jeudi 4 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2000342 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | VARIENGIEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 mars 2020, M. D A, représenté par Me Variengien, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 4 février 2020 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) a rejeté sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à la directrice territoriale de l'Ofii, à titre principal, de rétablir, à son bénéfice, les conditions matérielles d'accueil, de lui proposer un hébergement et de reprendre le versement de l'allocation pour demandeur d'asile sous astreinte de 200 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de 24 heures à compter du jugement à intervenir, dans les mêmes conditions d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Ofii une somme de 1 000 euros à verser à son avocat en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'auteur de la décision de notification de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil est incompétent ;
- la décision est entachée d'un vice de procédure en ce que sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux et individualisé ; elle est aussi entachée d'une erreur de fait ;
- la décision n'a pas tenu compte de la vulnérabilité du requérant ;
- la décision retenue est disproportionnée en ce qu'elle aurait pour objectif de le sanctionner pour non-respect des obligations fixées par l'Ofii.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 mai 2020, l'Ofii conclut au rejet de la requête comme non fondée.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mars 2020.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A, ressortissant guinéen né en 1999, a présenté une demande d'asile le 27 mars 2018 et a accepté à cette date les conditions matérielles d'accueil qui lui ont été proposées. Par une décision du 9 octobre 2018, la directrice territoriale de l'Ofii lui en a suspendu le bénéfice. La France étant devenue responsable de sa demande d'asile, M. A a saisi l'Ofii le 27 janvier 2020 d'une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 4 février 2020, cette demande a été rejetée. Par une ordonnance du 30 avril 2020 n° 2000341, le juge des référés du tribunal administratif de Limoges a rejeté la requête par laquelle M. A demandait la suspension de l'exécution de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, (). L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".
3. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mars 2020. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire présentées par le requérant sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu pour le tribunal d'y statuer.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. En premier lieu, par une décision NOR : INTV1726728S du 1er octobre 2017 portant délégation de signature, régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur n° 2017-11 du 15 novembre 2017, délégation a été donnée à Mme C F, directrice territoriale de l'Ofii à Limoges à l'effet de signer toutes décisions se rapportant aux missions dévolues à la direction de Limoges. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. () ". Selon l'article L. 744-8 dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile () / Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives au retrait, à la suspension et au rétablissement des conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.
6. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Ofii, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de cette demande au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.
7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A dont le pays initialement responsable de la demande d'asile a été identifié comme étant l'Espagne s'est vu notifier le 1er août 2018 les modalités pratiques de son transfert vers ce pays, notamment les jours et horaires de son train et de son avion. Il est constant qu'il n'a pas déféré à son obligation de rejoindre l'Espagne par le vol prévu le 14 août 2018 à destination de Madrid. Sur les raisons de cette absence, le requérant apporte pour seul motif dans son courrier du 27 janvier 2020 sa peur de retourner en Espagne ou en Guinée sans plus d'explication ni de détail quant à la réalité et aux raisons de cette crainte. Il n'est pas contesté qu'à l'occasion de son entretien personnalisé le 14 janvier 2020 avec un agent de l'Ofii il n'a pas été en mesure de mettre en évidence les motifs pour lesquels il n'aurait pas respecté les obligations auxquelles il avait consenties au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil. D'autre part, la décision attaquée mentionne que l'évaluation de sa situation personnelle et familiale, célibataire et sans enfant, n'a pas fait apparaître de facteur particulier de vulnérabilité. Si dans sa requête, M. A allègue qu'il a été victime d'actes de tortures dans son pays d'origine de la part de ses oncles et tantes, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces faits soient attestés. Par suite, l'Ofii, qui a bien procédé à l'examen sérieux et individualisé de la situation du requérant avant d'édicter la décision attaquée et dont la décision ne comporte aucune inexactitude matérielle des faits, était fondé à refuser à l'intéressé, le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil alors même qu'il a été placé en procédure normale d'asile à compter du 14 janvier 2020.
8. En dernier lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la décision attaquée constituerait une sanction. En outre, et pour les motifs énoncés au point 7 du présent jugement, il n'est pas démontré que cette décision présenterait un caractère disproportionné au regard de ses conséquences sur la situation de M. A. Par suite, le moyen tiré d'une disproportion de la mesure doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 4 février 2020 par laquelle la directrice territoriale de l'Ofii lui a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par suite, la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et ses conclusions présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er: Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2:Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Variengien et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 6 avril 2023 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- M. Christophe, premier conseiller,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.
Le rapporteur,
F. E
Le président,
N. NORMAND
Le greffier,
M. B
La République mande et ordonne
au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
M. B
mf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026