jeudi 9 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2000375 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | ZOUNGRANA |
Vu la procédure suivante :
Par requête et un mémoire, respectivement enregistrés les 11 et 13 mars 2020, M. D A, représenté par Me Zoungrana, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté portant reconduite à la frontière pris par le préfet de la Corrèze le 19 février 2020 et notifié le 10 mars 2020 ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté portant assignation à résidence pris par le préfet de la Corrèze le 19 février 2020 et notifié le 10 mars 2020 ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Corrèze de lui restituer sans délai son passeport marocain sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Corrèze de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1 500 euros au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- résident espagnol de longue durée, il était parfaitement en droit de solliciter et d'obtenir une carte de séjour mention " salarié " ;
- l'autorité administrative a refusé abusivement de lui délivrer un récépissé de dépôt de demande de carte de séjour ;
- l'autorité administrative a méconnu les stipulations de l'article 3 de l'accord entre la France et le Maroc ainsi que les dispositions des articles L. 311-4 et R. 311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'autorité administrative ne saurait prendre un arrêté de reconduite à la frontière sans se prononcer préalablement sur sa demande de titre de séjour ;
- il ne pouvait pas faire l'objet d'un arrêté de reconduite à la frontière sur le fondement de l'article L. 531-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'a nullement besoin d'un visa d'entrée en France et n'a aucunement méconnu son droit à un séjour continu de trois mois en France ;
- l'autorité administrative a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;
- l'arrêté portant assignation à résidence est illégal du fait de l'illégalité de l'arrêté de reconduite à la frontière.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2020, le préfet de la Corrèze conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 6 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 avril 2022.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 juin 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;
- le code de justice administrative.
La rapporteure publique, sur sa proposition, a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.
Considérant ce qui suit :
Sur la portée de l'arrêté " portant reconduite d'office à la frontière " du 19 février 2020 :
1. D'une part, l'arrêté N° 19-2020-017 pris par le préfet de la Corrèze le 19 février 2020 vise en droit, notamment, l'article L. 531-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le préfet de la Corrèze doit être regardé comme ayant décidé, non pas de reconduire d'office M. A à la frontière mais de remettre ce dernier aux autorités espagnoles, la reconduite d'office à la frontière étant, elle, prévue par les dispositions de l'article L. 531-3 du code précité.
2. D'autre part, bien que l'arrêté N° 19-2020-017 soit intitulé " Arrêté () portant reconduite d'office à la frontière " et ne comporte, dans son dispositif, aucun refus de délivrance d'un titre de séjour, il ressort tant des visas que des considérants figurant dans cet arrêté, que le préfet de la Corrèze s'est prononcé sur une demande de titre de séjour présentée par M. A sur le fondement des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et a rejeté cette demande et c'est ce dont il ressort également des écritures en défense du préfet. Dans ces conditions, l'arrêté litigieux doit également être regardé, malgré l'absence d'article en ce sens dans le dispositif, comme refusant de délivrer un titre de séjour à M. A.
Sur l'étendue du litige :
3. Par un jugement du 16 mars 2020, le magistrat désigné par le président du tribunal a, d'une part, annulé la décision du 19 février 2020 par laquelle le préfet de la Corrèze a décidé de remettre M. A aux autorités espagnoles ainsi que l'arrêté du 19 février 2020 portant assignation à résidence et, d'autre part, a enjoint au préfet de la Corrèze de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement, de munir le requérant d'une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen, et de lui restituer son passeport dans un délai de quinze jours à compter de la notification de ce jugement et, de dernière part, a renvoyé à une formation collégiale du tribunal l'examen des conclusions dirigées contre la décision de refus de titre de séjour ainsi que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte afférentes à cette décision.
4. Par suite, il n'y a lieu, dans la présente instance, que de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour contenue dans l'arrêté du 19 février 2020 et sur les conclusions accessoires afférentes.
Sur le refus de titre de séjour :
5. En premier lieu, l'article 3 de l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 stipule que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié''() ". L'article 9 de cet accord stipule par ailleurs : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord ". En application de l'article L. 313-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur et applicable aux ressortissants marocains : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues par les dispositions législatives du présent code, la première délivrance de la carte de séjour temporaire et celle de la carte de séjour pluriannuelle mentionnée aux articles L. 313-20, L. 313-21, L. 313-23, L. 313-24, L. 313-27 et L. 313-29 sont subordonnées à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 311-1. () ".
6. Aux termes de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Une carte de séjour temporaire, d'une durée maximale d'un an, autorisant l'exercice d'une activité professionnelle est délivrée à l'étranger : 1° Pour l'exercice d'une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée, dans les conditions prévues à l'article L. 5221-2 du code du travail. Elle porte la mention " salarié ". () / étranger se voit délivrer l'une des cartes prévues aux 1° ou 2° du présent article sans que lui soit opposable la situation de l'emploi sur le fondement de l'article L. 5221-2 du code du travail lorsque sa demande concerne un métier et une zone géographique caractérisés par des difficultés de recrutement et figurant sur une liste établie par l'autorité administrative, après consultation des organisations syndicales d'employeurs et de salariés représentatives. () ".
7. Aux termes de l'article R. 5221-20 du code du travail, dans sa version applicable au litige : " Pour accorder ou refuser l'une des autorisations de travail mentionnées à l'article R. 5221-11, le préfet prend en compte les éléments d'appréciation suivants : 1° La situation de l'emploi dans la profession et dans la zone géographique pour lesquelles la demande est formulée, compte tenu des spécificités requises pour le poste de travail considéré, et les recherches déjà accomplies par l'employeur auprès des organismes concourant au service public de l'emploi pour recruter un candidat déjà présent sur le marché du travail ; 2° L'adéquation entre la qualification, l'expérience, les diplômes ou titres de l'étranger et les caractéristiques de l'emploi auquel il postule ; / Lorsque la demande concerne un étudiant ayant achevé son cursus sur le territoire français cet élément s'apprécie au regard des seules études suivies et seuls diplômes obtenus en France ; 3° le respect par l'employeur, l'utilisateur mentionné à l'article L. 1251-1 ou l'entreprise d'accueil de la législation relative au travail et à la protection sociale ;4° Le cas échéant, le respect par l'employeur, l'utilisateur, l'entreprise d'accueil ou le salarié des conditions réglementaires d'exercice de l'activité considérée ; 5° Les conditions d'emploi et de rémunération offertes à l'étranger, qui sont comparables à celles des salariés occupant un emploi de même nature dans l'entreprise ou, à défaut, conformes aux rémunérations pratiquées sur le marché du travail pour l'emploi sollicité ; 6° Le salaire proposé à l'étranger qui, même en cas d'emploi à temps partiel, est au moins équivalent à la rémunération minimale mensuelle mentionnée à l'article L. 3232-1 ; 7° Le cas échéant, lorsque l'étranger réside hors de France au moment de la demande et lorsque l'employeur ou l'entreprise d'accueil pourvoit à son hébergement, les dispositions prises par l'employeur pour assurer ou faire assurer, dans des conditions normales, le logement de l'étranger directement ou par une personne entrant dans le champ d'application de la loi n° 73-548 du 27 juin 1973 relative à l'hébergement collectif. Ces dispositions s'appliquent également lorsque l'étranger change d'employeur avant l'expiration du délai de six mois prévu à l'article R. 5221-23.".
8. Aux termes de l'article L. 313-4-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " L'étranger titulaire de la carte de résident de longue durée-UE définie par les dispositions communautaires applicables en cette matière et accordée dans un autre Etat membre de l'Union européenne qui justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir à ses besoins et, le cas échéant, à ceux de sa famille ainsi que d'une assurance maladie obtient, sous réserve qu'il en fasse la demande dans les trois mois qui suivent son entrée en France et sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée : () 5° Une carte de séjour temporaire portant la mention de l'activité professionnelle pour laquelle il a obtenu l'autorisation préalable requise, dans les conditions définies, selon le cas, aux 1°, 2° ou 3° de l'article L. 313-10. () ".
9. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, M. A, ressortissant marocain, est titulaire d'une carte de résident longue durée délivrée par les autorités espagnoles, valable jusqu'au 10 novembre 2020, qu'à la date de la décision attaquée, M. A n'a pas séjourné de manière continue en France, et que, notamment, il se trouvait le 11 septembre 2018 en Espagne où il travaillait, puis au Maroc le 12 décembre 2019. La présence en France de M. A est de nouveau avérée au plus tôt à partir du 20 janvier 2020 date à laquelle il a adressé au préfet un courrier en réponse à la demande que lui avait adressée ce dernier le 16 janvier 2020.
10. D'autre part, il ressort de la décision attaquée, que M. A a déposé une demande complète de titre de séjour, enregistrée le 22 janvier 2020. Pour justifier de son refus de titre de séjour, le préfet de la Corrèze, en se fondant seulement sur un avis défavorable de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) du 26 novembre 2019 dont il ne justifie pas l'existence en produisant la copie d'un avis défavorable daté du 6 novembre 2018. Il n'établit pas d'avantage avoir sollicité l'avis de la DIRECCTE avant de refuser le titre de séjour demandé le 22 janvier 2020. De plus, il ne ressort ni de la décision attaquée ni d'aucune pièce du dossier que le préfet aurait fait application des critères fixés par l'article R. 5221-20 du code du travail pour refuser de délivrer à M. A un titre de séjour en qualité de salarié. Dans ces conditions, le préfet, en refusant de délivrer à M. A un titre de séjour en qualité de salarié a méconnu les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain.
11. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 19 février 2020 du préfet de la Corrèze doit être annulé en tant qu'il refuse à M. A un titre de séjour en qualité de salarié.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Eu égard au motif d'annulation ci-dessus retenu, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint à la préfète de la Corrèze, d'une part, de procéder au réexamen de la demande de délivrance de titre de séjour portant la mention " salarié ", dans un délai de quatre mois suivant la notification du jugement à intervenir et d'autre part, de délivrer à M. A, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Sur les frais liés au procès :
13. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante dans la présente instance la somme de 1200 euros, à verser au conseil de M. A, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er: L'arrêté du 19 février 2020 du préfet de la Corrèze est annulé en tant qu'il refuse de délivrer à M. A un titre de séjour en qualité de salarié.
Article 2:Il est enjoint au préfet de la Corrèze de procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai de quatre mois à compter de la notification de la présente décision et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Article 3:Il est mis à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que le conseil de M. A renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4:Le présent jugement sera notifié à M. D A, Me Zoungrana et au préfet de la Corrèze.
Délibéré après l'audience du 23 février 2023 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- Mme Siquier, première conseillère,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.
La rapporteure,
H. C
Le président,
N. NORMAND
Le greffier,
M. B
La République mande et ordonne
au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
M. B
mf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026