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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2000884

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2000884

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2000884
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantDURANÇON DELPHINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juillet 2020, M. A B, représenté par Me Durançon, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) avant dire droit d'enjoindre à la direction interrégionale des services pénitentiaires de Dijon de lui communiquer tous documents dont supports vidéo relatifs à l'incident disciplinaire survenu le 20 mars 2020 au centre pénitentiaire de Châteauroux à 17h10 sur la coursive du bâtiment D, 1er étage ;

3°) d'annuler la décision du 12 mai 2020 du directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon en ce qu'elle a confirmé sa culpabilité s'agissant de la faute disciplinaire contenue à l'article R. 57-7-2 1°) du code de procédure pénale et laisse subsister une sanction à son égard ;

4°) d'annuler la décision de la commission de discipline du centre pénitentiaire de Châteauroux du 23 mars 2020 ;

5°) de mettre à la charge du garde des Sceaux, ministre de la justice, la somme de 2 000 euros à verser à son conseil dès lors que ce dernier renoncera au versement de sa rétribution au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que la décision :

- est entachée d'un vice de procédure, la composition de la commission de discipline étant irrégulière ;

- méconnaît le principe des droits de la défense dès lors que dans sa convocation devant la commission de discipline n'était pas mentionnée la possibilité prévue au IV de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale de solliciter le visionnage de la vidéoprotection ;

- l'enquête pénitentiaire ayant donné lieu au rapport d'enquête a été menée à charge en l'absence d'identification et d'audition des personnes, surveillants et détenus, présentes au moment des faits sanctionnés alors même qu'il lui a été reproché de ne pas avoir fourni de témoin ;

- est entachée d'une inexactitude matérielle des faits constitutifs du refus d'obtempérer.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juin 2023, le garde des Sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête comme non fondée.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 août 2020.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- la loi du n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique au cours de laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée :

- le rapport de M. Christophe,

- et les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique,

Considérant ce qui suit :

1. M. B, incarcéré au centre pénitentiaire de Châteauroux, a fait l'objet d'une sanction disciplinaire de vingt jours de cellule disciplinaire dont huit avec sursis et trois en prévention prononcée par la commission de discipline le 23 mars 2020. Par un recours administratif préalable, il a saisi le directeur interrégional des services pénitentiaires lequel, par une décision du 12 mai 2020, a en partie réformé cette sanction en ne retenant plus qu'une faute disciplinaire sur les deux initialement retenues et en ramenant la sanction à quatorze jours dont neuf avec sursis et trois en prévention. Par cette requête, M. B demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, (). L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 18 août 2020. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande tendant à ce que le tribunal l'admette provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision du 23 mars 2020 :

4. Aux termes de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale alors en vigueur : " Le détenu qui entend contester la sanction disciplinaire dont il est l'objet doit, dans le délai de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision, la déférer au directeur interrégional des services pénitentiaires préalablement à tout autre recours. Le directeur interrégional dispose d'un délai d'un mois à compter de la réception du recours pour répondre par décision motivée. L'absence de réponse dans ce délai vaut décision de rejet. ".

5. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et qu'elle seule est susceptible d'être déférée au juge de la légalité.

6. M. B demande l'annulation tant de la décision du 23 mars 2020 de la commission de discipline du centre pénitentiaire de Châteauroux prononçant à son encontre une sanction de vingt jours de cellule disciplinaire dont neuf avec sursis et trois jours de prévention que la décision du 12 mai 2020 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a réformé cette décision en ramenant la sanction à quatorze jours de cellule disciplinaire dont neuf avec sursis et trois jours de prévention. Cette dernière décision qui arrête définitivement la position de l'administration s'est substituée à la décision initiale. Par suite, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision rendue le 23 mars 2020 par la commission de discipline du centre pénitentiaire de Châteauroux sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision du 12 mai 2020 :

S'agissant des moyens de légalité externe :

7. Si l'exercice d'un recours administratif préalable obligatoire a pour but de permettre à l'autorité administrative, dans la limite de ses compétences, de remédier aux illégalités dont pourrait être entachée la décision initiale, sans attendre l'intervention du juge, la décision prise sur ce recours n'en demeure pas moins soumise elle-même au principe de légalité et si le requérant ne peut invoquer utilement des moyens tirés des vices propres à la décision initiale, lesquels ont nécessairement disparu avec elle, il est recevable à exciper de l'irrégularité de la procédure suivie devant la commission de discipline.

8. Aux termes de l'article R. 57-7-16 du code de procédure pénale, dans sa version applicable au litige : " I. - En cas d'engagement des poursuites disciplinaires, les faits reprochés ainsi que leur qualification juridique sont portés à la connaissance de la personne détenue. / La personne détenue est informée de la date et de l'heure de sa comparution devant la commission de discipline ainsi que du délai dont elle dispose pour préparer sa défense. Ce délai ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. / II. - La personne détenue dispose de la faculté de se faire assister par un avocat de son choix ou par un avocat désigné par le bâtonnier de l'ordre des avocats et peut bénéficier à cet effet de l'aide juridique. / Si la personne détenue est mineure, elle est obligatoirement assistée par un avocat. A défaut de choix d'un avocat par elle ou par ses représentants légaux, elle est assistée par un avocat désigné par le bâtonnier. / III. - La personne détenue, ou son avocat, peut consulter l'ensemble des pièces de la procédure disciplinaire, sous réserve que cette consultation ne porte pas atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes. / IV. - L'avocat, ou la personne détenue si elle n'est pas assistée d'un avocat, peut également demander à prendre connaissance de tout élément utile à l'exercice des droits de la défense existant, précisément désigné, dont l'administration pénitentiaire dispose dans l'exercice de sa mission et relatif aux faits visés par la procédure disciplinaire, sous réserve que sa consultation ne porte pas atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes. L'autorité compétente répond à la demande d'accès dans un délai maximal de sept jours ou, en tout état de cause, en temps utile pour permettre à la personne de préparer sa défense. Si l'administration pénitentiaire fait droit à la demande, l'élément est versé au dossier de la procédure. / La demande mentionnée à l'alinéa précédent peut porter sur les données de vidéoprotection, à condition que celles-ci n'aient pas été effacées, dans les conditions fixées par un arrêté du ministre de la justice, au moment de son enregistrement. L'administration pénitentiaire accomplit toute diligence raisonnable pour assurer la conservation des données avant leur effacement ". Selon l'article R. 57-7-17 : " La personne détenue est convoquée par écrit devant la commission de discipline. / La convocation lui rappelle les droits qui sont les siens en vertu de l'article R. 57-7-16 ".

9. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou s'il a privé les intéressés d'une garantie.

10. Le courrier du 21 mars 2020 par lequel M. B a été convoqué devant la commission de discipline qui s'est réunie le 23 mars 2020 fait état des faits reprochés et des fautes disciplinaires qu'ils sont susceptibles de caractériser. Ce courrier lui précisait également qu'il disposait d'un délai ne pouvant être inférieur à vingt-quatre heures pour préparer sa défense, qu'un exemplaire du dossier disciplinaire lui serait transmis pour consultation vingt-quatre heures au moins avant la réunion de la commission de discipline, qu'il pouvait demander à être assisté par un avocat de son choix ou désigné par le bâtonnier et qu'il avait la possibilité de demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Cependant, en méconnaissance du IV de l'article R. 57-7-16 et de l'article R. 57-7-17 du code de procédure pénale, cette convocation ne l'informait pas de son droit à demander à prendre connaissance de tout élément utile à l'exercice des droits de la défense à disposition de l'administration pénitentiaire et relatif aux faits concernés par la procédure disciplinaire, tel que les données de vidéoprotection. Alors que, tant dans le cadre de l'enquête préalable à l'engagement de la procédure disciplinaire que devant la commission de discipline, M. B a contesté la réalité des faits reprochés, et qu'il n'est pas contesté en défense que l'incident à l'origine de la procédure disciplinaire est survenu dans une coursive au sein de laquelle était installé un dispositif de vidéoprotection, ce défaut d'information a, en l'espèce, privé le requérant d'une garantie, quand bien même la procédure disciplinaire et la sanction finalement prononcée auraient été fondées sur le compte rendu d'incident établi le 20 mars 2020 et le rapport d'enquête préalable, et non sur des données de vidéoprotection.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête ou d'enjoindre à l'administration de communiquer d'autres documents tels que des supports vidéo relatifs à l'incident disciplinaire, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 12 mai 2020 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a ramené sa sanction disciplinaire à quatorze jours de cellule disciplinaire dont neuf jours avec sursis et trois jours en prévention.

Sur les frais liés au litige :

12. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sur ce fondement, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Durançon, qui renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de se prononcer sur la demande de M. B tendant à ce que le tribunal l'admette provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision du 12 mai 2020 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a ramené la sanction disciplinaire prononcée à l'encontre de M. B par la présidente de la commission de discipline du centre pénitentiaire de Châteauroux à quatorze jours de cellule disciplinaire dont neuf jours avec sursis et trois jours en prévention est annulée.

Article 3 : L'Etat versera à Me Durançon, qui renonce à percevoir la part contributive payée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, une somme de 1 200 (mille deux cents) euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Durançon et au garde des Sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

Le rapporteur,

F. CHRISTOPHE

Le président,

N. NORMAND

Le greffier,

M. C

La République mande et ordonne

au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. C

mf

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