jeudi 4 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2000167 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CHAGNAUD CHABAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 février 2020 et le 27 novembre 2020, la société Loïc Flacassier, représentée par Me Chagnaud, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Boisseuil à lui verser la somme de 114 550 euros en réparation du préjudice que lui a causé son éviction illégale du marché public de travaux relatifs à la rénovation de la vieille auberge et à l'agrandissement de la mairie ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Boisseuil la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- sa note technique a été sous-évaluée au profit de la société Nouvelle société Komar ; elle a produit les éléments techniques qui étaient attendus au travers du règlement de la consultation ;
- l'élément le plus troublant est l'obtention par la société Nouvelle société Komar d'une note de 60, soit le maximum susceptible d'être attribué, sur le volet technique ; or cette société n'a pas pu satisfaire le critère relatif à la fourniture de renseignements concernant ses références professionnelles au cours des trois dernières années car elle a été immatriculée au mois de mai 2019 ; à défaut de références, elle ne pouvait pas obtenir la note maximale s'agissant du critère technique ;
- en tenant compte des motifs invoqués par la commune de Boisseuil pour déclarer le premier appel d'offres infructueux, la société Nouvelle société Komar n'aurait jamais pu être sélectionnée ; il en résulte une différence injustifiée de traitement entre les candidats ;
- elle avait toutes les chances d'emporter le marché et sollicite donc une juste réparation de son préjudice évalué à 114 550 euros, dont 83 050 euros de perte d'exploitation et 31 500 euros de perte de résultat.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 septembre 2020 et le 4 mars 2021, la commune de Boisseuil, représentée par Me Monpion, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société Loïc Flacassier en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le mémoire technique produit par la société requérante se bornait à une présentation générale de la société et de ses moyens sans référence au projet ;
- la société attributaire nouvellement créée a pu régulièrement faire état des références de la société Komar dès lors que le tribunal de commerce avait autorisé une cession des actifs de la société Komar au profit de la société Nouvelle Société Komar et que treize postes sur dix-neuf avaient été repris ;
- le caractère infructueux de la première procédure était lié à la circonstance que les offres dépassaient le prix global du projet, ce qui n'est pas de nature à susciter un doute sur la régularité de la procédure de passation du marché ;
- la société Flacassier était classée en troisième position de telle manière qu'elle n'était pas susceptible d'obtenir le marché si bien qu'une éventuelle illégalité n'est pas de nature à avoir lésé ses intérêts.
Par ordonnance du 26 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 13 octobre 2022 à 17h.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme Khéra Benzaïd, rapporteure publique,
- et les observations de Me Monpion représentant la commune de Boisseuil.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Boisseuil a, par un avis d'appel public à la concurrence, lancé une procédure d'appel d'offres adaptée sur le fondement de l'article L. 2123-1 du code de la commande publique, en vue de la conclusion d'un marché ayant pour objet la rénovation de la vieille auberge et l'agrandissement de la mairie. Cette consultation a porté sur des lots précédemment déclarés infructueux, dont le lot n° 3 " gros œuvre ". La société Loïc Flacassier a présenté sa candidature pour le lot n° 3. Par un courrier du 26 juin 2019, le maire de la commune a informé cette société de ce que son offre n'avait pas été retenue et que l'entreprise retenue était la société Nouvelle société Komar. La société Loïc Flacassier demande la condamnation de la commune de Boisseuil à lui verser la somme de 114 550 euros en réparation du préjudice que lui aurait causé son éviction illégale de ce marché.
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'attribution du marché :
2. Lorsqu'un candidat à l'attribution d'un contrat public demande la réparation du préjudice né de son éviction irrégulière de ce contrat et qu'il existe un lien direct de causalité entre la faute résultant de l'irrégularité et les préjudices invoqués par le requérant à cause de son éviction, il appartient au juge de vérifier si le candidat était ou non dépourvu de toute chance de remporter le contrat. En l'absence de toute chance, il n'a droit à aucune indemnité. Dans le cas contraire, il a droit en principe au remboursement des frais qu'il a engagés pour présenter son offre. Il convient en outre de rechercher si le candidat irrégulièrement évincé avait des chances sérieuses d'emporter le contrat conclu avec un autre candidat. Si tel est le cas, il a droit à être indemnisé de son manque à gagner, incluant nécessairement, puisqu'ils ont été intégrés dans ses charges, les frais de présentation de l'offre, lesquels n'ont donc pas, en principe et sauf stipulation contraire du contrat, à faire l'objet d'une indemnisation spécifique.
3. D'une part, aux termes de l'article L. 2152-7 du code de la commande publique : " Le marché est attribué au soumissionnaire ou, le cas échéant, aux soumissionnaires qui ont présenté l'offre économiquement la plus avantageuse sur la base d'un ou plusieurs critères objectifs, précis et liés à l'objet du marché ou à ses conditions d'exécution. Les modalités d'application du présent alinéa sont prévues par voie réglementaire () ".
4. D'autre part, l'article 5.2 du règlement de la consultation du marché de rénovation de la vieille auberge et l'agrandissement de la mairie de la commune de Boisseuil prévoit que le jugement des offres sera effectué au vu de deux critères pondérés, correspondant au prix des prestations (40 %) et à la valeur technique des prestations (60 %). En ce qui concerne ce second critère, le règlement précise qu'elle sera appréciée selon deux sous-critères tenant, d'une part, à la " méthodologie d'exécution des ouvrages et organisation du chantier : moyens humains, techniques et matériels affectés. Organisation du chantier et planning " et, d'autre part, à l'" engagement technique et environnemental : - description des fournitures (), / - moyens et process mis en œuvre pour respecter le CCTP ".
5. Il résulte de l'instruction que par un courrier du 26 juin 2019, la société Loïc Flacassier a été informée de ce que son offre n'avait pas été retenue, ce courrier précisant qu'elle avait obtenu une note pondérée de 33 sur 60 au critère relatif à la valeur technique, ainsi qu'une note pondérée de 40 sur 40 au critère relatif au prix. Par un courrier du 8 juillet 2019, la commune de Boisseuil a, par ailleurs, indiqué à la société, en réponse à son recours gracieux, qu'elle avait été classée troisième après analyse des mémoires et attribution de la note financière, et lui a transmis les notes obtenues par les entreprises candidates, aux sous-critères permettant d'apprécier la valeur technique des prestations. Ce même courrier de la commune précise, en premier lieu, que le mémoire technique de la requérante a montré des imprécisions, notamment concernant la méthodologie d'intervention et, en second lieu, que si des fiches techniques matériaux ont été produites par la société Flacassier, la société retenue a quant à elle joint l'ensemble des fournisseurs pour les produits nécessaires à la réalisation des prestations et que toutes les fiches produits fournies étaient conformes au CCTP.
6. En premier lieu, si la société soutient que sa note technique a été sous-évaluée au profit de la société Nouvelle société Komar, faisant notamment valoir qu'elle aurait produit les éléments techniques attendus et joint les références des produits nécessaires à la réalisation des prestations, il résulte de l'instruction que le mémoire technique de la requérante comportait, pour l'essentiel, une description de plusieurs chantiers réalisés par ses équipes comprenant des ouvrages similaires au projet, puis une description de la provenance des principales fournitures. Au titre de la méthodologie des ouvrages, le mémoire comportait une description générale des moyens humains et matériels affectés au chantier et notamment la mise en place d'une grue, dont la société n'établit pas qu'elle était essentielle à la réalisation des prestations, des moyens mis en œuvre pour le contrôle de la qualité et de la bonne exécution des travaux et des moyens mis en œuvre pour respecter l'hygiène et la sécurité sur le chantier. Si son offre contenait, par ailleurs, un plan des différentes zones correspondant au projet et un calendrier, il résulte de l'instruction que l'offre de la société requérante comporte peu d'éléments détaillés propres au chantier, si bien que la note de 40/70 attribuée à la requérante s'agissant du sous-critère de la méthodologie d'exécution, qui correspond, selon la grille de notation présentée dans le règlement de la consultation, à un " mémoire imprécis ou insatisfaisant sur plusieurs points ", ne caractérise pas une sous-évaluation de son offre. Par ailleurs, la société n'apporte aucun autre élément précis permettant de démontrer que la note de 15/30 qui lui a été attribuée au titre du sous-critère relatif à l'engagement technique et environnemental serait insuffisante ou erronée.
7. En deuxième lieu, la société requérante fait valoir que la candidate retenue n'a pas pu se voir attribuer la note maximale sur le volet technique de son offre dès lors que le règlement de la consultation sollicitait la fourniture de " renseignements concernant les références professionnelles et la capacité technique de l'entreprise ", ce que n'était pas en mesure de produire la société Nouvelle société Komar. Toutefois, les renseignements relatifs aux références professionnelles étaient sollicités par l'article 3.1 du règlement de la consultation dans le cadre des pièces relatives à la candidature, et non au titre des pièces de l'offre visées au point 3.2 du règlement de la consultation. Par ailleurs, les références des candidats n'apparaissent pas, dans le règlement de la consultation, comme un élément pris en compte dans l'appréciation de la valeur technique des prestations. Dans ces conditions, la circonstance selon laquelle la société retenue n'aurait pas été en mesure de faire état de référence professionnelle est sans incidence sur la note attribuée à la valeur technique de son offre.
8. Il résulte de ce qui précède que la commune de Boisseuil n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des offres.
9. En troisième lieu, il résulte de l'instruction qu'une première consultation correspondant au marché de rénovation de la vieille auberge et de l'agrandissement de la mairie avait abouti, au mois de mai 2019, à ce que le lot n° 3 soit déclaré infructueux, en raison d'un écart de prix important entre les offres et l'estimation du maître d'œuvre durant la phase de l'avant-projet détaillé. Si la société requérante fait valoir que, pour le second appel d'offre faisant l'objet du présent litige, la société Nouvelle société Komar a maintenu son offre initiale, alors qu'elle a, quant à elle, diminué le montant de son offre, cette circonstance n'est pas de nature à caractériser une différence injustifiée de traitement entre les candidats alors d'ailleurs qu'elle n'établit pas davantage que l'infructuosité du premier appel d'offres présenterait un caractère douteux. Au demeurant, la société Flacassier, dont l'offre correspond à un montant de 315 463,97 euros, a bien été classée, pour le critère relatif au prix, au premier rang, devant la société Nouvelle société Komar, qui a présenté une offre d'un montant de 319 397,61 euros. Par suite, le moyen doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la société Loïc Flacassier n'est pas fondée à invoquer le caractère irrégulier de la procédure au terme de laquelle son offre a été rejetée. En l'absence d'illégalité affectant la procédure de passation du marché en litige, les conclusions de la société tendant à l'indemnisation des préjudices liés à son éviction du marché doivent être rejetées.
Sur les frais du procès :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Boisseuil, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Loïc Flacassier demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société Loïc Flacassier une somme de 1 800 euros à verser à la commune de Boisseuil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de la société Loïc Flacassier est rejetée.
Article 2:La société Loïc Flacassier versera à la commune de Boisseuil la somme de 1 800 (mille huit cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3:Le présent jugement sera notifié à la société Loïc Flacassier, à la commune de Boisseuil et à la société Nouvelle société Komar.
Délibéré après l'audience du 6 avril 2023 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- Mme Siquier, première conseillère,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.
La rapporteure,
N. B
Le président,
N. NORMAND
Le greffier,
M. A
La République mande et ordonne
à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
M. A
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026