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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2000684

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2000684

jeudi 19 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2000684
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCLERC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, respectivement enregistrés les 25 mai 2020 et 29 mars 2021, Mme E A au nom de l'indivision C, représentée par Me Maret, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la délibération du 3 mars 2020 par laquelle la communauté de communes du Pays de Nexon - Monts de Châlus a approuvé son plan local d'urbanisme intercommunal ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes du Pays de Nexon - Monts de Châlus la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'indivision C a qualité pour agir dès lors que l'ensemble des indivisaires ont donné pouvoir à Mme A pour engager la procédure devant le tribunal de céans ;

- elle a intérêt à agir dès lors qu'elle est propriétaire d'un terrain sur la commune de Janailhac concernée par le plan local d'urbanisme intercommunal contesté, qu'elle est un contribuable de cette commune et qu'elle est susceptible de se voir opposer les dispositions de ce plan local d'urbanisme intercommunal ;

- les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la délibération du 3 mars 2020 doivent être regardées comme étant dirigées contre la délibération du 2 octobre 2020 dès lors qu'elle a annulé et remplacé, en cours d'instance la délibération initiale et qu'elles sont de même portée ;

- la commune n'établit pas la régularité de la procédure d'adoption de la délibération du 26 juin 2019 au regard des dispositions des articles L. 2121-12 et L. 5211-1 du code général des collectivités territoriales ;

- elle se prévaut de l'illégalité, par voie d'exception, de l'arrêté du 6 février 2020 du préfet de la Haute-Vienne portant dérogation à l'urbanisation limitée sur le territoire du Pays de Nexon rejetant la demande pour le secteur concerné par la parcelle appartenant à l'indivision C dès lors que :

* il a été pris par une autorité incompétente ;

* il est entaché de défaut de motivation ;

* le préfet a méconnu l'étendue de ses pouvoirs dès lors qu'il s'est estimé lié par l'avis de la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers ;

* il est entaché d'erreur de droit, d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que le projet de construction respecte les conditions fixées par l'article L. 142-5 du code de l'urbanisme, que le hameau du Pavillon est identifié comme un pôle urbain secondaire pouvant accueillir une urbanisation nouvelle ;

* le classement des parcelles cadastrées ZR 136, 137 et 159 en zone agricole est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ; ces parcelles constituent des dents creuses et en continuité d'une partie actuellement urbanisée de la commune ; l'urbanisation pourrait prendre la forme d'une opération d'aménagement programmée.

Par des mémoires en défense respectivement enregistrés les 7 décembre 2020 et 9 février 2021, la communauté de communes du Pays de Nexon - Monts de Châlus représentée par Me Clerc, conclut au rejet de la requête et demande que soit mis à la charge de l'indivision C représentée par Mme A la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que la capacité à agir et l'intérêt à agir de l'indivision C ne sont pas établis ;

- la requête est devenue sans objet dès lors que par délibération du 2 octobre 2020, la communauté de communes a adopté des modifications et corrections au plan local d'urbanisme intercommunal.

Par une ordonnance du 24 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Maret, représentant Mme A et Me Dounies, représentant la communauté de communes du Pays de Nexon - Monts de Châlus.

Considérant ce qui suit :

Sur l'étendue du litige :

1. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigée contre la nouvelle décision.

2. Il ressort des pièces du dossier que la délibération du 3 mars 2020 par laquelle la communauté de communes du Pays de Nexon - Monts de Châlus a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal a été retirée en cours d'instance et remplacée par une nouvelle délibération du 2 octobre 2020. Par suite, il n'y pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête dirigée à l'encontre de la délibération du 3 mars 2020. En revanche, dès lors que la nouvelle délibération du 2 octobre 2020 porte sur l'adoption du même plan local d'urbanisme intercommunal, elle a la même portée que celle qui a été retirée. Par suite, Mme A doit être regardée comme demandant l'annulation de cette délibération.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la régularité de la délibération du 2 octobre 2020 :

3. Aux termes de l'article L. 5211-1 du code général des collectivités territoriales dans sa version applicable au litige : " Les dispositions du chapitre Ier du titre II du livre Ier de la deuxième partie relative au fonctionnement du conseil municipal sont applicables au fonctionnement de l'organe délibérant des établissements publics de coopération intercommunale, en tant qu'elles ne sont pas contraires aux dispositions du présent titre. / Pour l'application des dispositions des articles L. 2121-8, L. 2121-9, L. 2121-11, L. 2121-12, L.2121 19 et L. 2121-22 et L. 2121-27-1, ces établissements sont soumis aux règles applicables aux communes de 3 500 habitants et plus s'ils comprennent au moins une commune de 3 500 habitants et plus. Ils sont soumis aux règles applicables aux communes de moins de 3 500 habitants dans le cas contraire. () ". Aux termes de l'article L. 2121-12 de ce code : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. () ".

4. Il ressort des mentions figurant sur la délibération du 1er octobre 2020 portant approbation du projet d'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal du Pays de Nexon et abrogation des cartes communales des communes de Janailhac, Meilhac, Rilhac-Lastours, Saint-Jean Ligoure et Saint-Priest Ligoure, retirant et remplaçant la délibération du 3 mars 2020, que la requérante désigne par erreur comme étant une délibération du 26 juin 2019, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que le conseil communautaire a été régulièrement convoqué et la requérante n'apporte aucun élément de nature à le contredire. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 2121-12 et L. 5211-1 du code général des collectivités territoriales doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 6 février 2020 du préfet de la Haute-Vienne portant dérogation à l'urbanisation limitée sur le territoire du Pays de Nexon :

5. La requérante soulève par voie d'exception le moyen tiré de l'illégalité de l'arrêté du 6 février 2020 du préfet de la Haute-Vienne portant dérogation à l'urbanisation limitée sur le territoire du Pays de Nexon.

6. Si un requérant peut invoquer, à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative, l'illégalité dont serait entachée un règlement devenu définitif, un tel moyen ne peut être utilement présenté que dans la mesure où la décision dont l'annulation est demandée constitue une mesure d'application ou constitue la base légale de celle dont l'illégalité est invoquée par voie d'exception.

7. La délibération du 3 mars 2020 par laquelle la communauté de communes du Pays de Nexon - Monts de Châlus a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal ne constitue pas une mesure d'application et n'a pas davantage pour base légale l'arrêté du 6 février 2020 du préfet de la Haute-Vienne portant dérogation à l'urbanisation limitée sur le territoire du Pays de Nexon. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de l'arrêté du 6 février 2020 ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé du classement des parcelles cadastrées ZR 136 et ZR 137 en zone agricole :

8. Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ". Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme intercommunal de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. A ce titre, ils peuvent identifier et localiser des éléments de paysage et définir des prescriptions de nature à assurer leur protection. Ce faisant, ils ne sont pas liés, pour déterminer l'affectation future des divers secteurs, par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

9. En l'espèce, le préfet a refusé, par arrêté du 6 février 2020, d'accorder une dérogation à l'urbanisation limitée pour l'ensemble du secteur, incluant les parcelles cadastrées ZR 136 et ZR 137, pour lequel la communauté de communes envisageait, dans le cadre d'une opération d'aménagement programmée, de réaliser un ensemble de construction d'habitations. D'autre part, ces parcelles, déclarées à la politique agricole commune, constituent des parcelles agricoles, exploitées, qui s'ouvrent sur de vastes espaces agricoles bordés d'espaces boisés. Dans ces conditions, le conseil communautaire a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, classer ces parcelles en zone agricole de son plan local d'urbanisme intercommunal.

10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions tendant à l'annulation de la délibération du 3 mars 2020 par laquelle la communauté de communes du Pays de Nexon - Monts de Châlus a approuvé plan local d'urbanisme intercommunal doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y pas lieu de mettre à la charge de Mme A une somme au titre des frais exposés par la communauté de communes et non compris dans les dépens.

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle au versement à Mme A, qui est la partie perdante, d'une somme d'argent au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme A est rejetée.

Article 2:Les conclusions de la communauté de communes de Pays de Nexon - Monts de Châlus tendant au versement d'une somme en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3:Le présent jugement sera notifié à Mme E A et à la communauté de communes de Pays de Nexon - Monts de Châlus.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 janvier 2023.

La rapporteure,

H. D

Le président,

N. NORMAND

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne

à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui les

concernent ou à tous commissaires de justice à

ce requis en ce qui concerne les voies de droit

commun contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. B

mf

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