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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2000890

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2000890

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2000890
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantDUPONTEIL VALÉRIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée sous le numéro 2000890, le 13 juillet 2020, M. A B, représenté par Me Duponteil, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 mai 2020 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de carte de résident ;

2°) d'ordonner la production de l'entier dossier par le préfet de la Haute-Vienne ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer une carte de résident dans le délai de quinze jours suivant le jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État, au profit de son conseil, une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 mai 2021, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 octobre 2020.

II. Par une requête enregistrée sous le numéro 2000891, le 13 juillet 2020, Mme E C épouse B, représentée par Me Duponteil, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 mai 2020 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de carte de résident ;

2°) d'ordonner la production de l'entier dossier par le préfet de la Haute-Vienne ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer une carte de résident dans le délai de quinze jours suivant le jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État, au profit de son conseil, une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 mai 2021, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 août 2020.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme F a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes nos 2000890 et 2000891, présentées respectivement par M. et Mme B, concernent les membres d'une même famille d'étrangers au regard de leur droit au séjour en France. Elles soulèvent des questions analogues et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la requête n° 2000890 de M. B :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :/1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision litigieuse portant refus de délivrance d'une carte de résident à M. B comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Haute-Vienne s'est fondé. Elle vise les textes dont l'administration a entendu faire l'application, et notamment l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision indique, sur ce fondement, que l'examen des documents produits au titre des moyens d'existence du requérant n'ont pas permis de considérer ces derniers comme stables, réguliers et suffisants en mentionnant notamment les contrats de mission temporaire produits et son revenu fiscal. Une telle motivation satisfait aux exigences des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 précités du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " est délivrée de plein droit à l'étranger qui justifie : () 2° De ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins. Ces ressources doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. La condition prévue au présent 2° n'est pas applicable lorsque la personne qui demande la carte de résident est titulaire de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée à l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale ou de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code () ". Aux termes de l'article R. 134-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui sollicite la délivrance de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " doit justifier qu'il remplit les conditions prévues aux articles L. 314-8, L. 314-8-1 ou L. 314-8-2 en présentant, outre les pièces mentionnées aux articles R. 311-2-2 et R. 314-1, les pièces suivantes : () 2° La justification qu'il dispose de ressources propres, stables et régulières, suffisant à son entretien, indépendamment des prestations et des allocations mentionnées au 2° de l'article L. 314-8, appréciées sur la période des cinq années précédant sa demande, par référence au montant du salaire minimum de croissance ; lorsque les ressources du demandeur ne sont pas suffisantes ou ne sont pas stables et régulières pour la période des cinq années précédant la demande, une décision favorable peut être prise, soit si le demandeur justifie être propriétaire de son logement ou en jouir à titre gratuit, soit en tenant compte de l'évolution favorable de sa situation quant à la stabilité et à la régularité de ses revenus, y compris après le dépôt de la demande () ".

5. Pour refuser de délivrer à M. B la carte de résident sollicitée, le préfet de la Haute-Vienne a estimé que ses ressources mensuelles étaient inférieures au salaire minimum de croissance requis et ne pouvaient donc être considérées comme suffisantes. Si M. B fait valoir qu'il travaille régulièrement et que ses revenus excèdent le montant imposé par la loi, il ne produit des justificatifs que pour les années 2018 à 2020. En outre, au cours de ces années, l'avis d'imposition correspondant aux revenus de l'année 2018 indique un montant de 5 268 euros au titre de ses salaires. Le requérant produit également des bulletins de paie correspondant à une période de cinq mois en 2019, et de quatre mois en 2020, qui sont insuffisants pour démontrer l'existence de ressources stables, régulières et suffisantes par référence au montant du salaire minimum de croissance, ou pour caractériser une évolution favorable de sa situation quant à la stabilité et la régularité de ses revenus. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Vienne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en rejetant la demande de carte de résident présentée par M. B doit être écarté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la requête n° 2000891 de Mme B :

6. La décision litigieuse portant refus de délivrance d'une carte de résident à Mme B comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Haute-Vienne s'est fondée. Elle vise les textes dont l'administration a entendu faire l'application, et notamment l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision indique, sur ce fondement, que l'examen des documents produits au titre des moyens d'existence de la requérante n'ont pas permis de considérer ces derniers comme stables, réguliers et suffisants en mentionnant notamment le suivi d'une formation, le versement d'une allocation d'aide au retour à l'emploi et son revenu fiscal. Une telle motivation satisfait aux exigences des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 précités du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision manque en fait et doit être écarté.

7. Pour refuser de délivrer à Mme B la carte de résident sollicitée, le préfet de la Haute-Vienne a retenu qu'elle était sans emploi, et que si elle suivait une formation se terminant le 3 avril 2020, les justificatifs produits ne permettaient pas de regarder ses moyens d'existence comme stables et suffisants. Mme B fait valoir qu'elle travaille régulièrement. Elle produit, s'agissant de ses revenus, plusieurs contrats à durée déterminée à temps partiel conclus en 2018 et 2019, ainsi que, sur la même période, cinq bulletins de paie au titre de l'année 2018, lesquels mentionnent un revenu annuel imposable de 5 213 euros, et plusieurs bulletins de paie au titre de l'année 2019, lesquels mentionnent un revenu annuel imposable de 6 518,99 euros. Enfin, Mme B produit une attestation de paiement délivrée par pôle emploi du 25 février 2020, attestant du versement de l'allocation de retour à l'emploi entre les mois de novembre 2019 et janvier 2020. Toutefois, ces éléments sont insuffisants pour démontrer l'existence de ressources stables, régulières et suffisantes par référence au montant du salaire minimum de croissance, ou pour caractériser une évolution favorable de sa situation quant à la stabilité et la régularité de ses revenus. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Vienne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en rejetant la demande de carte de résident présentée par Mme B doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit utile d'ordonner la production de leur entier dossier par le préfet, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. et Mme B contre les décisions du 11 mai 2020 par lesquelles le préfet de la Haute-Vienne a refusé de leur délivrer une carte de résident doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction assortie d'une astreinte, ainsi que leurs conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: Les requêtes n° 2000890, présentée par M. B, et n° 2000891, présentée par Mme B, sont rejetées.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme E C épouse B, à Me Duponteil, et à la préfète de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 23 février 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.

La rapporteure,

N. F

Le président,

N. NORMAND

Le greffier,

M. D

La République mande et ordonne

à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. D

2, 2000891

mf

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