'il se serait absenté du territoire pour une période de plus de trois mois ;

- ses départs à l'étranger sont justifiés par des entretiens dans le cadre de sa recherche d'emploi ;

- les opérations figurant sur son compte bancaire ne permettent pas d'établir qu'il résidait habituellement à l'étranger ;

- il devait percevoir le revenu de solidarité active pour cette période ce qui lui ouvrait droit, par suite, à la prime exceptionnelle de fin d'année ;

- pour la période allant du 1er janvier 2018 au 30 juin 2018,

- ni la Caf de la Haute-Vienne ni le conseil départemental de la Haute-Vienne n'établissent qu'il se serait absenté du territoire pour une période de plus de trois mois ;

- s'il ne disposait pas d'une adresse fixe faute de revenus suffisants, il résidait de manière habituelle en France ;

- ses départs à l'étranger sont justifiés par des entretiens dans le cadre de sa recherche d'emploi ;

- les opérations figurant sur son compte bancaire ne permettent pas d'établir qu'il résidait habituellement à l'étranger.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2020, le directeur de la Caf de la Haute-Vienne conclut au rejet des conclusions tendant à l'annulation de sa décision du 23 décembre 2019 portant refus de remise de l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année de décembre 2017.

Il fait valoir que :

- la Caf est incompétente s'agissant de l'indu de revenu de solidarité active contesté ;

- M. B ne pouvait percevoir de prime exceptionnelle de fin d'année de décembre 2017 dès lors, qu'en raison de sa domiciliation à l'étranger, il ne remplissait pas les conditions pour percevoir le revenu de solidarité active en novembre 2017 et décembre 2017.

Par des mémoires en défense, respectivement enregistrés les 29 octobre 2020 et 18 juin 2021, le président du conseil départemental de la Haute-Vienne conclut au rejet des conclusions tendant à l'annulation de sa décision du 11 décembre 2019 portant restitution d'indus de revenu de solidarité active pour la période du 1er octobre 2017 au 31 décembre 2017 et du 1er janvier 2018 au 30 juin 2018.

Il fait valoir que :

- M. B justifiant de sa présence en France en novembre 2017, l'indu de revenu de solidarité active réclamé a été ramené au montant de 4 338, 88 euros ;

- qu'en raison de sa domiciliation à l'étranger, ce dernier ne pouvait percevoir le revenu de solidarité active pour le reste de la période considérée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Hélène Siquier, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Mme C a présenté son rapport au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée et à l'issue de laquelle a été prononcée la clôture d'instruction.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

1. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'allocation de revenu de solidarité active, de prime d'activité et d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

En ce qui concerne le revenu de solidarité active :

2. D'une part, l'article L. 626-2 du code de l'action sociale et des familles dispose que " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code, " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. Les séjours hors de France qui résultent des contrats mentionnés aux articles L. 262-34 ou L. 262-35 ou du projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1 du code du travail ne sont pas pris en compte dans le calcul de cette durée. En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ".

3. Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit, notamment, résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France.

S'agissant de la période allant du 1er octobre 2017 au 31 décembre 2017 :

4. Il résulte de l'instruction que, si M. B a accompli plusieurs séjours à l'étranger, la durée totale de ces séjours n'excèdent pas, pour l'année civile, trois mois, dès lors, d'une part, que la période d'absence du territoire opposée par la caisse d'allocations familiales s'étend du 1er octobre 2017 au 31 décembre 2017 et que M. B produit des justificatifs établissant sa présence en France, dans un centre de méditation bouddhiste, durant le mois de novembre 2017. Le conseil départemental Haute-Vienne prenant acte de ce justificatif de résidence, a procédé à la déduction de l'indu la somme de 538,01 euros correspondant au montant que M. B aurait du percevoir en novembre 2017. Dans ces conditions, M. B, qui remplit les conditions de résidence fixées pour pouvoir percevoir le revenu de solidarité active pour l'ensemble de la période considérée, est fondé à demander l'annulation de l'indu de revenu de solidarité active subsistant pour les mois d'octobre 2017 et décembre 2017.

S'agissant de la période allant du 1er janvier 2018 au 30 juin 2018 :

5. Il résulte de l'instruction que M. B séjournait au Royaume-Uni, le 1er janvier 2018 et qu'il a regagné la France le 29 janvier 2018 comme en atteste ses relevés de comptes bancaires. Il a ensuite regagné le Royaume-Uni le 12 février 2018 et aucune opération bancaire ne permet d'établir sa présence en France avant le 5 mai 2018, date à laquelle il a effectué un retrait dans un distributeur d'argent à Limoges. Si le requérant soutient qu'il résidait habituellement en France, il n'apporte aucun élément de nature à l'établir alors que la consultation de ses opérations bancaires révèle qu'il a effectué des dépenses de manière régulière au Royaume-Uni. Il suit de là que M. B doit être regardé comme ayant effectué des séjours à l'étranger pour une durée cumulée supérieure à trois mois durant l'année civile 2018. Dans ces conditions, il ne remplit pas fixées par les article L. 626-2 et R. 262-5 du code de l'action sociale et des familles et ne peut prétendre au bénéfice du revenu de solidarité active pour la période allant du 1er janvier 2018 au 30 juin 2018.

6. Il résulte de ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation des indus de revenu de solidarité active pour les périodes d'octobre 2017 et de décembre 2017.

En ce qui concerne le versement de la prime exceptionnelle de fin d'année pour l'année 2017 :

7. Aux termes de l'article 3 du décret n° 2018-1150 du 14 décembre 2018 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2018 ou, à défaut, du mois de décembre 2018, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul et à condition que les ressources du foyer, appréciées selon les dispositions prises en vertu de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles, n'excèdent pas le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 du même code. () ".

8. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que M. B ouvrait droit au revenu de solidarité active pour les mois de novembre 2017 et décembre 2017. Par suite, M. B remplit les conditions d'octroi de la prime exceptionnelle de fin d'année en décembre 2017. Il est donc fondé à demander l'annulation de l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année de décembre 2017.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre à la Caf de la Haute-Vienne de procéder au reversement de la prime exceptionnelle de fin d'année de décembre 2017 dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a lieu de mettre à la charge du conseil départemental de la Haute-Vienne et de la Caf de la Haute-Vienne une somme en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er: L'indu de revenu de solidarité active est annulé en tant qu'il concerne les périodes d'octobre 2017 et décembre 2017.

Article 2:L'indu de prime exceptionnelle de fin d'année de décembre 2017 est annulé.

Article 3:Il est enjoint à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne de procéder au reversement de la prime exceptionnelle de fin d'année de décembre 2017 à M. B dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement.

Article 4:Le présent jugement sera notifié à M. D B, au département de la Haute-Vienne, à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne et à Me Dumont.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

H. C

Le greffier,

M. A

La République mande et ordonne

au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le Greffier en Chef

Le Greffier

M. A

mf

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