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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2000781

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2000781

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2000781
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS CHARTIER PREVOST -PLAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 19 juin 2020, 19 mai 2022 et 5 avril 2023, la SAS Tunzini Toulouse, représentée par Me des Champs de Verneix, demande au tribunal :

1°) à titre principal de condamner la commune de Limoges à lui verser une somme de 1 558 342,80 euros TTC au titre du règlement du solde de son marché avec les intérêts moratoires dans les conditions prévues par le décret n° 2013-269 du 29 mars 2013 ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner la commune de Limoges à lui verser une somme de 67 183,20 euros TTC au titre du règlement du solde de son marché avec les intérêts moratoires dans les conditions prévues par le décret n° 2013-269 du 29 mars 2013 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Limoges une somme de 8 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la recevabilité de la réclamation portant contestation du décompte général :

- le décompte général du marché de travaux qui a été adressé par le pouvoir adjudicateur n'a pas été retourné signé par elle ;

- au regard de la teneur de son courrier motivé de réclamation du 12 novembre 2019, que la commune de Limoges a nécessairement reçu dans le délai de quarante-cinq jours à compter de la notification du décompte général, il ne peut être prétendu qu'elle a accepté ce décompte général, ou encore qu'elle n'aurait pas élevé de contestation dans les délais imposés par le CCAG Travaux, de sorte que le décompte général notifié serait devenu définitif ; elle a répondu au pouvoir adjudicateur, dans le délai de quarante-cinq jours à la réception du décompte général en faisant état de réserves et de réclamations tout à fait précises et détaillées, ainsi que des motifs explicites de la contestation ; ce courrier en date du 12 novembre 2019 doit s'analyser comme un mémoire en réclamation au sens de l'article 50.1.1 du CCAG Travaux ;

- elle était parfaitement recevable et fondée à adresser un courrier le 12 novembre 2019 portant contestation du décompte général du marché, puis un mémoire complémentaire reçu le 18 décembre 2019 comportant le montant de sa réclamation indemnitaire définitive ;

- la commune de Limoges est d'autant moins fondée à soutenir que le décompte général notifié le 17 octobre 2019 la lie définitivement à la société requérante qu'elle ne l'a pas elle-même suivi en fait ; le maire de la commune de Limoges n'a signé que le courrier d'accompagnement au projet de décompte général mais n'a pas signé le projet de décompte général lui-même, en contrariété avec l'article 13.4.2. du CCAG Travaux de 2009 ; il figure effectivement une signature, sans mention du nom de son auteur, mais qui, à suivre le raisonnement de la commune de Limoges, serait celle de son maire, apposée non pas sur la dernière page du projet de décompte général mais sur la dernière page d'un document annexe étant un justificatif de la retenue en attente des travaux inhérents aux réserves émises lors des opérations de réception des travaux ; il existe une réelle incertitude sur l'approbation par la commune de Limoges du projet de décompte général établi par la maîtrise d'œuvre, d'autant que cette commune ne lui a versé le 23 décembre 2019, par l'intermédiaire du Trésorier principal de Limoges, que la somme de 10 088,83 euros TTC, qui correspond au dernier acompte mensuel et non la somme de 12 440,24 euros TTC telle que prévue dans le décompte général, ou à tout le moins dans le projet de décompte général établi par le maître d'œuvre.

Sur le bien-fondé de la contestation du décompte général :

En ce qui concerne le retard dans la réalisation du chantier :

Quant à la responsabilité de la commune de Limoges :

- le retard dans la réalisation du chantier ne lui est pas imputable ; bien au contraire, elle n'a cessé d'alerter le pouvoir adjudicateur et le maître d'œuvre sur les répercussions financières engendrées par les délais de réalisation de l'ouvrage non tenus ; la commune de Limoges, dont la Direction Architecture et Bâtiments avait la mission OPC, a été dans l'incapacité de faire respecter le planning du chantier aux différents corps d'état ;

- la responsabilité du maître d'ouvrage peut être engagée pour avoir failli dans l'exercice de son pouvoir de contrôle et de direction du chantier, notamment en ne prenant aucune mesure pour que les travaux soient réalisés dans les délais contractuels ;

- si des problèmes de conception de l'ouvrage sont apparus en cours de chantier, rendant nécessaires des renforcements de sa structure, outre la réalisation de travaux supplémentaires pour différentes entreprises, dont la société requérante, force est de constater que le délai pris par le pouvoir adjudicateur pour remédier à la difficulté a été anormalement long, ce d'autant qu'il n'a pris parallèlement aucune mesure particulière pour préserver le sort des autres corps d'état, tels qu'un ordre de service actant de l'arrêt du chantier et libérant ainsi officiellement les entreprises pendant la durée de l'arrêt du chantier, ou encore la prise en charge du coût des extensions de garanties nécessaires liées au retard dans le chantier ; les difficultés rencontrées dans l'exécution de son marché sont grandement imputables à la commune de Limoges, qui a insuffisamment préparé la conception de son ouvrage, et qui, par suite, s'est totalement déchargée de sa mission d'OPC pour tenter de contenir le retard pris du fait des difficultés apparues sur la structure de l'ouvrage ;

- ce n'est pas parce que la cause du retard du chantier provient, comme le prétend la commune de Limoges dans son avenant n° l entre elle et la société requérante, d'erreurs de calcul de la structure béton de la part du Bureau d'Etudes RFR GO+ ayant provoqué des fissures en sous-face des consoles supports de la circulation intermédiaire, et nécessitant un nouvel audit des structures béton et travaux de reprise, que cette commune est automatiquement déchargée de toute responsabilité ; les pièces du dossier démontrent une absence totale de réactivité de la part de la commune de Limoges dans sa mission OPC, aboutissant à un bouleversement de l'équilibre économique du contrat ; il est erroné d'indiquer que le retard dans la réalisation du chantier résulte uniquement des fissures apparues en sous-face des consoles supports liées à des erreurs de calcul du Bureau d'Etudes structures, alors que de telles fissures sont apparues en février 2014 ainsi qu'il résulte notamment de cet avenant n° l, un premier ordre de service émanant de la commune de Limoges prolongeait la date de livraison du chantier ; il résulte du même avenant n° l que l'audit des structures béton a été remis en novembre 2015, soit un délai anormalement long de 21 mois après l'apparition des premières fissures, si l'on s'en tient à la chronologie avancée par le pouvoir adjudicateur ; la commune de Limoges ne peut utilement se réfugier derrière les " liquidations successives de RFR GO + et RFR Gmbh Stuttgart " pour expliquer ce délai anormalement élevé, ce d'autant que le chantier était à l'arrêt total en l'attente de cet audit ; il appartenait à la commune de Limoges, maître d'ouvrage public d'une opération d'envergure comme la rénovation de son stade municipal, de vérifier, tout d'abord, la viabilité économique et la solvabilité financière de tous ses cocontractants au moment de l'attribution des marchés ; il lui appartenait également de pallier la défaillance du bureau d'études en diligentant l'audit des structures béton puis les travaux de reprise le plus rapidement possible, afin d'éviter là encore, l'allongement incontrôlé de la durée du chantier ; il a fallu attendre plus d'une année complémentaire en suite du dépôt de l'audit complet des structures béton pour que les solutions de reprise soient envisagées, afin que la mise en œuvre des travaux de renforcements et de réparation du gros œuvre soit confiée à la Société Eiffage ; ce n'est que le 3 mars 2017, soit plus de 3 ans après l'apparition des fissures, et 16 mois après la remise de l'audit des structures béton, qu'a été régularisé l'avenant n° l aux fins de réalisation des travaux complémentaires pour la société requérante liées à la reprise des structures béton de l'ouvrage ; ce délai de plus de trois ans entre l'apparition des premiers désordres et la régularisation des avenants avec les entreprises pour les travaux de reprise est anormalement long, en ce qu'il ne peut trouver aucune justification probante ;

- l'allongement excessif de plus de quatre années de la durée du chantier est dû à des manquements de la commune de Limoges dans l'estimation de ses besoins, notamment lors de la phase de conception de l'ouvrage et de l'établissement des marchés, puis dans l'exercice de ses pouvoirs de contrôle et de direction des marchés, et ce alors qu'elle avait en charge la mission OPC ;

- le tribunal relèvera la faiblesse des justificatifs produits par la commune de Limoges pour tenter de justifier de ses diligences quant à la maîtrise des délais du chantier ; la commune de Limoges n'a entrepris aucune action spécifique après l'année 2013 afin de tenter de contenir les délais d'exécution du chantier, et ce alors que le problème des fissures sur la structure béton de l'ouvrage est apparu en début d'année 2014 ; dans sa mission OPC, la commune de Limoges n'a rien fait pour, comme elle le soutient, " adapter au mieux la programmation des prestations en concertation avec les autres titulaires ", si ce n'est adresser de nouveaux ordres de service prorogeant indéfiniment la date de réception de l'ouvrage.

Quant aux conséquences du retard dans la réalisation du chantier :

- le retard de délai retenu dans son mémoire en réclamation est 34 mois, ce qui est favorable au pouvoir adjudicateur ; elle a tenu compte d'une période de neutralisation de 16 mois pour interruption dans le planning des travaux entre le 21 octobre 2015 et le 20 février 2017, soit la période entre la remise de l'audit des structures béton et la période de reprise du chantier avec la régularisation de l'avenant ;

- ce retard a entraîné, pour elle, des préjudices résultant, premièrement, d'un surcoût correspondant au maintien de l'encadrement et de conduite du chantier, pour un montant de 409 088 euros HT, deuxièmement, d'un surcoût lié aux pertes de productivité sur le chantier, pour un montant de 389 314 euros HT, troisièmement, d'un défaut d'amortissement des frais de groupe et des frais financiers, pour un montant de 93 065 euros HT, quatrièmement, d'un surcoût lié à l'extension de la période de garantie, pour un montant de 263 800 euros HT, cinquièmement, de frais fixes complémentaires de chantier et de logistique, pour un montant de 54 060 euros HT, sixièmement, de l'augmentation du compte prorata, pour un montant de 20 989 euros HT.

En ce qui concerne la bonne réalisation des travaux à sa charge :

- comme elle l'a précisé dans son courrier du 12 novembre 2019, il ne saurait lui être appliqué une retenue de 67 183,20 € TTC en raison de réserves non-levées émises lors des opérations de réception dès lors qu'elle a souscrit au profit du pouvoir adjudicateur une garantie à première demande de 81 177,16 euros ; la mainlevée par la commune de Limoges des cautions bancaires fournies par elle au titre de la garantie à première demande à hauteur de 81 177,16 euros n'a pas eu lieu ;

- elle a réalisé l'intégralité des travaux prévus à son marché initial et aux avenants n° l et n° 2 régularisés avec la commune de Limoges ; elle ne peut être tenue pour responsable de la réserve liée au désenfumage, ses travaux n'étant pas à l'origine du problème rencontré ; les défauts de performance relevés sur les extracteurs de désenfumage n'empêchent aucunement l'exploitation de l'ouvrage ; la commune de Limoges lui a adressé une correspondance en date du 9 juin 2020, par laquelle elle maintient sa position sur la retenue figurant dans le décompte général portant sur les non-conformités identifiées lors des opérations de réception, sans pour autant, encore une fois, répondre de manière précise et circonstanciée aux contestations émises ; le rapport d'étude établi le 11 octobre 2019 par la société Efectis ne permet aucunement de tirer les conclusions qui ont été faites par la commune de Limoges, tendant à voir pratiquer une retenue de 67 183,20 € TTC, soit 55 986 € HT et, par conséquent, imputer les problèmes rencontrés sur le réseau de désenfumage au groupement Tunzini ; à nul endroit dans ce rapport, le groupement Tunzini n'est mis en cause ; de manière contradictoire, alors qu'elle n'associe pas la société requérante aux conclusions de l'étude de la société Efectis, et qu'elle continue d'exploiter normalement l'ouvrage, la commune de Limoges soutient que " des mesures palliatives et dérogatoires ont pu être identifiées et mises en œuvre afin de limiter le coût et l'impact de ces non-conformités, et en lieu et place de votre entreprise et à vos frais et risques " ; aucune précision n'est apportée sur les mesures en question, ni sur les non-conformités, notamment sur le point de savoir si elles concernent bien l'ouvrage de la société requérante ou d'une autre entreprise, ou encore sur leur coût ; le groupement Tunzini a procédé à l'installation de tous les matériels et équipements prévus à son marché, sans quoi elle aurait commis une non-conformité contractuelle qui n'aurait pas manqué d'être décelée tant par la maitrise d'œuvre que par le bureau de contrôle, et, au reste, la société Efectis ; la cause de la difficulté rencontrée sur le débit attendu des extractions de désenfumage est étrangère à la prestation du groupement alors même que sa prestation contractuelle a été dûment exécutée, ce qui a été vérifié, et qu'elle n'avait pas à son marché la réalisation des gaines d'extraction, qui relevait du lot confié à l'entreprise Villemonteil, ni au reste, la réalisation des joints des portes, qui relevait du lot menuiseries ; le compte rendu de visite de chantier du 13 septembre 2018 réalisé par le bureau d'études OTEIS BEFS retrace les problèmes rencontrés avec le matériel à l'origine des dysfonctionnements sur les réseaux de désenfumage, en l'occurrence les gaines Promat, qui sont hors de son lot ; ce compte rendu renvoie à la responsabilité du lot plâtrerie, et ne met absolument pas en cause le groupement Tunzini ; le tableau récapitulatif des mesures à chaque évolution et avancée des travaux réalisé par la société Tunzini a été transmis de nombreuses fois, notamment à la commune de LIMOGES lors de la réunion du 18 juin 2019, et démontre la bonne réalisation des travaux confiés à cette société ; sans ces mesures, aucune réception des ouvrages n'aurait pu intervenir, et ni la commission d'homologation préfectorale au titre des grands équipements sportifs ni la commission de sécurité n'auraient émis d'avis favorables à l'exploitation du stade et à l'ouverture au public à la date du 21 septembre 2018 ; la pièce n° 34 adverse, intitulée " extrait CCTP Désenfumage ", est annotée de mentions manuscrites totalement erronées ; la pièce n° 33 adverse ne pourra qu'être rejetée en ce qu'elle est relative à des mesures de débits réalisées dans des conditions inconnues, non contradictoires, en avril 2022, sur des installations ayant vraisemblablement fait l'objet de modifications certaines depuis la fin des travaux du groupement Tunzini en 2018 ; il en va de même de la pièce n° 35 adverse, relative à un tableau de dépenses de la commune de Limoges non daté, deux bons de commandes de 2022 qui ne peuvent être considérés comme des factures, des factures de 2022 et 2023, soit postérieures de quatre et cinq ans après la fin des travaux du groupement Tunzini et qui en outre ne peuvent être rattachées de façon certaine aux installations réalisées par ce groupement au titre de son marché ;

- tous les travaux prévus dans le marché initial et dans les avenants n° l et 2 ayant été réalisés, la retenue opérée par le pouvoir adjudicateur de 67 183,20 TTC, soit 55 986 HT, en attente de la réalisation des travaux inhérents aux réserves non encore levées n'est pas justifiée ; il semblerait que la commune de Limoges elle-même soit en désaccord avec le calcul réalisé par le maître d'œuvre mandataire, dans la mesure où le dernier règlement qu'elle a fait adresser à hauteur de 10 088,83 TTC ne correspond pas au règlement annoncé par le maître d'œuvre mandataire dans son projet de décompte général à hauteur de 12 440,24 TTC.

En ce qui concerne les travaux supplémentaires réalisés :

- elle a réalisé des travaux supplémentaires dont elle est parfaitement légitime à en réclamer le paiement au pouvoir adjudicateur ; les travaux relatifs " à la récupération des condensats produits par la centrale de traitement d'air (CTA) du niveau N4 de la tribune ouest ", pour lesquels elle a reçu de la part du maître d'œuvre un ordre de service n° 6 valant mise en demeure en date du 11 février 2019 pour un montant de 0,00 euros HT, ne figurent pas parmi les travaux de son marché mais relèvent du lot n° 3 pour la réalisation des étanchéités et formes de pente et du lot n° 21 pour la mise en place des siphons de sol et des réseaux d'évacuation ; les travaux de récupération des condensats de la CTA ne sont pas de travaux de reprise des ouvrages qui dysfonctionneraient que le groupement Tunzini devrait prendre en charge dans le cadre de son obligation de résultat mais bel et bien des travaux supplémentaires, non prévus à son marché ; l'ouvrage de la société requérante a déjà été réceptionné, et il n'est figuré dans le procès-verbal de réception aucune réserve liée à une absence de réalisation de tels travaux ; la commune de Limoges tente de semer la confusion dans l'esprit du tribunal en produisant et en se référant à des documents qui ne concernent aucunement l'objet du devis de travaux supplémentaires ; de tels travaux supplémentaires, réclamés par le maître d'œuvre, manifestement indispensables à l'exécution de l'ouvrage dans les règles de l'art, et ne figurant pas dans son marché, doivent faire l'objet d'un paiement de la part du pouvoir adjudicateur à hauteur de la somme de 3 833 euros HT, soit 4 599,60 euros TTC, figurant sur son devis de travaux supplémentaires n° 7.

En ce qui concerne les frais d'établissement de document :

- elle est fondée à demander le paiement d'une somme de 8 484 euros HT correspondant aux frais d'établissement du mémoire en réclamation.

Par des mémoires en défense enregistrés les 7 avril 2021, 30 mars 2023 et 7 avril 2023, la commune de Limoges, représentée par Me Morice, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de rejeter la requête formée par la société Tunzini Toulouse ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner les sociétés membres du groupement de maîtrise d'œuvre, la société Eiffage Construction et la société URSSA à la garantir entièrement d'éventuelles condamnations prononcées à son encontre ;

3°) en tout état de cause, mettre à la charge de la société Tunzini Toulouse une somme de 10 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

Sur la recevabilité de la requête :

En ce qui concerne le caractère tardif de la requête :

- la demande du groupement Tunzini est irrecevable dès lors que le décompte général est devenu définitif en l'absence de contestation dans les délais ;

- le maire de la commune de Limoges a lui-même signé le courrier du 11 octobre 2019 de notification du décompte général et a également apposé sa signature en dernière page du projet de décompte général conformément à l'article 13.4.2 du CCAG Travaux ;

- la réclamation du groupement reçue le 18 décembre 2019 est tardive puisqu'elle a été réceptionnée plus de deux mois après la notification du décompte général ; alors que le titulaire ne peut en aucun cas interrompre ou suspendre le délai de 45 jours et faire échec aux dispositions de l'article 13.4.5 du CCAG Travaux, le groupement Tunzini ne pouvait s'octroyer lui-même un délai supplémentaire par la production d'un simple courrier d'annonce du 12 novembre 2019 pour tenter de faire échec à la forclusion ;

- le courrier du 12 novembre 2019 ne peut pas être qualifié de mémoire en réclamation au sens de l'article 50.1.1 du CCAG Travaux ; un même courrier ne peut tout à la fois annoncer la communication ultérieure de la réclamation et revêtir lui-même le qualificatif de réclamation ; le groupement Tunzini n'apporte pas, dans ce courrier, les précisions et les justifications nécessaires permettant d'apprécier le bienfondé et la réalité de sa contestation ; si la société requérante apporte dans ce courrier quelques maigres précisions concernant les réserves de désenfumage et GTC, elle se contente d'indiquer, pour la réserve " encoffrement dans le local rangement ou la suppression de passe " la seule mention " encoffrement hors de notre lot " ;

- à supposer même que ce courrier en date du 12 novembre 2019 puisse être qualifié de réclamation, elle ne porterait alors que sur la retenue de 67 183,20 euros TTC mentionnée au décompte, emportant par la même l'irrecevabilité des autres demandes par application de l'article 50.3.1 du CCAG Travaux.

En ce qui concerne le caractère mal dirigé de la requête :

- en l'absence de faute commise par la maîtrise d'ouvrage, il appartient au groupement Tunzini de rechercher la responsabilité des sociétés ayant causé les préjudices dont il se targue, à savoir notamment la maîtrise d'œuvre, et les entrepreneurs ayant, par leurs actions/inactions, engendré des retards dans l'exécution du marché ; le comportement fautif de la société URSSA, auquel se sont ajoutées les fautes commises par le groupement de maîtrise d'œuvre et le groupement Eiffage Construction ayant notamment engendré de graves désordres sur la structure des gradins ont, ensemble, poussé la commune de Limoges à prendre toutes les mesures qui s'avéraient nécessaires à la poursuite de la réalisation du projet ; si ces mesures nécessaires ont notamment consisté en plusieurs prolongements du délai d'exécution du marché, elles ne sont que les conséquences directes des fautes commises par les autres intervenants au chantier.

Sur le bien-fondé de la demande du groupement Tunzini :

En ce qui concerne la responsabilité de la commune :

- elle n'a commis aucune faute susceptible d'engager sa responsabilité contractuelle, tant dans ses missions de maître d'ouvrage que dans ses missions d'ordonnancement, coordination et pilotage, de sorte que le groupement Tunzini n'est pas fondé à lui réclamer le paiement de la somme totale de 1 230 316 euros HT correspondant aux supposés préjudices subis par lui du fait du prolongement de la durée d'exécution du marché ;

- la durée d'établissement d'un audit des structures béton de l'ouvrage, loin de relever de la compétence de la commune, apparaissait en l'espèce particulièrement nécessaires eu égard aux risques portant sur la solidité de l'intégralité de l'ouvrage ; il n'est pas étonnant en réalité que les expertises d'abord (entre février 2014 et septembre 2015), l'audit des structures béton par le nouveau bureau d'études techniques ensuite (entre octobre et décembre 2015), et la réalisation des études techniques nécessaires à la réparation de l'ouvrage et la réalisation des travaux restants, et sa validation par le bureau de contrôle enfin (entre décembre 2015 et décembre 2016) soient longues, dès lors qu'il est question d'éviter l'effondrement de l'ouvrage ; le groupement Tunzini est dès lors particulièrement mal fondé de se targuer de la longueur des audits techniques réalisés, dès lors que l'établissement de leur durée n'est pas de la compétence de la Ville, et que celle-ci a été particulièrement diligente afin de planifier, d'organiser et d'informer les autres intervenants au chantier du déroulement des opérations ;

- le groupement Tunzini ne saurait reprocher à la commune de Limoges de ne pas avoir vérifié la viabilité économique et la solvabilité financière de ses cocontractants, ce qui serait la cause des liquidations successives de RFR GO+ et de sa société mère, RFR Gmbh Stuttgart, et en conséquence des divers retards qui s'y attachent ; le pouvoir adjudicateur n'est pas en droit de rejeter une candidature, notamment lorsqu'elle est présentée par un groupement, présentant des capacités financières suffisantes au regard des exigences fixées ;

- la commune de Limoges a inlassablement averti l'ensemble des sociétés titulaires des avancées des évènements susceptibles de retarder le chantier ; le groupement Tunzini était au courant des difficultés d'exécution rencontrées, qui ne relèvent en rien de la responsabilité de la commune de Limoges ; la commune de Limoges a organisé au mieux le calendrier d'exécution des marchés en cours afin d'intégrer l'ensemble des prestations à réaliser dans un planning suffisamment équilibré pour permettre à l'ensemble des entreprises d'intervenir rapidement.

En ce qui concerne les préjudices :

Quant aux préjudices tirés du prolongement du délai d'exécution :

- outre que la commune n'est pas responsable de la prolongation des délais d'exécution et n'a commis aucune faute à ce titre, le groupement requérant ne présente pas les justificatifs nécessaires permettant d'établir le bien-fondé de ses prétentions indemnitaires à ce titre ;

- si, s'agissant des supposés surcoûts liés au maintien de l'encadrement et de conduite de chantier, le groupement Tunzini réclame la somme de 409 088 euros HT en raison du supposé maintien d'un responsable d'affaires 2 jours par semaine, et d'un responsable bureau d'études 2 jours par semaine, il n'apporte cependant aucun élément permettant d'établir la réalité de l'intervention de ces deux responsables durant les 34 mois visés ; tout au plus est-il fait référence à des tarifs d'intervention sur la zone Limoges pour l'année 2019 et daté du 9 janvier 2019, soit après réception du chantier ;

- s'agissant de la demande de paiement de la somme de 389 314,00 euros HT qui serait liée à de supposées pertes de productivité, le montant visé par la société relève cependant de la seule transmission d'une feuille de tarifs d'interventions daté de 2019 qui ne permet ni d'établir la réalité de la présence des personnes visées tout au long du chantier, ni de la réalité des taux horaires visés ; il n'est pas établi que l'intervention sur une période de coactivité aurait entrainé des pertes de temps estimées à 10% pour ses équipes ;

- aucun élément ne vient justifier des frais de groupe de 2,5% et des frais financiers de 4% qui sont mentionnés dans la requête ; alors que le groupement se contente d'estimer que l'allongement du délai d'exécution aurait empêcher l'amortissement des frais généraux puisqu'elle " n'a pas pu réaliser le chiffre d'affaires escompté dans les délais prévus ", il a pourtant bien été rémunéré de l'ensemble des travaux réalisés et a donc pu amortir ses frais généraux, puisqu'il n'est pas établi que ceux-ci auraient évolué du fait du prolongement du délai d'exécution du marché ;

- les seuls éléments produits ne permettent pas de justifier du bien-fondé de la somme de 263 800 euros demandée au titre du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de l'extension de la période de garantie ;

- la réalité des préjudices invoqués pour un montant de 54 060 euros HT au titre de frais fixes complémentaires de chantier et de logistique, pour un montant de 20 989 euros HT au titre de frais de compte interentreprises (compte prorata), pour un montant de 8 484 euros HT pour l'établissement de documents n'est pas établie.

Quant aux travaux supplémentaires :

- c'est au prix d'une interprétation tronquée des stipulations contractuelles applicables que le groupement Tunzini estime être en droit de réclamer le paiement de la somme de 3 833,00 euros HT au titre de travaux supplémentaires réalisés ; si l'ordre de service n° 6 établit bien que le prix de la prestation attendue est fixé à 0,00 € HT, la société ne justifie pas, dans son courrier de réserve du 21 février 2019, du montant de 3 833,00 euros HT visé puisque le devis de travaux supplémentaires n°7 évoqué n'est pas joint à la réserve ; les prestations demandées au titre de l'ordre de service n°6 étaient comprises dans les prestations attendues au titre du marché ; la fourniture de la CTA revenait au groupement Tunzini, de sorte que le marché comprenait nécessairement le bon fonctionnement de cette CTA.

Quant aux retenues opérées pour un montant de 67 183,20 euros TTC :

- elle ne s'est pas adressée au garant pour obtenir le paiement de la garantie à première demande d'un montant de 81 177,16 euros ;

- le groupement requérant ne démontre pas pour quelles raisons les réserves émises et non levées s'agissant notamment du débit attendu des installations de désenfumage seraient de la responsabilité de titulaires d'autres lots.

Quant à l'appel en garantie des entreprises responsables :

- dans l'hypothèse où le tribunal estimerait que la requête du groupement est recevable et les préjudices invoqués fondés, les sociétés de maîtrise d'œuvre, et les sociétés Eiffage Construction et URSSA devront être condamnées à garantir la commune de Limoges des sommes qui pourraient lui être imputées en réparation du préjudice subi par le groupement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code des marchés publics ;

- la loi n° 85-704 du 12 juillet 1985 ;

- le décret n° 2013-269 du 29 mars 2013 ;

- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Boschet,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,

- les observations de Me des Champs de Verneix, pour la SAS Tunzini Toulouse,

- et les observations de Me Heuze, pour la commune de Limoges.

Considérant ce qui suit :

1. Par un acte d'engagement du 29 octobre 2012, le groupement solidaire composé de la SAS Tunzini Toulouse, mandataire du groupement, et de la société Tunzini Limoges, s'est vu attribuer par la commune de Limoges le lot n° 22 " Chauffage et Ventilation " d'un marché de travaux portant sur un projet de restructuration du stade d'honneur du parc municipal des sports de Beaublanc, pour un montant global et forfaitaire de 1 155 723 euros HT. Après que le délai de réalisation des travaux incombant au groupement Tunzini, initialement fixé au 6 juin 2014, a été prolongé par plusieurs ordres de service pour des raisons indépendantes des sociétés membres du groupement, ces travaux ont finalement été réceptionnés avec réserves le 20 août 2018. Par un courrier du 11 octobre 2019, reçu le 17 octobre 2019, le maire de la commune de Limoges a notifié à la SAS Tunzini le décompte général du marché attribué au groupement pour le lot n° 22, lequel décompte général comportait notamment une retenue de 67 183,20 euros TTC à raison de réserves non levées lors des opérations de réception. Par un courrier du 12 novembre 2019, la SAS Tunzini a manifesté auprès de la commune de Limoges son " désaccord " quant à ce décompte général, en particulier s'agissant de la retenue de 67 183,20 euros TTC, et a annoncé la production prochaine, sous un mois maximum, d'un mémoire en réclamation en application de l'article 50.1.1 du cahier des clauses administratives générales (CCAG) applicable aux marchés de travaux. Le 18 décembre 2019, la commune de Limoges a reçu le mémoire en réclamation annoncé. Par une décision du 4 février 2020, le maire de la commune de Limoges a rejeté cette réclamation. La SAS Tunzini Toulouse demande au tribunal de condamner la commune de Limoges à lui verser, à titre principal une somme de 1 558 342,80 euros TTC avec les intérêts moratoires dans les conditions prévues par le décret n° 2013-269 du 29 mars 2013, à titre subsidiaire, une somme de 67 183,20 euros TTC assortie des mêmes intérêts moratoires.

Sur la recevabilité des conclusions relatives aux éléments du décompte général autres que la retenue de 67 183,20 euros TTC :

2. L'article 13.4 du CCAG applicable aux marchés publics de travaux, dans sa rédaction issue de l'arrêté du 8 septembre 2009, prévoit que : " 13.4.2. Le projet de décompte général est signé par le représentant du pouvoir adjudicateur et devient alors le décompte général. / Le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire le décompte général avant la plus tardive des deux dates ci-après : - quarante jours après la date de remise au maître d'œuvre du projet de décompte final par le titulaire ; - douze jours après la publication de l'index de référence permettant la révision du solde. / Si le représentant du pouvoir adjudicateur ne notifie pas au titulaire, dans les délais stipulés ci-dessus, le décompte général signé, celui-ci lui adresse une mise en demeure d'y procéder. L'absence de notification au titulaire du décompte général signé par le représentant du pouvoir adjudicateur, dans un délai de trente jours à compter de la réception de la mise en demeure, autorise le titulaire à saisir le tribunal administratif compétent en cas de désaccord. Si le décompte général est notifié au titulaire postérieurement à la saisine du tribunal administratif le titulaire n'est pas tenu, en cas de désaccord, de présenter le mémoire en réclamation mentionné à l'article 50.1.1. / 13.4.3. A compter de la date d'acceptation du décompte général par le titulaire, selon les modalités fixées par l'article 13.4.4, ce document devient le décompte général et définitif et ouvre droit à paiement du solde. / 13.4.4. Dans un délai de quarante-cinq jours compté à partir de la notification du décompte général, le titulaire renvoie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, le décompte général revêtu de sa signature, sans ou avec réserves, ou fait connaître les motifs pour lesquels il refuse de le signer. / Si la signature du décompte général est donnée sans réserve par le titulaire, il devient le décompte général et définitif du marché. / Ce décompte lie définitivement les parties, sauf en ce qui concerne le montant des intérêts moratoires afférents au solde. / En cas de contestation sur le montant des sommes dues, le représentant du pouvoir adjudicateur règle, dans un délai de trente jours à compter de la date de réception de la notification du décompte général assorti des réserves émises par le titulaire ou de la date de réception des motifs pour lesquels le titulaire refuse de signer, les sommes admises dans le décompte final. Après résolution du désaccord, il procède, le cas échéant, au paiement d'un complément, majoré, s'il y a lieu, des intérêts moratoires, courant à compter de la date de la demande présentée par le titulaire. Ce désaccord est réglé dans les conditions mentionnées à l'article 50 du présent CCAG. / Si les réserves sont partielles, le titulaire est lié par son acceptation implicite des éléments du décompte général sur lesquels ses réserves ne portent pas. / 13.4.5. Dans le cas où le titulaire n'a pas renvoyé le décompte général signé au représentant du pouvoir adjudicateur, dans le délai de quarante-cinq jours fixé à l'article 13.4.4, ou encore, dans le cas où, l'ayant renvoyé dans ce délai, il n'a pas motivé son refus ou n'a pas exposé en détail les motifs de ses réserves, en précisant le montant de ses réclamations comme indiqué à l'article 50.1.1, ce décompte général est réputé être accepté par lui ; il devient alors le décompte général et définitif du marché ". Aux termes de l'article 50.1 de ce CCAG : " 50.1. Mémoire en réclamation : / 50.1.1. Si un différend survient entre le titulaire et le maître d'œuvre, sous la forme de réserves faites à un ordre de service ou sous toute autre forme, ou entre le titulaire et le représentant du pouvoir adjudicateur, le titulaire rédige un mémoire en réclamation. / Dans son mémoire en réclamation, le titulaire expose les motifs de son différend, indique, le cas échéant, les montants de ses réclamations et fournit les justifications nécessaires correspondant à ces montants. Il transmet son mémoire au représentant du pouvoir adjudicateur et en adresse copie au maître d'œuvre. Si la réclamation porte sur le décompte général du marché, ce mémoire est transmis dans le délai de quarante-cinq jours à compter de la notification du décompte général. Le mémoire reprend, sous peine de forclusion, les réclamations formulées antérieurement à la notification du décompte général et qui n'ont pas fait l'objet d'un règlement définitif. / Le mémoire reprend, sous peine de forclusion, les réclamations formulées antérieurement à la notification du décompte général et qui n'ont pas fait l'objet d'un règlement définitif () 50.1.2. Après avis du maître d'œuvre, le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire sa décision motivée dans un délai de trente jours à compter de la date de réception du mémoire en réclamation. () / 50.3.1. A l'issue de la procédure décrite à l'article 50.1, si le titulaire saisit le tribunal administratif compétent, il ne peut porter devant cette juridiction que les chefs et motifs énoncés dans les mémoires en réclamation ".

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, par un courrier du 11 octobre 2019, reçu le 17 octobre 2019, ayant comme objet " Chantier stade de Beaublanc - décompte général ", le maire de la commune de Limoges a transmis à la SAS Tunzini Toulouse, pour le lot 22 Chauffage et Ventilation qui lui a été attribué, le décompte général de son marché. Ce courrier comportait la signature et les nom et prénom du maire de la commune de Limoges. A ce courrier était joint le " projet de décompte général ", comprenant lui-même un document intitulé " Justificatif : Retenue en attente des travaux inhérents aux réserves émises lors des opérations de réception des travaux " et un tableau intitulé " Montant global du marché de travaux et avenants " signé par le maire de la commune de Limoges faisant en particulier mention d'un " total TTC marchés et avenants + révisions " de 1 648 347,97 euros et d'une " retenue pour réserves lors des opérations de réception sur dernier acompte " de 67 183,20 euros. Alors qu'il n'existe pas d'ambiguïté quant au fait que la signature apposée sur ce tableau à côté de celle du maître d'œuvre est bien celle du maire de la commune de Limoges en dépit de l'absence de mention de ses nom, prénom et qualité qui n'est imposée par aucun texte ni aucune stipulation du marché, les signatures figurant sur ce document ainsi que sur le courrier de notification du 11 octobre 2019 suffisent à considérer que, conformément à l'article 13.4.2 du CCAG applicable aux marchés de travaux, le projet de décompte général a été signé par le représentant du pouvoir adjudicateur. Par suite, et quand bien même la SAS Tunzini Toulouse a reçu le 23 décembre 2019 de la part du trésorier principal de Limoges une somme de 10 088,83 euros TTC au titre du dernier acompte mensuel qui diffère de celle de 12 440,24 euros TTC mentionnée dans le projet de décompte général, cette société n'est pas fondée à soutenir que ce projet n'aurait pas été signé par le représentant du pouvoir adjudicateur et ne pourrait ainsi être regardé comme le décompte général, ce qui ferait obstacle à ce qu'il puisse lui être opposé le délai de quarante-cinq jours dans lequel le titulaire du marché doit adresser son mémoire en réclamation prévu à l'article 50.1.1 de ce CCAG.

4. En second lieu, la procédure de réclamation préalable prévue par les articles 13.4 et 50.1 du CCAG applicable aux marchés de travaux, notamment le respect du délai de quarante-cinq jours à compter de la notification du décompte général dans lequel le titulaire du marché doit adresser un mémoire en réclamation, résulte des clauses contractuelles auxquelles les parties ont souscrit. Ces stipulations particulières ne prévoient aucune cause d'interruption ou de suspension de ce délai.

5. Compte tenu de ce qui a été indiqué au point 4, le courrier du 12 novembre 2019 par lequel la SAS Tunzini Toulouse s'est bornée à manifester son désaccord sur le décompte général, à contester plus particulièrement la retenue de 67 183,20 euros TTC qui lui a été appliquée à raison de réserves non levées lors des opérations de réception et à annoncer la production sous un mois maximum d'un mémoire en réclamation, n'a ni suspendu ni interrompu le délai de quarante-cinq jours prévu à l'article 50.1.1 du CCAG applicable aux marchés de travaux dans lequel elle devait adresser sous peine de forclusion un mémoire en réclamation. Il résulte de l'instruction que, pour ce qui a trait aux éléments du décompte général autres que cette retenue de 67 183,20 euros TTC, cette société ne peut être regardée comme ayant présenté un mémoire en réclamation suffisamment motivé à la commune de Limoges que le 18 décembre 2019, soit plus de quarante-cinq jours après avoir reçu notification du décompte général le 17 octobre 2019. Il s'ensuit que la commune de Limoges est fondée à soutenir, s'agissant des demandes de la SAS Tunzini Toulouse relatives aux éléments du décompte général autres que la retenue de 67 183,20 euros TTC, que le droit de cette société à contester ces éléments est frappé de forclusion dans la mesure où le décompte général est devenu définitif.

Sur les conclusions relatives à la retenue de 67 183,20 euros TTC appliquée au décompte général :

En ce qui concerne la recevabilité de ces conclusions :

6. Un mémoire du titulaire du marché ne peut être regardé comme une réclamation au sens du 1.1 de l'article 50 du CCAG applicable aux marchés publics de travaux que s'il comporte l'énoncé d'un différend et expose, de façon précise et détaillée, les chefs de la contestation en indiquant, d'une part, les montants des sommes dont le paiement est demandé et, d'autre part, les motifs de ces demandes, notamment les bases de calcul des sommes réclamées. Si ces éléments ainsi que les justifications nécessaires peuvent figurer dans un document joint au mémoire, celui-ci ne peut pas être regardé comme une réclamation lorsque le titulaire se borne à se référer à un document antérieurement transmis au représentant du pouvoir adjudicateur ou au maître d'œuvre sans le joindre à son mémoire.

7. Dans son courrier du 12 novembre 2019, la SAS Tunzini Toulouse a expressément contesté la retenue de 67 183,20 euros TTC au motif que cette somme était couverte par la garantie à première demande de 81 177,16 euros qu'elle avait souscrite au profit du pouvoir adjudicateur. Elle a également indiqué remettre en cause le bien-fondé des réserves ayant fondé cette retenue au motif, s'agissant de celles relatives au désenfumage, " à la GTC ", à " l'encoffrement dans le local rangement où la surpression basse " et au défaut d'arrêt des systèmes de ventilation en cas de mise en route du désenfumage dans le local de réception niveau 0, que les travaux en question ne relevaient pas de son lot n° 22 mais de lots attribués à d'autres entreprises et, s'agissant de celles relatives à la " finition cassette / plafond N2TO à parfaire " et au dysfonctionnement d'une bouche d'extraction de désenfumage au salon de réception du niveau 0 de la tribune Sud, qu'elles résultent non de malfaçons mais d'une dégradation par les utilisateurs. Dès lors qu'il comporte l'énoncé du différend relatif à la retenue de 67 183,20 euros TTC et expose, de façon assez précise et détaillée les chefs de la contestation en indiquant le montant de la somme dont le paiement est demandé et les motifs de cette demande, ce courrier doit être regardé comme un mémoire en réclamation au sens du 1.1 de l'article 50 du CCAG applicable aux marchés publics de travaux. Il n'est pas contesté que ce courrier du 12 novembre 2019 a été reçu dans les quarante-cinq jours suivants la date de notification du décompte général. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Limoges tirée du caractère définitif du décompte général pour ce qui concerne les demandes qui ont trait à la retenue de 67 183,20 euros TTC au motif que ce courrier du 12 novembre 2019 ne pourrait s'analyser comme un mémoire en réclamation doit être écartée.

En ce qui concerne le bien-fondé de ces conclusions :

8. Comme il ressort du décompte général, la retenue de 55 986 euros HT, soit 67 183,20 euros TTC, correspond à des prestations qui sont mentionnées dans le titre " 22.5.11 Désenfumage " du devis n° 01/812/47 de la société Tunzini Toulouse concernant, premièrement, à raison de l'ensemble des lieux d'intervention, l'installation des extracteurs de désenfumage à certains débits spécifiques y compris tous les accessoires de mise en œuvre ainsi que le raccordement électrique avec coffret de relayage sur attente à proximité, deuxièmement, pour la partie " EAS N+2 " du stade, la mise en place de grilles d'amenée d'air, de " grilles reprises " et de " gaines acier galva ", troisièmement, la " coordination SSI, mise en service (inclus). Essais ". Dans son courrier du 11 octobre 2019 portant notification du décompte général, le maire de la commune de Limoges, au titre d'un " rappel des observations et réserves restantes à lever ", a précisé, en ce qui concerne le " désenfumage ", que " au regard des mesures de débit réalisées par l'entreprise, les installations de désenfumage ne sont pas satisfaisantes ", que " les extracteurs posés ne sont pas ceux prévus au marché ", que " les conduits de désenfumage (métalliques ou en Promat) ne sont pas raccordés aux grilles en faux plafond ", que " les mesures de débit d'extraction d'air du désenfumage ont été réalisées au droit des sorties de gaines en plénum et non au niveau des grilles en faux plafond ", que " les grilles de désenfumage en files 20 à 22 Tribune Sud Niveau 2 ne sont pas positionnées comme sur le plan EXE " et que " la mise en surpression des escaliers intérieurs Tribune Sud n'est pas satisfaisante ".

9. La société Tunzini Toulouse, qui ne conteste pas les dysfonctionnements du système de désenfumage, en particulier les débits inférieurs à ceux mentionnés dans son devis n° 01/812/47, et qui doit par son argumentation être regardée comme contestant uniquement le bien-fondé des réserves correspondant à la prestation de son devis dénommée " extracteur désenfumage () y compris tous accessoires de mise en œuvre ", ce qui correspond à une somme de 43 347,60 euros TTC, fait notamment valoir qu'elle a installé le matériel de désenfumage prévu par les documents contractuels de son marché et que les insuffisances de débits des extracteurs de désenfumage sont liées non pas à des défauts dans la réalisation des prestations lui incombant mais à des malfaçons imputables aux seules sociétés titulaires du lot " platerie ", pour les gaines d'extracteurs, et du lot " menuiserie ", pour les joints de porte.

10. D'abord, au regard des seuls éléments qu'elle produit, notamment du rapport d'études établi le 11 octobre 2019 par la société Efectis qui relève d'ailleurs que " pour un ouvrage, la mise en œuvre d'un système de désenfumage répondant en tout point à l'instruction technique 246 n'est pas toujours possible ", la commune de Limoges, qui ne conteste pas sérieusement que le matériel installé par le groupement Tunzini correspondait bien aux exigences de son marché, ne peut être regardée comme démontrant que les dysfonctionnements de ce système proviendraient de manière suffisamment directe et certaine de malfaçons ou de non conformités imputables à ce groupement. A cet égard, si, dans son compte rendu de visite de chantier du 13 septembre 2018, le bureau d'études OTEIS BEFS a, pour plusieurs points du système de désenfumage, évoqué comme " piste d'amélioration " possible la vérification des raccordements par des gaines en métal entre les grilles de désenfumage posés par le groupement Tunzini et les gaines de désenfumage de type Promat relevant du lot " platerie ", raccordements qui incombaient à ce groupement selon les stipulations du CCTP du lot n° 22 " Chauffage et Ventilation ", ce bureau d'études a également évoqué comme " piste d'amélioration " possible plusieurs actions qui ne relèvent pas du lot attribué au groupement Tunzini, et en particulier la vérification de l'étanchéité et du non encombrement des gaines de désenfumage de type Promat. Ainsi, et alors qu'aucune précision n'est apportée quant aux suites qui ont été données aux pistes d'amélioration proposées par le bureau d'études OTEIS BEFS, la commune de Limoges ne justifie pas dans quelle mesure les dysfonctionnements du système de chauffage seraient effectivement imputables au groupement Tunzini.

11. Par ailleurs, si la commune de Limoges indique en défense qu'elle " a déjà engagé des dépenses complémentaires pour que le système de désenfumage soit amené à fonctionner correctement et in fine pour achever le marché du groupement Tunzini " les seuls documents qu'elle produit, à savoir un tableau de dépenses non daté relatif à une mission ayant pour objet " ingénierie du désenfumage " pour un montant de 20 027,70 euros TTC, quatre factures émises en 2022 et 2023 par la société Atmos'Fer pour des travaux de " raccordement " pour un montant de 13 578,60 euros TTC et deux bons de commande adressés à la société Andre Desplombins et Fils pour des travaux de " modification du conduit de désenfumage VHS-ZF3 " pour un montant de 4 908,95 euros TTC, ne permettent pas de justifier du bien-fondé des réserves contestées par la SAS Tunzini Toulouse et d'établir que ces dépenses auraient effectivement été rendues nécessaires pour palier des malfaçons ou des non-conformités dans la réalisation des travaux à la charge du groupement Tunzini.

12. Il résulte de ce qui précède que la SAS Tunzini Toulouse est fondée à contester, à hauteur d'une somme de 43 347,60 euros TTC, la retenue pour réserves non-levées appliquée au titre du solde de son marché et à demander la condamnation de la commune de Limoges à lui verser cette même somme.

Sur les intérêts moratoires :

13. Aux termes de l'article L. 2192-13 du code de la commande publique : " Dès le lendemain de l'expiration du délai de paiement ou de l'échéance prévue par le marché, le retard de paiement fait courir, de plein droit et sans autre formalité, des intérêts moratoires dont le taux est fixé par voie réglementaire. Il ouvre droit, dans les conditions prévues à la présente sous-section, à des intérêts moratoires, à une indemnité forfaitaire et, le cas échéant, à une indemnisation complémentaire versés au créancier par le pouvoir adjudicateur. Le retard de paiement donne lieu, de plein droit et sans autre formalité, au versement d'une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement, dont le montant est fixé par voie réglementaire. Lorsque les frais de recouvrement exposés sont supérieurs au montant de l'indemnité forfaitaire prévue à l'alinéa précédent, le créancier peut demander une indemnisation complémentaire, sur justification ". Selon l'article R. 2192-10 de ce code : " Le délai de paiement prévu à l'article L. 2192-10 est fixé à trente jours pour les pouvoirs adjudicateurs, y compris lorsqu'ils agissent en tant qu'entité adjudicatrice ". L'article R. 2192-12 du même code prévoit que : " Sous réserve des dispositions prévues aux articles R. 2192-13, R. 2192-17 et R. 2192-18, le délai de paiement court à compter de la date de réception de la demande de paiement par le pouvoir adjudicateur ou, si le marché le prévoit, par le maître d'œuvre ou toute autre personne habilitée à cet effet ". Aux termes de l'article R. 2192-16 de ce code : " Pour le paiement du solde des marchés de travaux conclus par l'Etat, ses établissements publics ayant un caractère autre qu'industriel et commercial, les collectivités territoriales et leurs établissements publics, le délai de paiement court à compter de la date de réception par le maître de l'ouvrage du décompte général et définitif établi dans les conditions fixées par le cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés de travaux ". Selon l'article R. 2192-32 du même code : " Les intérêts moratoires courent à compter du lendemain de l'expiration du délai de paiement ou de l'échéance prévue par le marché jusqu'à la date de mise en paiement du principal incluse ".

14. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la SAS Tunzini Toulouse a droit aux intérêts moratoires au taux légal sur la somme de 43 347,60 euros TTC à l'issue d'un délai de trente jours suivant la date de réception de son courrier du 12 novembre 2019 valant demande de paiement, et ce jusqu'à la date de paiement du principal incluse.

Sur les conclusions d'appel en garantie :

15. La condamnation de la commune de Limoges à verser une somme de 43 347,60 euros TTC à la SAS Tunzini Toulouse, mandataire du groupement Tunzini, a uniquement trait à la retenue pour réserves non-levées émises lors des opérations de réception qui a été incluse pour la détermination du solde du décompte général. Cette condamnation étant dès lors sans rapport avec les préjudices dont la SAS Tunzini Toulouse demandait la réparation en raison d'un retard dans la réalisation du chantier, les conclusions de la commune de Limoges tendant à ce que les sociétés auxquelles elle impute ce retard la garantisse d'une éventuelle condamnation en lien avec ce même retard doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

17. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Limoges est condamnée à verser à la SAS Tunzini Toulouse, mandataire du groupement Tunzini, une somme de 43 347,60 ( quarante trois mille trois cents quarante-sept euros et soixante centimes) euros TTC au titre du solde du décompte général de son marché de travaux.

Article 2 : La somme de 43 347,60 (quarante trois mille trois cents quarante-sept euros et soixante centimes) euros TTC mentionnée à l'article 1er produira des intérêts au taux légal à l'issue d'un délai de trente jours suivant la date de réception du courrier du 12 novembre 2019 valant demande de paiement de la SAS Tunzini Toulouse, et ce jusqu'à la date de paiement du principal incluse.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Tunzini Toulouse et à la commune de Limoges.

Délibéré après l'audience du 9 mai 2023 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.

Le rapporteur,

J.B. BOSCHET

Le président,

D. ARTUS

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

mf

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