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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2000732

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2000732

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2000732
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantDURANÇON DELPHINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juin 2020, M. C B, représenté par Me Durançon, demande au tribunal :

1°) avant dire droit, d'enjoindre à l'administration de lui communiquer tous documents et supports vidéo et audio relatifs à l'incident disciplinaire du 20 février 2020 ;

2°) d'annuler la décision du 24 février 2020 par laquelle le président de la commission de discipline de la maison centrale de Saint-Maur lui a infligé la sanction de 20 jours de cellule disciplinaire, dont cinq jours avec sursis, et la décision du 8 avril 2020 du directeur interrégional des services pénitentiaires (DISP) de Dijon rejetant son recours administratif préalable obligatoire formé à l'encontre de cette sanction ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision du 24 février 2020 du président de la commission de discipline est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- son placement et son maintien à titre préventif en cellule disciplinaire à compter du 20 février 2020, fondés sur les seuls faits de refus d'obtempérer à l'injonction qui lui a été faite par un surveillant de rentrer sa " djellaba " dans son pantalon alors qu'il était en promenade dans le quartier d'isolement de la maison centrale de Saint-Maur qui n'ont pas été retenus par la sanction disciplinaire finalement prononcée à son encontre, étaient irréguliers ;

- les trois comptes rendus d'incident établis le 20 février 2020 à 10h54, 13h30 et 14h22 sur la base desquels la procédure disciplinaire a été mise en œuvre n'ont pas été rédigés " dans les plus brefs délais ", en méconnaissance de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale ;

- en ne leur permettant pas, avec son conseil, de consulter les données de vidéoprotection ou les bandes audios relatives aux faits qui seraient survenus au quartier d'isolement ayant conduit à son placement à titre préventif au quartier disciplinaire et à ceux qui seraient survenus dans ce quartier disciplinaire sur le fondement desquels la sanction disciplinaire litigieuse a été prononcée, l'administration a méconnu les dispositions de l'article R. 57-7-16 du code de procédure pénale et le principe du contradictoire ;

- la sanction disciplinaire litigieuse, prononcée dans un contexte où il avait subi des faits de violences et d'humiliations de la part de surveillants, est entachée d'erreur de fait.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 mars 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 juin 2020.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'annulation de la décision initiale du 24 février 2020 du président de la commission de discipline de la maison centrale de Saint-Maur dès lors que la décision du 8 avril 2020 du DISP de Dijon, prise sur recours administratif préalable obligatoire, s'y est entièrement substituée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Boschet,

- et les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Détenu à la maison centrale de Saint-Maur, M. B s'est vu infliger une sanction de vingt jours de cellule disciplinaire dont cinq jours avec sursis par une décision du 24 février 2020 du président de la commission de discipline de cet établissement pénitentiaire. Il a formé un recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de cette sanction, qui a été rejeté par une décision du 8 avril 2020 du directeur interrégional des services pénitentiaires (DISP) de Dijon. Par cette requête, M. B demande l'annulation de ces décisions des 24 février et 8 avril 2020.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision initiale du 24 février 2020 du président de la commission de discipline de la maison centrale de Saint-Maur :

2. Selon l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale : " La personne détenue qui entend contester la sanction prononcée à son encontre par la commission de discipline doit, dans le délai de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision, la déférer au directeur interrégional des services pénitentiaires préalablement à tout recours contentieux. Le directeur interrégional dispose d'un délai d'un mois à compter de la réception du recours pour répondre par décision motivée. L'absence de réponse dans ce délai vaut décision de rejet ". Il résulte de ces dispositions qu'un détenu n'est recevable à déférer au juge administratif que la seule décision, expresse ou implicite, du directeur régional des services pénitentiaires, qui arrête définitivement la position de l'administration et qui se substitue ainsi à la sanction initiale prononcée par le chef d'établissement. Par suite, les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision initiale du 24 février 2020 du président de la commission de discipline de la maison centrale de Saint-Maur sont irrecevables et doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision du 8 avril 2020 du DISP de Dijon portant rejet du recours administratif préalable obligatoire formé à l'encontre de la décision du 24 février 2020 :

3. En premier lieu, M. B ne saurait utilement se prévaloir des vices propres dont serait entachée la décision initiale du 24 février 2020 du président de la commission de discipline de la maison centrale de Saint-Maur à laquelle la décision du 8 avril 2020 du DISP de Dijon s'est entièrement substituée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision du 24 février 2020 est inopérant et ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, selon l'article R. 57-7-18 du code de procédure pénale : " Le chef d'établissement ou son délégataire peut, à titre préventif et sans attendre la réunion de la commission de discipline, décider le confinement en cellule individuelle ordinaire ou le placement en cellule disciplinaire d'une personne détenue, si les faits constituent une faute du premier ou du deuxième degré et si la mesure est l'unique moyen de mettre fin à la faute ou de préserver l'ordre à l'intérieur de l'établissement ". Aux termes de l'article R. 57-7-19 de ce code : " La durée du confinement en cellule individuelle ordinaire ou du placement en cellule disciplinaire, prononcés à titre préventif, est limitée au strict nécessaire et ne peut excéder deux jours ouvrables. / Le délai de computation du placement préventif commence à courir le lendemain du jour du placement en prévention. Il expire le deuxième jour suivant le placement en prévention, à vingt-quatre heures. Le délai qui expirerait un samedi, un dimanche ou un jour férié ou chômé est prorogé jusqu'au premier jour ouvrable suivant ".

5. La sanction disciplinaire n'est pas prise pour l'application de la décision de placement provisoire de l'intéressé en cellule disciplinaire, laquelle ne constitue pas la base légale de cette sanction. M. B ne peut donc utilement invoquer, à l'encontre de la sanction de vingt jours de cellule disciplinaire dont cinq avec sursis prononcée à son encontre, l'illégalité de la décision du 20 février 2020 par laquelle il a été placé à titre provisoire en cellule disciplinaire.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline ".

7. D'une part, le délai prévu par l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale pour établir un compte rendu d'incident n'est pas prescrit à peine d'irrégularité de la procédure. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que, s'agissant des faits, survenus le 20 février 2020 à 8h, de refus d'obtempérer à une injonction de rentrer son qamis dans son pantalon pendant la promenade au quartier d'isolement, de refus de réintégrer sa cellule et d'incitation à l'égard des autres détenus du quartier d'isolement de perturber l'ordre dans l'établissement, le compte rendu d'incident a été établi le même jour à 10h54. S'agissant des faits, survenus immédiatement après à 8h15, tenant à ce que M. B a craché aux visages de deux agents de l'administration pénitentiaire lors de son placement à titre préventif en cellule disciplinaire, les deux comptes rendus d'incident ont été établis le même jour à 13h30 et à 14h22. Dans ces conditions, et alors en tout état de cause que la sanction contestée de vingt jours de cellule disciplinaire dont cinq avec sursis n'est pas fondée sur les faits décrits dans le premier compte rendu d'incident dont les conditions d'élaboration sont ainsi sans incidence sur la légalité de la décision du 8 avril 2020 du DISP de Dijon, ces comptes rendus d'incident doivent être regardés, eu égard à la durée relativement courte les séparant des moments pendant lesquels les faits relatés sont survenus, comme ayant été rédigés dans les plus brefs délais. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale doit donc être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 726 du code de procédure pénale : " Le régime disciplinaire des personnes détenues placées en détention provisoire ou exécutant une peine privative de liberté est déterminé par un décret en Conseil d'Etat. / Ce décret précise notamment : () / 4° La procédure disciplinaire applicable, au cours de laquelle la personne peut être assistée par un avocat choisi ou commis d'office, en bénéficiant le cas échéant de l'aide de l'Etat pour l'intervention de cet avocat. Ce décret détermine les conditions dans lesquelles le dossier de la procédure disciplinaire est mis à sa disposition et celles dans lesquelles l'avocat, ou l'intéressé s'il n'est pas assisté d'un avocat, peut prendre connaissance de tout élément utile à l'exercice des droits de la défense, sous réserve d'un risque d'atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes ". Selon l'article R. 57-7-16 de ce code : " III. - La personne détenue, ou son avocat, peut consulter l'ensemble des pièces de la procédure disciplinaire, sous réserve que cette consultation ne porte pas atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes. / IV. - L'avocat, ou la personne détenue si elle n'est pas assistée d'un avocat, peut également demander à prendre connaissance de tout élément utile à l'exercice des droits de la défense existant, précisément désigné, dont l'administration pénitentiaire dispose dans l'exercice de sa mission et relatif aux faits visés par la procédure disciplinaire, sous réserve que sa consultation ne porte pas atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes. L'autorité compétente répond à la demande d'accès dans un délai maximal de sept jours ou, en tout état de cause, en temps utile pour permettre à la personne de préparer sa défense. Si l'administration pénitentiaire fait droit à la demande, l'élément est versé au dossier de la procédure. / La demande mentionnée à l'alinéa précédent peut porter sur les données de vidéoprotection, à condition que celles-ci n'aient pas été effacées, dans les conditions fixées par un arrêté du ministre de la justice, au moment de son enregistrement. L'administration pénitentiaire accomplit toute diligence raisonnable pour assurer la conservation des données avant leur effacement. / Par dérogation aux dispositions de l'alinéa précédent, l'administration répond à la demande d'accès dans un délai maximal de quarante-huit heures. / Les données de la vidéoprotection visionnées font l'objet d'une transcription dans un rapport versé au dossier de la procédure disciplinaire ".

9. Il résulte des dispositions des articles 726 et R. 57-7-16 du code de procédure pénale que si la procédure a été engagée à partir notamment des enregistrements de vidéoprotection, ceux-ci font partie du dossier de cette procédure, lequel doit être mis à disposition de la personne détenue ou de son avocat. En revanche, dans le cas où la procédure n'a pas été engagée à partir de ces enregistrements ou en y faisant appel, il appartient à la personne détenue ou à son avocat, s'ils le jugent utile aux besoins de la défense et si ces enregistrements existent, de demander à y accéder. Un refus ne saurait être opposé à de telles demandes au motif de principe que le visionnage de ces enregistrements serait susceptible en toute circonstance de porter atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes.

10. Il ressort des pièces du dossier que la sanction disciplinaire prononcée à l'encontre de M. B n'est pas fondée sur des données de vidéoprotection ou des enregistrements audios. Si, lors de l'enquête qui a précédé la saisine de la commission de discipline, le requérant a demandé " que soit visionnée la vidéo du quartier d'isolement à l'appui de [ses] dires " et que son avocat a sollicité la communication de vidéos et de bandes son relatives aux faits reprochés par un courrier du 28 février 2020, puis par un courriel du 5 mars 2020, il ressort toutefois des pièces du dossier que la sanction disciplinaire en litige repose sur les seuls faits commis lorsque M. B a été placé à titre préventif au quartier disciplinaire tels qu'ils sont mentionnés dans les comptes rendus d'incident établis le 20 février 2020 à 13h30 et à 14h22, à l'exclusion des faits décrits par le compte rendu d'incident établi le même jour à 10h54 concernant le quartier d'isolement, de sorte que le défaut de communication de données de vidéoprotection ou d'enregistrements audios relatifs aux faits commis au quartier d'isolement, à supposer que ces données et enregistrements existent, n'a pas privé le requérant d'une garantie et n'a pas eu d'incidence sur le sens de la décision contestée. Par ailleurs, s'agissant des faits ayant fondé la sanction disciplinaire litigieuse, commis lors du placement à titre préventif de M. B en cellule disciplinaire, l'administration fait valoir dans sa décision du 8 avril 2020 et dans son mémoire en défense, sans être sérieusement contestée, qu'il n'existe pas de données de vidéoprotection ou de bandes son susceptibles d'être transmises à l'intéressé ou à son conseil. Dans ces conditions, et alors au demeurant que M. B a pu consulter l'intégralité des pièces du dossier disciplinaire le 22 février 2020, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 57-7-16 du code de procédure pénale et du principe du contradictoire doivent être écartés.

11. Selon l'article R. 57-7 du code de procédure pénale : " Les fautes disciplinaires sont classées selon leur gravité, selon les distinctions prévues aux articles R. 57-7-1 à R. 57-7-3, en trois degrés ". Selon l'article R. 57-7-1 de ce code : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : / 1° D'exercer ou de tenter d'exercer des violences physiques à l'encontre d'un membre du personnel ou d'une personne en mission ou en visite dans l'établissement ". Aux termes de l'article R. 57-7-47 du même code : " Pour les personnes majeures, la durée de la mise en cellule disciplinaire ne peut excéder vingt jours pour une faute disciplinaire du premier degré, quatorze jours pour une faute disciplinaire du deuxième degré et sept jours pour une faute disciplinaire du troisième degré. / Cette durée peut être portée à trente jours lorsque : / 1° Les faits commis constituent une des fautes prévues aux 1°, 2° et 3° de l'article R. 57-7-1 ".

12. Pour lui infliger une sanction disciplinaire de vingt jours dont cinq jours avec sursis, l'administration s'est fondée sur la circonstance que, le 20 février 2020 à 8h15, à l'occasion de son placement à titre préventif en cellule disciplinaire, M. B a craché aux visages de deux agents de la maison centrale de Saint-Maur. Ces faits, qui ne sauraient trouver leur justification dans de prétendues violences ou humiliations subies par M. B de la part du personnel de la maison centrale de Saint-Maur en raison de son opposition à se soumettre à une fouille, et qui constituent des violences physiques à l'encontre de membres du personnel au sens du 1° de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale, sont suffisamment établis par les pièces du dossier, en particulier par les comptes rendus d'incident établis le 20 février 2020 à 13h30 et à 14h22 dont l'impartialité de leurs auteurs n'est pas sérieusement remise en cause. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'existence d'une erreur de fait doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner avant dire droit à l'administration de communiquer " tous documents, supports vidéo et audio relatifs à l'incident disciplinaire survenu le 20 février 2020 ", que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de la décision du 8 avril 2020 par laquelle le DISP de Dijon a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé à l'encontre de la décision du 24 février 2020 du président de la commission de discipline de la maison centrale de Saint-Maur lui infligeant une sanction de vingt jours de cellule disciplinaire dont cinq jours avec sursis doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme à verser à l'avocat du requérant sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Artus, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Boschet, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

Le rapporteur,

J.B. BOSCHET

Le président,

D. ARTUSLa greffière,

M. A

La République mande et ordonne

au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le Greffier en Chef

La greffière,

M. A

mf

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