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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2000181

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2000181

mercredi 6 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2000181
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantDE LA GRANGE ET FITOUSSI AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 4 février 2020 et 23 juillet 2021, la société hospitalière d'assurance mutuelles (Sham), représentée par Me Valière-Vialeix, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire n° 2389 du 15 octobre 2019 par lequel l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (Oniam) a mis à sa charge une somme de 22 232,50 euros sur le fondement de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer cette somme ;

3°) de rejeter les conclusions présentées par l'Oniam tendant à ce que la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) soit appelée en cause ;

4°) de mettre à la charge de l'Oniam la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- ce titre exécutoire n'est pas fondé dès lors que le centre hospitalier (CH) d'Ussel n'a commis aucune faute dans la prise en charge de la victime ;

- l'Oniam n'est pas recevable à demander à ce que la CPAM soit appelée en cause.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 27 novembre 2021 et le 2 juin 2022, l'Oniam, représenté par la SELARL De La Grange et Fitoussi, conclut:

1°) au rejet de la requête ;

2°) à ce que la Sham soit condamnée au paiement de la somme de 22 232,50 euros, en remboursement des indemnisations versées aux consorts H au titre des préjudices extra-patrimoniaux subis par leur fille A, augmentée des intérêts au taux légal à compter du 6 décembre 2019, date de réception du titre en litige, ainsi que leur capitalisation à chaque échéance annuelle à compter de cette date ;

3°) à ce que la Sham soit condamnée au paiement de la somme totale de 3 334,88 euros correspondant à la pénalité de 15% ;

4°) à ce que la Sham soit condamnée au paiement des honoraires des experts ;

5°) à ce que la CPAM de la Corrèze soit appelée en déclaration de jugement commun ;

6°) à mettre à la charge de la Sham la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il résulte tant des règles de la comptabilité publique que de l'avis du Conseil d'Etat n° 426321 du 9 mai 2019 que l'Oniam est compétent pour émettre le titre exécutoire en litige ;

- le CH d'Ussel a bien commis une faute en procédant avec retard à la césarienne pour permettre l'accouchement de la jeune A, à l'origine d'une perte de chance pour cette dernière d'éviter un certain nombre de séquelles, évaluée à 50% ;

- l'Oniam a correctement évalué les préjudices en cause ;

- la Sham ne justifie pas son absence d'indemnisation et doit donc être condamnée aux pénalités ;

- l'Oniam conserve la possibilité d'appeler les organismes tiers payeurs à la cause dans la présente instance ;

- il est également en droit d'obtenir reconventionnellement de la Sham le remboursement des frais d'expertise, et des intérêts des sommes en cause.

Les parties ont été informées, par lettre du 10 juin 2022, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions présentées par l'Oniam tendant à la condamnation de la Sham à lui rembourser les frais d'expertise en ce que l'Oniam ayant fait le choix d'un recouvrement de sa créance subrogatoire par voie de titre exécutoire, elle n'est pas recevable à demander le remboursement de ses frais d'expertise directement devant le juge.

Par un courrier du 15 juin 2022 qui a été communiqué, l'Oniam a fait valoir ses observations sur ce moyen relevé d'office en confirmant sa demande de remboursement des frais d'expertises qu'il a exposés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martha, conseiller,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,

- et les observations de Me Veyriras, représentant la Sham.

Considérant ce qui suit :

1. Le 23 août 2003, Mme H, alors âgée de 33 ans et qui a débuté sa grossesse le 24 novembre 2002, a été admise au centre hospitalier (CH) d'Ussel en raison de contractions. À son arrivée, un premier ralentissement du cœur fœtal a été constaté. Le rythme est resté normal jusqu'à 09h45 où un ralentissement de celui-ci est survenu et a persisté pendant plusieurs minutes, suivie d'une tachycardie à 160/min et un rythme micro-volté persistant jusqu'à 12h00. Une décision de césarienne a été prise autour de 11h55 et la jeune A est née à 12h45. Devant des signes d'une hypotonie, l'enfant a été transférée le lendemain au CH de Tulle, puis au CHU de Limoges, où ont été constatées outre une hypotonie globale, une absence de mobilité spontanée et une mauvaise réactivité. L'enfant présente actuellement une encéphalopathie avec des lésions neurologiques à l'origine d'un handicap sévère type tétra parésie spastique avec retard psychomoteur majeur.

2. Les parents de la jeune A ont sollicité la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI), laquelle a, par un avis du 30 septembre 2019, conclu à la responsabilité du CH d'Ussel, qui a mis en œuvre la décision de procéder à la césarienne avec 20 minutes de retard par rapport aux bonnes pratiques, retard qui a été à l'origine d'une perte de chance pour l'enfant d'éviter l'aggravation de ses séquelles cérébrales de 50%. Par une lettre du 16 juin 2010, la Sham a indiqué à l'Oniam qu'elle refusait de suivre l'avis de la CCI estimant que les lésions cérébrales de l'enfant n'étaient pas en lien avec les conditions d'accouchement. Le 20 juillet 2020, M. et Mme H ont saisi l'Oniam d'une demande de substitution à l'assureur défaillant, en application des dispositions de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique. L'Oniam a alors conclu avec eux un protocole transactionnel prévoyant une indemnisation, à titre provisionnel, d'un montant de 22 232,50 euros, qui a été accepté par les parents de la jeune A le 23 décembre 2020. Par le titre exécutoire en litige, l'Oniam, subrogé dans les droits des ayant-droits de A, a réclamé à la Sham le remboursement de cette somme.

3. Par la présente requête, la Sham demande principalement au tribunal d'annuler ce titre exécutoire et de prononcer la décharge des sommes à payer. A titre reconventionnel, l'Oniam demande de condamner la Sham à lui payer ces sommes augmentées des intérêts ainsi que le montant des frais d'expertise amiable, et à lui verser les pénalités prévues à l'article L. 1142-15 du code de la santé publique.

Sur les conclusions aux fins d'appel en cause de la CPAM de la Corrèze :

4. Lorsqu'il a versé une indemnité à la victime en application de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique, il appartient à l'Oniam, s'il a connaissance du versement à cette victime de prestations mentionnées à l'article 29 de la loi n° 85-677 du 5 juillet 1985, d'informer les tiers payeurs concernés afin de leur permettre de faire valoir leurs droits auprès du tiers responsable, de son assureur ou du fonds institué à l'article L. 426-1 du code des assurances. Il incombe également à l'Office d'informer les tiers payeurs, le cas échéant, de l'émission d'un titre exécutoire à l'encontre du débiteur de l'indemnité ainsi que des décisions de justice rendues sur le recours formé par le débiteur contre ce titre. En revanche, il ne résulte ni de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ni d'aucune autre disposition législative ou réglementaire que les tiers payeurs ayant servi des prestations à la victime en raison de l'accident devraient être appelés en la cause lorsque le débiteur saisit le juge administratif d'une opposition au titre exécutoire.

5. Il résulte de ce qui vient d'être dit qu'il n'y a pas lieu d'appeler la CPAM de la Corrèze à la cause.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le cadre juridique du litige :

6. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 1142-14 du code de la santé publique : " Lorsque la commission régionale de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales estime qu'un dommage relevant du premier alinéa de l'article L. 1142-8 engage la responsabilité d'un professionnel de santé, d'un établissement de santé, d'un service de santé ou d'un organisme mentionné à l'article L. 1142-1 ou d'un producteur d'un produit de santé mentionné à l'article L. 1142-2, l'assureur qui garantit la responsabilité civile ou administrative de la personne considérée comme responsable par la commission adresse à la victime ou à ses ayants droit, dans un délai de quatre mois suivant la réception de l'avis, une offre d'indemnisation visant à la réparation intégrale des préjudices subis dans la limite des plafonds de garantie des contrats d'assurance ". Aux termes de l'article L. 1142-15 du même code : " En cas de silence ou de refus explicite de la part de l'assureur de faire une offre, ou lorsque le responsable des dommages n'est pas assuré ou la couverture d'assurance prévue à l'article L. 1142-2 est épuisée ou expirée, l'office institué à l'article L. 1142-22 est substitué à l'assureur. / () / L'acceptation de l'offre de l'office vaut transaction au sens de l'article 2044 du code civil. La transaction est portée à la connaissance du responsable et, le cas échéant, de son assureur ou du fonds institué à l'article L. 426-1 du code des assurances. / L'office est subrogé, à concurrence des sommes versées, dans les droits de la victime contre la personne responsable du dommage ou, le cas échéant, son assureur ou le fonds institué à l'article L. 426-1 du même code. Il peut en outre obtenir remboursement des frais d'expertise. / En cas de silence ou de refus explicite de la part de l'assureur de faire une offre, ou lorsque le responsable des dommages n'est pas assuré, le juge, saisi dans le cadre de la subrogation, condamne, le cas échéant, l'assureur ou le responsable à verser à l'office une somme au plus égale à 15 % de l'indemnité qu'il alloue. / Lorsque l'office transige avec la victime, ou ses ayants droit, en application du présent article, cette transaction est opposable à l'assureur ou, le cas échéant, au fonds institué au même article L. 426-1 du code des assurances ou au responsable des dommages sauf le droit pour ceux-ci de contester devant le juge le principe de la responsabilité ou le montant des sommes réclamées. Quelle que soit la décision du juge, le montant des indemnités allouées à la victime lui reste acquis ".

7. Aux termes de l'article L. 1142-23 du même code : " L'office est soumis à un régime administratif, budgétaire, financier et comptable défini par décret. / () / Les recettes de l'office sont constituées par : () 4° Le produit des recours subrogatoires mentionnés aux articles L. 1221-14, L. 1142-15, L. 1142-17, L. 1142-24-7, L. 1142-24-16, L. 1142-24-17, L. 3131-4, L. 3111-9 et L. 3122-4 ; () ". Aux termes de l'article R. 1142-53 de ce code, l'Oniam " est soumis aux dispositions des titres Ier et III du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ". Aux termes de l'article 28 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique, qui figure dans le titre Ier de ce décret : " L'ordre de recouvrer fonde l'action de recouvrement. Il a force exécutoire dans les conditions prévues par l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales. / Le comptable public muni d'un titre exécutoire peut poursuivre l'exécution forcée de la créance correspondante auprès du redevable, dans les conditions propres à chaque mesure d'exécution. () ".

8. Il résulte des dispositions précitées de l'article R. 1142-53 du code de la santé publique que l'Oniam peut émettre un titre exécutoire en vue du recouvrement de toute créance dont le fondement se trouve dans les dispositions d'une loi, d'un règlement ou d'une décision de justice, ou dans les obligations contractuelles ou quasi-délictuelles du débiteur. Les dispositions de l'article L. 1142-15 de ce code ne font pas obstacle à ce que l'Oniam émette un tel titre à l'encontre de la personne responsable du dommage, de son assureur ou du fonds institué à l'article L. 426-1 du code des assurances afin de recouvrer les sommes versées à la victime, aux droits de laquelle il est subrogé. Lorsqu'il cherche à recouvrer les sommes versées aux victimes en application de la transaction conclue avec ces dernières, l'Oniam peut soit émettre un titre exécutoire à l'encontre de la personne responsable du dommage, de son assureur ou du fonds institué à l'article L. 426-1 du code des assurances, soit saisir la juridiction compétente d'une requête à cette fin. Toutefois, l'Office n'est pas recevable à saisir le juge d'une requête tendant à la condamnation du débiteur au remboursement de l'indemnité versée à la victime lorsqu'il a, préalablement à cette saisine, émis un titre exécutoire en vue de recouvrer la somme en litige.

9. Les débiteurs peuvent introduire contre un titre exécutoire, devant la juridiction compétente, un recours qui présente un caractère suspensif en application d'un principe général du droit auquel le décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ne saurait avoir dérogé. Lorsque l'Oniam a émis un titre exécutoire en vue du recouvrement de la somme versée à la victime en application de l'article L. 1142-15, le recours du débiteur tendant à la décharge de la somme ainsi mise à sa charge invite le juge administratif à se prononcer sur la responsabilité du débiteur à l'égard de la victime aux droits de laquelle l'office est subrogé, ainsi que sur le montant de son préjudice.

En ce qui concerne le bien-fondé et le montant des titres exécutoires :

10. En vertu des dispositions de l'article 1142-1 du code de la santé publique, la responsabilité d'un professionnel de santé et de tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute.

11. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou du traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier aurait compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage advienne, la réparation qui incombe à l'hôpital devant alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue. Lorsqu'une pathologie prise en charge dans des conditions fautives a entraîné une détérioration de l'état du patient ou son décès, c'est seulement lorsqu'il peut être affirmé de manière certaine qu'une prise en charge adéquate n'aurait pas permis d'éviter ces conséquences que l'existence d'une perte de chance ouvrant droit à réparation peut être écartée.

12. D'abord, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise des docteurs D, Chiras et Bouillé du 18 mai 2009 sur lequel s'est appuyé la CCI, qu'il s'est écoulé une durée d'environ 50 minutes entre la décision prise par l'obstétricien du CH à 11h55 de procéder à un accouchement d'urgence par césarienne et la naissance de la jeune A à 12h45, durée qui doit être regardée comme excessive au regard des pratiques admises par consensus international en matière de naissance en urgence qui fixent à 30 minutes le délai maximum entre le moment de la décision de césarienne et la naissance de l'enfant. Ce retard, dont le docteur E, dans son rapport critique, estime pour sa part qu'il n'a été que de 12 à 13 minutes, doit être tenu pour établi. Il est constitutif d'un manquement de nature à engager la responsabilité du CH d'Ussel.

13. Ensuite, ces mêmes experts estiment que l'asphyxie fœtale dont a été victime A et qui est à l'origine de sa paralysie cérébrale s'explique en partie par des épisodes répétés de manque d'oxygène, l'anomie, dont témoignent les anomalies du cœur fœtal pendant le travail. Il résulte de l'instruction que plusieurs anomalies du rythme cardiaque du fœtus sont survenues entre 07h45 et 12h05. Vers 07h45, trois ralentissements variables répétés, dont le troisième a fait descendre le rythme cardiaque à 60-70 bpm ont été enregistrés. Puis, autour de 10h00, à la faveur d'une hypertonie utérine, il a été enregistré une diminution importante du rythme cardiaque du fœtus qui a duré entre 6 minutes 30 et 8 minutes et dont ces experts soulignent qu'elle a été à l'origine d'une anoxie cérébrale d'une durée équivalente, à l'origine de premières lésions cérébrales. Si ces experts indiquent que cet épisode ne justifiait pas une césarienne en urgence, ils précisent que " le moindre épisode supplémentaire d'asphyxie fœtale [devait sans délai] conduire à décider et effectuer une césarienne en urgence ". Or, après que le rythme cardiaque du fœtus se soit caractérisé pendant près de deux heures par une tachycardie à 160/min et " un rythme plat microvolté ", " inférieur à 5 bpm ", un nouvel épisode de ralentissement du rythme cardiaque s'est produit à 11h59 avec un passage du battement par minute à 80 sur une durée de 3 minutes. Dans ces conditions, au vu de la succession de ces épisodes et quand bien même pris isolément aucun ne répondait aux critères de la bradycardie caractérisée par une baisse du rythme cardiaque du fœtus en dessous de 110 bpm pendant une durée de 10 minutes, les docteurs D, Chiras et Bouillé estiment que la césarienne, décidée à 11h55, aurait dû être mise en œuvre sans délai.

14. Si les rapports critiques établis à la demande de la Sham par le professeur E le 14 juin 2010 et le docteur C le 28 mars 2020, rendus de façon non contradictoire, concluent que les lésions cérébrales conservées par la jeune A ne sont pas la conséquence d'une asphyxie fœtale liée au travail de l'accouchement mais probablement à une hypoxie chronique ou répétitive établie de longue date, l'absence de mesure d'acidose métabolique ne permet pas de le démontrer. En outre, si ces experts contestent la présence d'une encéphalopathie néonatale, les docteurs D, Chiras et Bouillé notent la survenue de convulsions précoces dans les ving-quatre premières heures de vie, observation confirmée par le docteur G qui évoque dans son rapport critique " la présence de mouvements tonico-cloniques des quatre membres et des paupières permanents, faisant évoquer un état de mal convulsif ". L'expertise du docteur D, qui n'est pas contredite spécifiquement sur ce point, indique que la présomption irréfragable de l'asphyxie fœtale est apportée par l'IRM cérébrale du 2 septembre 2003 témoignant de " la présence d'une nécrose laminaire " qui est " un signe corollaire d'anoxie cérébrale récente " et que milite en faveur de l'asphyxie cérébrale " l'atteinte neurologique caricaturale qui s'est progressivement développée jusqu'au tableau de tétraplégie spasmodique avec microcéphalie ". Les docteurs Pedespan et Dallay, dans leur rapport d'expertise du 25 juillet 2018, relèvent quant à eux qu'un score d'Agpar de 2 à la première minute, les convulsions au cours des deux premiers jours de vie sont des facteurs hautement prédictifs de l'encéphalopathie anoxo-ischémique. En outre, il résulte de l'instruction que les différents examens réalisés dans le cadre du suivi de la grossesse de Mme H n'ont pas montré d'anomalie dans le développement cérébral du fœtus alors que ceux réalisés le 22 août 2003 ont montré un liquide amniotique clair, un rythme cardiaque fœtal normal à 140 bpm. De plus, les bilans génétiques et métaboliques réalisés après l'accouchement ne sont pas de nature à établir ni même à faire présumer que la jeune A aurait été atteinte, avant le début du travail, d'une pathologie susceptible de provoquer les lésions cérébrales présentées après l'accouchement.

15. Dans ces conditions, il y a lieu de considérer, comme le relèvent de manière concordante les docteurs D et Pedespan, qu'une partie des séquelles présentées par la jeune A trouvent leur origine dans l'hypoxie aigue survenue à 10h00 à la faveur d'une hypertonie utérine. Il y a lieu également de retenir que, au regard des anomalies successives ayant affecté l'évolution du rythme cardiaque du fœtus à compter de 07h45, la jeune A a été victime d'une asphyxie fœtale à l'origine d'une anoxie cérébrale et de l'aggravation de ses lésions. La césarienne, dont le docteur C indique que son indication a été posée peu après 10h00 par le docteur B mais n'a pu être suivie d'effets en raison de la situation d'une autre parturiente, aurait, au regard de ce tableau, dû être réalisée plus rapidement, au plus tard dans les trente minutes suivant l'épisode hypoxique intervenu entre 11h55 et 12h00. Ce retard a fait perdre à la jeune A une chance d'échapper à l'aggravation de son état de santé qu'il convient d'évaluer, comme le font les docteurs D, Chiras et Bouillé, à 50%.

16. La responsabilité du CH d'Ussel étant engagée dans la survenance des séquelles présentées par la jeune A et la Sham, ne contestant pas le montant des préjudices retenus par l'Oniam au titre du déficit fonctionnel temporaire et des souffrances endurées, pour accorder une provision aux parents de la jeune A, ce dernier établissement était fondé à mettre à la charge de l'assureur du CH d'Ussel, par le titre exécutoire en litige, la somme de de 22 232,50 euros.

Sur les conclusions de l'Oniam aux fins de condamnation de la Sham à lui payer les sommes en cause :

17. Il résulte des dispositions et principes énoncés au point 8 du présent jugement que l'Oniam n'est pas recevable à saisir le juge d'une requête tendant à la condamnation du débiteur au remboursement de l'indemnité versée à la victime lorsqu'il a déjà, préalablement à cette saisine, émis un titre exécutoire en vue de recouvrer la somme en litige. Réciproquement, il ne peut légalement émettre un titre exécutoire en vue du recouvrement forcé de sa créance s'il a déjà saisi le juge ou s'il le saisit concomitamment à l'émission du titre. Ces règles d'articulation ne trouvent à s'appliquer que lorsqu'est en cause la même créance de l'Oniam sur le responsable du dommage ou son assureur.

18. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'Oniam n'est, en tout état de cause, pas recevable à demander, par voie reconventionnelle, la condamnation de la Sham à lui verser les sommes objets des titres exécutoires en litige. Par suite, ses conclusions tendant à l'application des intérêts moratoires et leur capitalisation sur ces sommes ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions de l'Oniam aux fins de condamnation de la Sham à lui rembourser les frais d'expertise :

19. Aux termes de l'article L. 1142-12 du code de la santé publique : " La commission régionale désigne aux fins d'expertise un collège d'experts choisis sur la liste nationale des experts en accidents médicaux, en s'assurant que ces experts remplissent toutes les conditions propres à garantir leur indépendance vis-à-vis des parties en présence. Elle peut toutefois, lorsqu'elle l'estime suffisant, désigner un seul expert choisi sur la même liste. () / L'Office national d'indemnisation prend en charge le coût des missions d'expertise, sous réserve du remboursement prévu aux articles L. 1142-14 et L. 1142-15. ".

20. Il résulte de l'instruction, et en particulier de l'attestation de l'agent comptable de l'Oniam, que l'Office a pris à sa charge des frais d'expertise pour une somme globale de 3 700 euros. La responsabilité du CH d'Ussel étant engagée, l'Office est fondé à solliciter le remboursement de cette somme.

Sur les conclusions de l'Oniam aux fins d'application des pénalités :

21. L'Oniam demande dans la présente instance à ce que la Sham soit condamnée à lui verser la somme totale de 3 334,88 euros, correspondant à 15% de la somme totale correspondant aux titres de recettes en litige, en application du 5ème alinéa de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à cette demande.

Sur les frais liés au litige :

22. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la Sham le versement d'une somme de 1 500 euros à l'Oniam en application de l'article L .761-1 du code de justice administrative. En revanche, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de la Sham présentée sur le même fondement, dès lors qu'elle est la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de la Sham est rejetée.

Article 2:La Sham versera à l'Oniam une somme de 3 700 (trois mille sept cents) euros en remboursement des frais d'expertise.

Article 3: Le surplus des conclusions présentées à titre reconventionnel par l'Oniam est rejeté.

Article 4: La Sham versera à l'Oniam une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5: Le présent jugement sera notifié à la société hospitalière d'assurances mutuelles et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022 où siégeaient :

- M. Gensac, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2022.

Le rapporteur,

F. MARTHA

Le président,

P. GENSAC

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

aj

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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