jeudi 25 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2000730 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | JUGE UNIQUE H SIQUIER |
| Avocat requérant | DURANÇON DELPHINE |
Vu la procédure suivante :
Par requête enregistrée le 5 juin 2020 et un mémoire enregistré le 27 avril 2023, non communiqué, M. B D, représenté par Me Durançon demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de condamner l'Etat à lui payer la somme totale de 3 181,10 euros en réparation des préjudices découlant de son déclassement de son poste service général espaces vert ;
3°) de condamner l'Etat aux entiers dépens ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, au profit de son conseil, en application combinée de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'administration pénitentiaire a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat en le déclassant de son poste service général espaces verts du 25 septembre 2019 au 23 janvier 2020 ;
- il a subi un préjudice matériel qui s'élève à 2 681,10 euros et un préjudice moral qui s'élève à 500 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 janvier 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 29 juin 2020.
Le président du tribunal a désigné Mme Hélène Siquier, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Benzaid, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Durançon, représentant M. D.
Le ministre de la justice, garde des sceaux n'était ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
2. M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 juin 2020. Il n'y a, dès lors, plus lieu de statuer sur les conclusions de M. D tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur la responsabilité :
3. A l'appui de ses conclusions, M. D invoque l'illégalité des décisions du 24 septembre 2019 prononçant la suspension de son emploi à titre provisoire et du 30 septembre 2019 prononçant son déclassement.
4. Selon l'article D. 432-4 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " Lorsque la personne détenue s'avère incompétente pour l'exécution d'une tâche, cette défaillance peut entraîner le déclassement de cet emploi. Lorsque la personne détenue ne s'adapte pas à un emploi, elle peut faire l'objet d'une suspension, dont la durée ne peut excéder cinq jours, afin qu'il soit procédé à une évaluation de sa situation. A l'issue de cette évaluation, elle fait l'objet soit d'une réintégration dans cet emploi, soit d'un déclassement de cet emploi en vertu de l'alinéa précédent ". Aux termes de l'article R. 57-7-34 de ce même code dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque la personne détenue est majeure, les sanctions disciplinaires suivantes peuvent également être prononcées : () 2° Le déclassement d'un emploi ou d'une formation lorsque la faute disciplinaire a été commise au cours ou à l'occasion de l'activité considérée () ".
5. Il résulte des dispositions précitées que le chef d'un établissement pénitentiaire peut prendre une décision de déclassement d'emploi soit, en application de l'article D. 432-4 du code de procédure pénale, en raison de l'incompétence professionnelle de la personne détenue, soit, en application de l'article R. 57-7-34 du même code, au titre d'une sanction disciplinaire infligée à un détenu lorsqu'une faute disciplinaire a été commise au cours ou à l'occasion de l'activité considérée. De plus, en dehors des hypothèses prévues par ces dispositions, le chef d'un établissement pénitentiaire dispose, au titre de ses pouvoirs de police, de la faculté de suspendre une décision de classement dans un emploi afin d'assurer le maintien de l'ordre public et de la sécurité de l'établissement ou encore la protection de la sécurité des personnes, y compris de celle du détenu classé, pour une durée strictement proportionnée à ce qu'exige le but qui justifie cette mesure provisoire.
6. En l'espèce M. D est classé au poste d'auxiliaire " espaces verts " depuis le 20 mai 2015 et bénéficie depuis le 12 décembre 2016 d'une mesure de placement extérieur. Il a fait l'objet d'une suspension à titre conservatoire le 24 septembre 2019 suite au bris de plusieurs matériels. Le 25 septembre 2019 il a été déclassé au motif d'un incident datant du mois de décembre 2018 au cours duquel il avait délibérément manqué aux consignes données par le personnel l'encadrant afin de se rendre dans une zone interdite d'accès, d'un incident survenu le 3 juillet 2019 au cours duquel il a donné des coups de poing dans une grille alors qu'il se rendait à son travail, ayant nécessité son extraction médicale d'urgence, et de la casse de matériels dont il avait l'usage dans le cadre de son travail. L'administration souligne son incapacité à accepter l'autorité du surveillant en charge de l'entretien des espaces verts. La décision précise en outre que classement au service général implique un comportement irréprochable puisqu'il est la manifestation d'une certaine confiance de l'administration à l'égard de la personne détenue classée.
7. Tout d'abord, si les incidents survenus en décembre 2018 et le 3 juillet 2019 étaient susceptibles de faire l'objet d'une procédure disciplinaire en vue de son déclassement de l'emploi d'auxiliaire " espaces verts ", ces derniers sont en revanche étrangers à sa compétence professionnelle. Ensuite, si le requérant a cassé du matériel et s'est blessé durant son travail, le compte-rendu établi le 24 septembre 2019 par un surveillant, précise qu'il s'agit de casse involontaire, la casse de la débroussailleuse étant " certainement due à une mauvaise utilisation " de cette machine. Dès lors, par ces seuls faits, au regard de l'ancienneté du requérant dans le poste qu'il occupe, l'administration pénitentiaire n'établit pas les insuffisances professionnelles reprochées au requérant. Par suite, le directeur de la maison centrale de Saint-Maur, en décidant d'une suspension à titre conservatoire, puis du déclassement de M. D, a méconnu les dispositions de l'article D. 432-4 du code de procédure pénale qui ne prévoient la faculté d'un déclassement d'emploi que dans le cas de l'incompétence professionnelle de la personne détenue pour l'exécution d'une tâche.
8. Il résulte de ce qui précède, que le directeur de la maison centrale de Saint-Maur, en suspendant puis en décision du déclassement de M. D, a commis une faute.
Sur le préjudice :
9. Si les fautes commises par l'administration pénitentiaire sont établies, la condamnation de l'Etat est cependant subordonnée à la démonstration d'un préjudice direct et certain en résultant.
10. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les faits reprochés à M. D auraient fait l'objet d'une procédure disciplinaire et le garde des sceaux, ministre de la justice confirme en défense qu'à plusieurs reprises, le requérant a fait montre de comportements incompatibles avec le maintien dans ses fonctions sans faire valoir qu'ils auraient pu constituer des fautes relevant de sanctions disciplinaires.
11. Tout d'abord, M. D justifie qu'il aurait eu droit à percevoir une rémunération mensuelle, à hauteur de 446,85 euros nets, pour la période allant du 25 septembre 2019 jusqu'au 23 janvier 2020, ayant alors été réintégré. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluation à la somme de 1 800 euros.
12. Ensuite, les fautes commises par le directeur de la maison centrale de Saint-Maur ont causé à M. D un préjudice moral dont il sera fait une juste appréciation à hauteur de la somme de 250 euros.
13. Il résulte de ce qui précède que l'Etat est condamné à verser à M.D une somme globale de 2 050 euros.
Sur les frais liés au litige :
14. Le requérant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, Me Durançon, son avocat, peut se prévaloir des dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Durançon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros.
D E C I D E :
Article 1er: Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2:L'Etat est condamné à verser à M. D une indemnité totale d'un montant de 2 050 (deux mille cinquante) euros.
Article 3:L'Etat versera à Me Durançon une somme de 1 800 (mille huit cents euros), le conseil renonçant à percevoir la part contributive de l'Etat, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4:Le présent jugement sera notifié à M. B D, Me Durançon et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.
Le magistrat désigné,
H. C
Le greffier,
M. A
La République mande et ordonne
au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour Le Greffier en Chef
Le Greffier
M. A
mf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026