jeudi 9 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2000551 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | MOREAU LISE-NADINE |
Vu la procédure suivante :
Par requête enregistrée le 8 avril 2020, M. A C, représenté par Me Moreau, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 6 décembre 2019 par lequel le préfet de la Haute-Vienne l'a assigné à résidence pour une durée de six mois, l'a obligé à se présenter une fois par jour auprès du commissariat de Limoges, sauf les samedis, dimanches et jours fériés lui a interdit de sortir de la commune de Limoges sans autorisation des services préfectoraux, et l'a obligé à rester à son domicile entre 6 heures et 8 heures du matin ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1 500 euros au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le préfet a méconnu des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est illégale dès lors que, du fait de sa durée, l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde, datera de plus d'un an ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 2 du protocole additionnel n° 4 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2020, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 19 mai 2020, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 septembre 2020.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mars 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La rapporteure publique, sur sa proposition, a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.
Considérant ce qui suit :
1. En premier lieu, aux termes de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Lorsque l'étranger justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne peut ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, l'autorité administrative peut, jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, l'autoriser à se maintenir provisoirement sur le territoire français en l'assignant à résidence , dans les cas suivants : / 1°) Si l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai ( )/ La décision d'assignation à résidence est motivée. Elle peut être prise pour une durée maximale de six mois, renouvelable une fois dans la même limite de durée, par une décision également motivée (). ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 121-1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; / 2° Lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public ou la conduite des relations internationales ; / 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière ; / () ".
2. D'une part, les dispositions du livre V de la partie législative du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans la version applicable au litige, n'instaurent aucune procédure contradictoire particulière relative à l'édiction des assignations à résidence prononcées sur le fondement de l'article L. 561-1 du même code. D'autre part, ne leur sont pas applicables, contrairement aux mesures d'assignation à résidence prises sur le fondement de l'article L. 561-2 du même code, les dispositions de son article L. 512-1 par lesquelles le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, il résulte des dispositions citées au point précédent que ces décisions d'assignation à résidence, qui constituent une mesure de police, doivent être précédées de la procédure contradictoire préalable mentionnée à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration.
3. Il ressort du procès-verbal de la brigade mobile de recherche de Limoges le 23 octobre 2019, qu'il a été demandé à M. C, lors de son audition, s'il avait des observations à formuler en cas de décision d'éloignement prise à son encontre, éventuellement assortie d'une assignation à résidence et qu'il a alors indiqué qu'il aimerait rester en France, dans un premier temps pour se faire soigner puis pour y vivre. M. C a ainsi pu faire valoir ses observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration manque en fait et ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, aucune disposition législative et réglementaire, applicable à la date de la décision attaquée, n'enferme les effets d'une obligation de quitter le territoire dans un délai d'un an, ni ceux de la décision d'assignation à résidence prise en conséquence. Dès lors, le moyen tiré du défaut de base légale de l'arrêté attaqué au-delà du 6 juin 2020 manque en droit.
5. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que la remise d'une attestation de demande d'asile à M. C autoriserait celui-ci à se maintenir sur le territoire français dans l'attente de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) puis, le cas échéant, de la cour nationale du droit d'asile est inopérant dès lors qu'il ne porte pas sur les conditions de son éloignement du territoire français.
6. En quatrième lieu, les dispositions de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettent à l'autorité administrative d'assigner à résidence, pour une longue durée, un étranger sous le coup d'une mesure d'éloignement lorsque l'exécution de cette mesure n'est pas envisageable dans un délai raisonnable, mais demeure possible et jusqu'à ce qu'une telle perspective existe. Comme le fait valoir le requérant lui-même, à la date de l'arrêté attaqué il n'existait aucune perspective raisonnable de pouvoir mettre à exécution l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français, compte tenu des délais de jugement de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, puis, le cas échéant de la cour nationale du droit d'asile en période de confinement du fait de la pandémie de covid 19. Dans ces circonstances, en estimant que M. C pouvait faire l'objet d'une assignation à résidence de longue durée, le préfet de la Haute-Vienne a fait une exacte application des dispositions de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En cinquième lieu, d'une part, aux termes de l'article 2 du protocole additionnel n° 4 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1/ Quiconque se trouve régulièrement sur le territoire d'un État a le droit d'y circuler librement et d'y choisir librement sa résidence. 2/ Toute personne est libre de quitter n'importe quel pays, y compris le sien. 3/ L'exercice de ces droits ne peut faire l'objet d'autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au maintien de l'ordre public, à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. 4/ Les droits reconnus au paragraphe 1 peuvent également, dans certaines zones déterminées, faire l'objet de restrictions qui, prévues par la loi, sont justifiées par l'intérêt public dans une société démocratique " et d'autre part, aux termes de l'article L. 743-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la notification de la décision de l'office ou, si un recours a été formé, dans le délai prévu à l'article L. 731-2 contre une décision de rejet de l'office, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. L'attestation délivrée en application de l'article L. 741-1, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'office, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la cour statuent. ".
8. M. C soutient que, du fait de sa demande d'asile, enregistrée le 6 décembre 2019, il est en situation régulière sur le territoire français, et que dès lors, l'arrêté portant assignation à résidence méconnaît les stipulations de l'article 2 du protocole additionnel n° 4 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Si les dispositions de l'article L. 743-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées font obstacle à ce que le préfet fasse usage des pouvoirs que lui confère le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en matière d'éloignement des étrangers en situation irrégulière tant que l'étranger, demandeur d'asile, bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français, elles n'ont toutefois pas pour objet de rendre la présence de M. C régulière sur le territoire français au sens des stipulations de l'article 2 du protocole n°4 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ainsi, et alors que le requérant a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en date du 6 mai 2019 et sur laquelle se fonde la décision d'assignation à résidence contestée, M. C ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l'article 2 du protocole additionnel n°4 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. En dernier lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. M. C, ressortissant malgache, né en 1972 à Malagasy, réside seul en France, ses quatre enfants vivant à Madagascar. S'il soutient qu'il est atteint d'une pathologie qui le classe dans la catégorie des personnes fragiles telle que listée par le haut conseil de la santé publique dans son avis du 14 mars 2020, il ne l'établit pas. Il ne fait état d'aucune contrainte ou impératif connu à la date de la décision attaquée, susceptible de révéler le caractère disproportionné des obligations mises à sa charge qui lui interdisent de se déplacer sans autorisation en dehors du département de la Haute-Vienne et l'obligent à se présenter une fois par jour au commissariat de police de Limoges à 9 heures à l'exception des samedis, dimanches et jours fériés auprès des services de police du commissariat de police de Limoges. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté portant assignation à résidence méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du 6 décembre 2019 par lequel le préfet de la Haute-Vienne l'a assigné à résidence pour une durée de six mois, l'a obligé à se présenter une fois par jour auprès du commissariat de Limoges, sauf les samedis, dimanches et jours fériés lui a interdit de sortir de la commune de Limoges sans autorisation des services préfectoraux, et l'a obligé à rester à son domicile entre 6 heures et 8 heures du matin doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. C est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. A C, Me Moreau et au préfet de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 23 février 2023 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- Mme Siquier, première conseillère,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.
La rapporteure,
H. D
Le président,
N. NORMAND
Le greffier,
M. B
La République mande et ordonne
à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
M. B
mf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026