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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2000559

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2000559

jeudi 20 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2000559
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantMARTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 avril 2020, M. C A, représenté par Me Marty, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 décembre 2019 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Vienne a refusé de le prendre en charge en qualité de jeune majeur ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de la Haute-Vienne, à titre principal, de conclure un contrat jeune majeur pour une durée d'un an, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du conseil départemental de la Haute-Vienne une somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation à l'indemnité d'aide juridictionnelle, et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision attaquée :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- est entachée d'une erreur de droit dès lors que lui ont été opposés des critères non prévus aux articles L. 112-3, L. 221-1 et L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur les critères liés à sa scolarité, à ses démarches de régularisation au titre de son droit au séjour, à son inscription à la mission locale, à son autonomie et à sa maturité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 décembre 2020, le président du conseil départemental de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable en ce qu'elle est dirigée contre la décision du 9 décembre 2019 qui a fait l'objet de la part du requérant d'un recours administratif préalable obligatoire et que le délai contentieux n'avait pas commencé à courir dès lors qu'à la date d'introduction de sa requête le délai laissé à l'autorité administrative pour répondre à son recours préalable n'était pas épuisé ;

- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par courrier du 7 juin 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête, le requérant ayant atteint l'âge de 21 ans en cours d'instance.

A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 février 2020.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Par une décision du 29 juin 2023, le président du tribunal a désigné Mme Noémi Gaullier-Chatagner en qualité de rapporteure publique sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Christophe,

- les observations de Mme D, représentant le conseil départemental de la Haute-Vienne.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né en 2002, est entré en France en 2018 alors qu'il était mineur. Il a fait l'objet d'un jugement en assistance éducative prononcé par le juge des enfants le 1er février 2019 et placé jusqu'à sa majorité à l'aide sociale à l'enfance du département de la Haute-Vienne. A l'approche de celle-ci, il a demandé le 8 novembre 2019 à bénéficier d'une poursuite de prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance dans le cadre du dispositif " contrat jeune majeur ". Par une décision du 9 décembre 2019, le président du conseil départemental de la Haute-Vienne a rejeté sa demande.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le président du conseil départemental de la Haute-Vienne :

2. Aux termes de l'article L. 134-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le contentieux relevant du présent chapitre comprend les litiges relatifs aux décisions du président du conseil départemental et du représentant de l'Etat dans le département en matière de prestations légales d'aide sociale prévues par le présent code ". En vertu du premier alinéa de l'article L. 134-2 du même code : " les recours contentieux formés contre les décisions mentionnées à l'article L. 134-1 sont précédées d'un recours administratif préalable exercé devant l'auteur de la décision contestée. L'auteur du recours administratif préalable, accompagné de la personne ou de l'organisme de son choix, est entendu, lorsqu'il le souhaite, devant l'auteur de la décision contestée. ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'obtention d'un contrat " jeune majeur " constitue une prestation légale d'aide sociale. Dès lors, il appartient à toute personne, qui entend contester devant le juge administratif une décision de refus de prise en charge dans le cadre d'un contrat jeune majeur, ou de rupture anticipée de ce dernier, de former un recours administratif préalable devant le président du conseil départemental.

3. L'institution d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, vise à laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Pour autant, dès lors que le recours administratif obligatoire a été adressé à l'administration préalablement au dépôt de la demande contentieuse, la circonstance que cette dernière demande ait été présentée de façon prématurée, avant que l'autorité administrative ait statué sur le recours administratif, ne permet pas au juge administratif de la rejeter comme irrecevable si, à la date à laquelle il statue, est intervenue une décision, expresse ou implicite, se prononçant sur le recours administratif. Il appartient alors au juge administratif, statuant après que l'autorité compétente a définitivement arrêté sa position, de regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours administratif préalable, qui s'y est substituée.

4. En l'espèce, à la suite de la décision du 9 décembre 2019 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de prise en charge au titre d'un contrat jeune majeur, M. A a formé un recours administratif préalable obligatoire en date du 20 février 2020 notifié le 3 mars suivant. Si le délai dont disposait l'autorité compétente au regard des dispositions précitées pour répondre à son recours préalable n'était pas écoulé au jour de l'introduction de son recours contentieux le 13 avril 2020, il est constant que par lettre du 19 mai 2020 elle l'a explicitement rejeté. Cette dernière décision, intervenue avant la date à laquelle le juge statue et qui arrête définitivement la position de l'administration s'est substituée à la décision initiale du 9 décembre 2019. Dès lors, les conclusions de la requête dirigées contre cette dernière décision par laquelle le président du conseil départemental a rejeté la demande présentée par M. A doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 19 mai 2020 par laquelle il a explicitement rejeté son recours contre la décision initiale. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir du président du conseil départemental de Haute-Vienne doit, dès lors, être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article L. 112-3 du code de l'action sociale et des familles : " La protection de l'enfance vise à garantir la prise en compte des besoins fondamentaux de l'enfant, à soutenir son développement physique, affectif, intellectuel et social et à préserver sa santé, sa sécurité, sa moralité et son éducation, dans le respect de ses droits. () Ces interventions peuvent également être destinées à des majeurs de moins de vingt et un ans connaissant des difficultés susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ". Aux termes de l'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ". L'article L. 222-5 du même code détermine les personnes susceptibles, sur décision du président du conseil départemental, d'être prises en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance, parmi lesquelles, aux termes des sixième et septième alinéas de cet article : " Peuvent être également pris en charge à titre temporaire par le service chargé de l'aide sociale à l'enfance les mineurs émancipés et les majeurs âgés de moins de vingt et un ans qui éprouvent des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisants. / Un accompagnement est proposé aux jeunes mentionnés au 1° du présent article devenus majeurs et aux majeurs mentionnés à l'avant-dernier alinéa, au-delà du terme de la mesure, pour leur permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée ".

6. Sous réserve de l'hypothèse dans laquelle un accompagnement doit être proposé au jeune pour lui permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée, le président du conseil départemental dispose d'un large pouvoir d'appréciation pour accorder ou maintenir la prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un jeune majeur de moins de vingt et un ans éprouvant des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisants et peut, à ce titre, notamment, prendre en considération les perspectives d'insertion qu'ouvre une prise en charge par ce service compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, y compris le comportement du jeune majeur.

7. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant une prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance ou mettant fin à une telle prise en charge, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner la situation de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler, s'il y a lieu, cette décision en accueillant lui-même la demande de l'intéressé s'il apparaît, à la date à laquelle il statue, eu égard à la marge d'appréciation dont dispose le président du conseil départemental dans leur mise en œuvre, qu'un défaut de prise en charge conduirait à une méconnaissance des dispositions du code de l'action sociale et des familles relatives à la protection de l'enfance et en renvoyant l'intéressé devant l'administration afin qu'elle précise les modalités de cette prise en charge sur la base des motifs de son jugement.

8. Il est constant que M. A est né le 2 février 2002, de sorte qu'il a atteint l'âge de vingt et un ans au cours de l'instance devant le tribunal administratif de Limoges. Il n'est ainsi plus susceptible de faire l'objet d'une prise en charge en tant que jeune majeur par l'aide sociale à l'enfance à la date à laquelle le tribunal administratif statue. Dans ces circonstances et eu égard à l'office du juge rappelé au point 7 consistant à examiner la situation de l'intéressé à la date à laquelle il statue, les conclusions de M. A dirigées contre la décision du président du conseil départemental de la Haute-Vienne en date du 19 mai 2020 refusant sa prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance sont devenues sans objet, postérieurement à l'introduction de sa demande devant le tribunal administratif de Limoges. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction de la requête.

Sur les frais d'instance :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. A.

D E C I D E :

Article 1er: Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête présentée par M. A.

Article 2:Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3:Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Marty et au président du conseil départemental de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- M. Christophe, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2023.

Le rapporteur,

F. CHRISTOPHE

Le président,

N. NORMAND

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne

à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. B

mf

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