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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2000733

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2000733

mercredi 14 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2000733
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 1
Avocat requérantDOUNIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juin 2020, M. C A, représenté par Me Dounies, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 mars 2020 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a suspendu pour inaptitude physique la validité de son permis de conduire et lui a refusé de procéder au renouvellement de ses droits de conduire, ainsi que la décision du 3 avril 2020 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a rejeté son recours préalable ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui restituer son permis dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de procéder à un nouvel examen de sa demande de restitution ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de prendre une nouvelle décision après que la commission médicale l'ait à nouveau examiné ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de suspension de son permis de conduire était insuffisamment motivée ;

- il a été soumis à un contrôle médical à la demande du procureur de la République, entité incompétente ;

- il n'a pas pu prendre connaissance des motifs d'ordre médical qui ont fondé la décision du 10 mars 2020 et n'a donc pu saisir la commission médicale d'appel ;

- il n'a commis aucune infraction lors de son accident, ce qui aurait pu annuler, invalider ou suspendre son permis de conduire et rendre nécessaire une visite médicale ;

- son médecin traitant atteste de son absence de traitement médicamenteux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er avril 2021, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. En 2018, Monsieur A a eu un accident de voiture occasionnant d'importants dommages à son véhicule. En l'absence d'infraction, le procureur de la République a communiqué le dossier de l'intéressé au préfet de la Haute-Vienne afin que ce dernier lui enjoigne de procéder à un examen médical. Le requérant a été convoqué devant la commission départementale d'aptitude le 23 janvier 2020. La commission a conclu à de nombreuses défaillances de ses capacités. Un examen psychotechnique, réalisé le 4 février 2020, a confirmé ces résultats. Le 10 mars 2020, le préfet de la Haute-Vienne a notifié à M. A la suspension de son permis de conduire pour inaptitude physique. M. A a alors formé un recours gracieux, qui a été rejeté le 3 avril 2020. M. A demande l'annulation de la décision du 10 mars 2020, ainsi que de la décision du 31 avril 2020 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article 3 du même texte, et de l'article L. 211-5 dudit code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 211-6 du même code : " Les dispositions de la présente loi ne dérogent pas aux textes législatifs interdisant la divulgation ou la publication de faits couverts par le secret ".

3. Aux termes de l'article R. 221-14 du code de la route : " I. - Postérieurement à la délivrance du permis, le préfet peut enjoindre à un conducteur de se soumettre à un contrôle médical : / 1° Dans le cas où les informations en sa possession lui permettent d'estimer que l'état physique du titulaire du permis peut être incompatible avec le maintien de ce permis de conduire. Cet examen médical est réalisé par un médecin agréé consultant hors commission médicale ; au vu de l'avis médical émis, le préfet prononce, s'il y a lieu, soit la restriction de validité, la suspension ou l'annulation du permis de conduire, soit le changement de catégorie de ce titre ; 2° A tout conducteur impliqué dans un accident corporel de la circulation routière ". Par l'arrêté du 21 décembre 2005, les ministres chargés de la sécurité routière et de la santé, habilités à cet effet par les dispositions du 2° de l'article R. 226-2 du code de la route, ont fixé la liste des affections médicales incompatibles avec l'obtention ou le maintien du permis de conduire, en précisant, pour la plupart d'entre elles, les critères d'appréciation de l'incompatibilité et l'étendue de celle-ci. Les médecins chargés du contrôle médical sont tenus au secret médical dans les conditions rappelées au premier alinéa de l'article R. 4127-104 du code de la santé publique relatifs aux devoirs des médecins exerçant la médecine de contrôle, aux termes duquel : " Le médecin chargé du contrôle est tenu au secret envers l'administration ou l'organisme qui fait appel à ses services. Il ne peut et ne doit lui fournir que ses conclusions sur le plan administratif, sans indiquer les raisons d'ordre médical qui les motivent ". Il appartient, en revanche, au médecin chargé du contrôle, lorsqu'il estime que le titulaire du permis de conduire est inapte à la conduite, de porter à sa connaissance le motif d'inaptitude qu'il retient parmi ceux que mentionne l'arrêté du 21 décembre 2005. Il est, par ailleurs, loisible à l'intéressé de demander communication, sur le fondement des dispositions de l'article L. 1111-7 du code de la santé publique, des documents énonçant ces motifs conservés par le médecin.

4. En premier lieu, la décision par laquelle le préfet restreint la validité d'un permis de conduire, pour des motifs médicaux, présente le caractère d'une mesure de police administrative et doit, par suite, être motivée. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la décision du préfet de la Haute-Vienne du 10 mars 2020 mentionne les dispositions du code de la route dont elle fait application et vise l'avis rendu par la commission médicale du 23 janvier 2020 concluant que l'état de santé du requérant n'était plus compatible avec la détention d'un permis de conduire. D'autre part, si M. A soutient que le préfet ne lui a pas communiqué les motifs médicaux à l'appui de la décision de suspension de son permis de conduire, cette circonstance n'est pas de nature à l'entacher d'illégalité dès lors que le secret médical interdit aux médecins chargés du contrôle de préciser à l'administration l'affection qu'ils ont constaté. En tout état de cause, l'avis médical d'inaptitude rendu par la commission le 23 janvier 2020 a été signé par le requérant. Il était alors en capacité de demander les motifs retenus à ce moment. Ainsi, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde.

5. En second lieu, le requérant soutient qu'il a été soumis à un contrôle médical à la demande du procureur de la République. Or, il ressort des pièces du dossier, et notamment d'un courrier en date du 27 août 2019, que la police de Limoges a communiqué à la préfecture de la Haute-Vienne la procédure d'accident concernant M. A, à charge pour elle de le convoquer pour vérifier son aptitude à la conduite des véhicules et, éventuellement, de restreindre son autorisation de conduire. C'est dans ces conditions que M. A a été convoqué devant la commission médicale de la Haute-Vienne par un courrier du 20 décembre 2019. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, le requérant prétend ne pas avoir été en mesure de saisir la commission médicale d'appel. Or, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la décision attaquée du 10 mars 2020, que M. A a été correctement informé des voies de recours, y compris devant le commission médicale d'appel. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, le requérant soutient que la décision attaquée est entachée d'illégalité au motif qu'il n'a commis aucune infraction lors de son accident en 2018. Au soutien de ses prétentions, il indique que le dossier a été classé sans suite. Cependant, M. A ne peut utilement faire valoir qu'il n'a commis aucune infraction justifiant la suspension de son permis de conduire, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que le préfet s'est fondé sur l'inaptitude du requérant pour prendre la décision attaquée. Le moyen doit donc être écarté.

8. En dernier lieu, M. A soutient que la décision attaquée ne repose sur aucun fondement d'ordre médical et indique, notamment, ne suivre aucun traitement et que par conséquent il ne souffre d'aucune pathologie le rendant inapte à la conduite automobile. Or, il ressort des pièces du dossier qu'il n'assortit cette allégation d'aucun élément, si ce n'est une attestation de son médecin traitant, au demeurant peu circonstanciée, alors que le préfet se fonde sur l'avis d'inaptitude émis par les médecins de la commission médicale en date du 23 janvier 2020 ainsi que sur un test psychotechnique réalisé le 4 février 2020 déclarant le requérant inapte à la conduite automobile. Par suite, le moyen doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions en cause.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante, la somme que demande le requérant sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. A est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète de la Haute-Vienne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.

Le président,

P. B

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

mf

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