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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2000882

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2000882

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2000882
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCANIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, respectivement enregistré le 10 juillet 2020 et le 17 février 2023, non communiqué, M. A B, représenté par Me Paccard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 11 juin 2020 par laquelle le préfet de la Corrèze a rejeté sa demande de carte de résident ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Corrèze de lui délivrer une carte de résident dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 30 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1 200 euros au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 313-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2020, le préfet de la Corrèze conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 décembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique, sur sa proposition, a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

2. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 décembre 2020. Il n'y a, dès lors, plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur le refus de carte de résident :

3. Aux termes des dispositions de l'article L 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " est délivrée de plein droit à l'étranger qui justifie : 1° D'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre de l'une des cartes de séjour temporaires ou pluriannuelles ou de l'une des cartes de résident prévues au présent code, à l'exception de celles délivrées sur le fondement des articles L. 313-7, L. 313-7-1, L. 313-7-2 ou L. 313-13, du 3° de l'article L. 313-20, de l'article L. 313-21 lorsqu'il s'agit du conjoint ou des enfants du couple de l'étranger titulaire de la carte de séjour délivrée en application du 3° de l'article L. 313-20, des articles L. 313-23, L. 313-24, L. 317-1 ou du 8° de l'article L. 314-11. / Les années de résidence sous couvert d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " retirée par l'autorité administrative sur le fondement d'un mariage ayant eu pour seules fins d'obtenir un titre de séjour ou d'acquérir la nationalité française ne peuvent être prises en compte pour obtenir la carte de résident ; 2° De ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins. Ces ressources doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. La condition prévue au présent 2° n'est pas applicable lorsque la personne qui demande la carte de résident est titulaire de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée à l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale ou de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code ; 3° D'une assurance maladie. ".

4. Aux termes de l'article R. 314-1 1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " L'étranger qui sollicite la délivrance de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée UE " doit justifier qu'il remplit les conditions prévues aux articles L. 314-8, L. 314-8 1 ou L. 314-8 2 en présentant, outre les pièces mentionnées aux articles R. 311-2 2 et R. 314-1, les pièces suivantes : 1° La justification qu'il réside légalement et de manière ininterrompue en France depuis au moins cinq ans, sous couvert de l'une des cartes de séjour mentionnées aux articles L. 314-8 et L. 314-8-2 ou sous couvert d'un des visas mentionnés aux 4°, 5°, 7°, 8°, 9°, à l'exception de celui conférant les droits attachés à la carte de séjour pluriannuelle du 3° de l'article L. 313-20 ou à celle de l'article L. 313-21 lorsqu'il s'agit du conjoint ou des enfants du couple de l'étranger titulaire de la carte de séjour délivrée en application du 3° de l'article L. 313-20, et 11° de l'article R. 311-3 ; les périodes d'absence du territoire français sont prises en compte dans le calcul des cinq années de résidence régulière ininterrompue lorsque chacune ne dépasse pas six mois consécutifs et qu'elles ne dépassent pas un total de dix mois. () 2° La justification qu'il dispose de ressources propres, stables et régulières, suffisant à son entretien, indépendamment des prestations et des allocations mentionnées au 2° de l'article L. 314-8, appréciées sur la période des cinq années précédant sa demande, par référence au montant du salaire minimum de croissance ; lorsque les ressources du demandeur ne sont pas suffisantes ou ne sont pas stables et régulières pour la période des cinq années précédant la demande, une décision favorable peut être prise, soit si le demandeur justifie être propriétaire de son logement ou en jouir à titre gratuit, soit en tenant compte de l'évolution favorable de sa situation quant à la stabilité et à la régularité de ses revenus, y compris après le dépôt de la demande. 3° La justification qu'il bénéficie d'une assurance maladie. () ". Il appartient à l'autorité administrative d'apprécier le caractère suffisant et régulier des ressources de l'étranger qui sollicite une carte de résident sur la période des cinq années précédant sa demande. Il résulte également des dispositions précitées que la carte de résident ne peut pas être délivrée au titulaire d'une carte de séjour temporaire si ses ressources ne sont pas au moins égales au salaire minimum de croissance, l'administration conservant toutefois la faculté de prendre une décision favorable si le demandeur justifie être propriétaire de son logement ou en jouir à titre gratuit, ou compte tenu de l'évolution favorable de la situation de l'intéressé quant à la stabilité et à la régularité de ses revenus, y compris après le dépôt de la demande.

5. Enfin, aux termes de l'article R. 311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Il est remis à tout étranger admis à souscrire une demande de première délivrance ou de renouvellement de titre de séjour un récépissé qui autorise la présence de l'intéressé sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce récépissé est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 311-10, de l'instruction de la demande. " et de son article R. 311-5 : " La durée de validité du récépissé mentionné à l'article R. 311-4 ne peut être inférieure à un mois. Le récépissé peut être renouvelé. ".

6. Pour refuser de délivrer la carte de résident sollicitée, le préfet de la Corrèze s'est fondé sur le motif tiré de ce que M. B ne remplissait pas la condition de séjour régulier ininterrompu de cinq années au sens de l'article R. 314-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'était plus détenteur d'un document de séjour depuis le 28 novembre 2019.

7. Tout d'abord, il ressort des pièces du dossier que M. B s'est présenté aux guichets des services de la préfecture de la Corrèze le 4 janvier 2019 afin de demander le renouvellement de son titre de séjour et que son dossier avait été considéré comme incomplet. Le préfet n'apporte à l'instance aucun élément de nature à justifier de cette incomplétude alors que le requérant soutient, sans être contredit, ne pas être parvenu à déposer ses demandes de renouvellement de titre de séjour et de délivrance d'une carte de résident. Un premier récépissé lui a été délivré le 26 mars 2019 sans qu'aucune pièce du dossier ne vienne justifier d'une délivrance d'un récépissé seulement à cette date. Dans une lettre recommandée adressée au préfet le 1er juillet 2020, le conseil du requérant indiquait que depuis le 28 novembre 2019 son client ne disposait d'aucun récépissé et que depuis le mois de janvier 2020 il lui avait été demandé à trois reprises de déposer le même dossier, ce qu'il avait fait, en joignant l'ensemble des documents nécessaires à l'examen de sa demande. Le préfet, qui se borne à faire valoir qu'il appartenait au requérant de faire les démarches au moment opportun, y compris pour un simple renouvellement de récépissé, n'apporte aucun élément de nature à justifier des raisons pour lesquelles aucun récépissé n'a été délivré au requérant à compter du 28 novembre 2019. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que la demande de carte de résident, du 21 janvier 2020 produite en défense, n'a eu pour effet de délivrer un récépissé et ce, jusqu'à la délivrance, le 15 juin 2020 d'un nouveau titre de séjour, remis à l'intéressé le 29 juillet 2020.

8. Par suite, le préfet ne saurait faire porter la responsabilité de la situation irrégulière dans laquelle se trouvait, à compter du 28 novembre 2019, M. B pour fonder son refus de lui délivrer une carte de résident. Si le préfet fait valoir en défense qu'il était aussi en situation irrégulière entre le 3 janvier 2019 et le 26 mars 2019, aucune pièce ne permet d'établir que le requérant serait responsable de cette situation.

9. Ensuite, il ressort des écritures du préfet qu'il n'a pas examiné la demande du requérant au regard des autres conditions fixées par l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à ses ressources et son assurance maladie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être accueillies.

10. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 11 juin 2020 par laquelle le préfet de la Corrèze a rejeté la demande de carte de résident de M. B doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Eu égard au motif d'annulation ci-dessus retenu, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Corrèze de procéder au réexamen de la demande de délivrance de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date de la décision en litige, reprises à compter du 1er mai 2021 à l'article L. 426-17 du même code, dans un délai de quatre mois suivant la notification du jugement à intervenir.

Sur les frais liés au procès :

12. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante dans la présente instance la somme de 1 200 euros, à verser au conseil de M. B, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er: Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2:La décision du 11 juin 2020 par laquelle le préfet de la Corrèze a rejeté la demande de carte de résident de M. B est annulée.

Article 3:Il est enjoint au préfet de la Corrèze de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai de quatre mois à compter de la notification de la présente décision.

Article 4: Il est mis à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que le conseil de M. B renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5:Le présent jugement sera notifié à M. A B, Me Paccard et au préfet de la Corrèze.

Délibéré après l'audience du 23 février 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.

La rapporteure,

H. D

Le président,

N. NORMAND

Le greffier,

M. C

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. C

mf

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