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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2000934

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2000934

mercredi 6 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2000934
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCLERC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 juillet 2020, Mme C D, représentée par Me Clerc, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 mai 2020 par lequel la rectrice de l'académie de Limoges l'a admise à la retraite d'office pour invalidité à compter du 21 novembre 2019 ainsi que la décision du même jour par laquelle cette même autorité l'a radiée des cadres ;

2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Limoges de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre également à la rectrice de lui communiquer l'avis de la commission de réforme du 9 décembre 2019 ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté du 19 mai 2020 est insuffisamment motivé ;

- la rectrice s'est crue à tort liée par l'avis de la commission de réforme du 9 décembre 2019 ;

- l'avis conforme du ministre de l'éducation nationale n'a pas été sollicité ;

- l'avis conforme du ministre du budget n'a pas été produit ;

- aucun des membres de la commission de réforme s'étant réunie le 9 décembre 2019 n'était un spécialiste de sorte que la procédure suivie est irrégulière ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation et a méconnu le second alinéa du 2° de l'article 34 de la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 ;

- l'administration a méconnu son obligation de reclassement.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 octobre 2020, la rectrice de l'académie de Limoges conclut au rejet de la requête comme non fondée. Elle soutient que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige est inopérant dès lors qu'elle était tenue de décider conformément à l'avis conforme des services du ministre du budget en date du 12 mars mars 2020, d'autre part que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code des pensions civiles et militaires ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A B,

- les conclusions de M. Pierre-Marie Houssais, rapporteur public,

- les observations de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C D, professeure certifiée de français, a été victime d'un accident de service, le 25 septembre 2012, en raison d'une chute à la suite de laquelle elle a violemment heurté un mur avec son épaule droite. L'état de santé de Mme D en lien avec cet accident de service a été considéré comme consolidé au 10 décembre 2012, avec un taux d'incapacité permanente partielle fixé à 4%. Plusieurs années après la survenue de cet accident de service, Mme D, qui présentait depuis un certain temps un syndrome d'Ehlers-Danlos, s'est vu prescrire des arrêts de travail pour la période allant du 23 juillet 2018 au 23 juillet 2019. Elle a demandé au tribunal d'annuler la décision en date du 6 décembre 2018 par laquelle la rectrice de l'académie de Limoges a refusé de reconnaître que ces arrêts de travail étaient imputables au service, en particulier à l'accident de service dont elle a été victime le 25 septembre 2012. Par un jugement n° 1900273 du 28 décembre 2020, le tribunal a rejeté cette requête.

2. Par cette requête, Mme D demande, d'une part, l'annulation de l'arrêté du 19 mai 2020 par lequel la rectrice de l'académie de Limoges l'a admise à la retraite d'office pour invalidité à compter du 21 novembre 2019, d'autre part l'annulation de la décision du même jour la radiant des cadres en conséquence de cette mise à la retraite.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article 29 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " Le fonctionnaire civil qui se trouve dans l'incapacité permanente de continuer ses fonctions en raison d'une invalidité ne résultant pas du service et qui n'a pu être reclassé dans un autre corps en application de l'article 63 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 précitée peut être radié des cadres par anticipation soit sur sa demande, soit d'office ; dans ce dernier cas, la radiation des cadres est prononcée sans délai si l'inaptitude résulte d'une maladie ou d'une infirmité que son caractère définitif et stabilisé ne rend pas susceptible de traitement, ou à l'expiration d'un délai de douze mois à compter de sa mise en congé si celle-ci a été prononcée en application de l'article 36 (2°) de l'ordonnance du 4 février 1959 relative au statut général des fonctionnaires ou à la fin du congé qui lui a été accordé en application de l'article 36 (3°) de ladite ordonnance (). ". Aux termes de l'article 31 du même code : " La réalité des infirmités invoquées, la preuve de leur imputabilité au service, le taux d'invalidité qu'elles entraînent, l'incapacité permanente à l'exercice des fonctions sont appréciés par une commission de réforme (). Le pouvoir de décision appartient, dans tous les cas, au ministre dont relève l'agent et au ministre des finances (). ". Aux termes de l'article R. 45 du même code : " La commission de réforme instituée à l'article L. 31 est composée comme suit : / () / 2° Dans chaque département sous la présidence du commissaire de la République ou de son représentant, qui dirige les délibérations mais ne participe pas aux votes : / () / Les membres du comité médical prévu à l'article 6 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986, à savoir deux praticiens généralistes et, pour l'examen des cas relevant de sa compétence, un spécialiste de l'affection dont est atteint le fonctionnaire ; () ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la présence d'un médecin spécialiste au sein de la commission de réforme présente un caractère obligatoire lorsque celle-ci est saisie dans le cadre d'une procédure de mise à la retraite pour invalidité non imputable au service.

4. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

5. Il ressort des pièces du dossier que la commission de réforme ayant émis l'avis du 9 décembre 2019 relatif à l'admission à la retraite pour invalidité de Mme D, si elle comportait deux médecins généralistes agréés, ne comportait aucun médecin spécialiste de l'affection dont est atteinte l'intéressée. La présence d'un médecin spécialiste au sein de la commission de réforme constitue une garantie dès lors qu'elle a pour objet d'éclairer cette commission sur la pathologie dont souffre l'agent. Alors que le seul rapport d'expertise au dossier d'un médecin rhumatologue en date du 19 octobre 2018, dont il ne ressort au demeurant pas des pièces du dossier qu'il ait été soumis à la commission de réforme du 9 décembre 2019, a été rendu dans le cadre d'une procédure d'imputabilité d'une pathologie au service, Mme D, est fondée à soutenir que la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, qui l'a privée, en l'espèce, d'une garantie.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête et sans que la rectrice ne soit fondée à soutenir qu'elle était liée par l'avis conforme des services du ministre du budget du 12 mars 2020, que Mme D est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 19 mai 2020 et, par voie de conséquence, de la décision du même jour par laquelle elle a été radiée des cadres.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. L'annulation de la décision du 19 mai 2020 pour le motif exposé au point 5 du présent jugement implique seulement, ainsi que se borne d'ailleurs à le demander l'intéressée, qu'il soit enjoint à l'administration de réexaminer sa situation en saisissant la commission de réforme de la situation de Mme D avec la présence d'un médecin spécialiste. Il y a lieu qu'elle y procède dans un délai de 3 mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte ni d'ordonner la communication de l'avis rendu par la commission de réforme du 9 décembre 2019 dès lors que Mme D ne justifie ni avoir formulé une demande de communication en ce sens auprès de la rectrice, ni s'être vue opposée un refus à la suite d'une telle demande.

Sur les frais de justice :

8. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Mme D sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: L'arrêté du 19 mai 2020 et la décision du même jour par lesquels la rectrice de l'académie de Limoges a admis Mme D à la retraite pour invalidité et l'a radiée des cadres sont annulées.

Article 2:Il est enjoint à la rectrice de l'académie de Limoges de procéder au réexamen de la demande de mise à la retraite pour invalidité de Mme D dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement selon les modalités indiquées au point 7 du présent jugement.

Article 3: L'Etat versera à Mme D une somme de 1 000 (mille) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5: Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Une copie en sera adressée pour information à la rectrice de l'académie de Limoges.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022 où siégeaient :

- M. Gensac, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2022.

Le rapporteur,

F. B

Le président,

P. GENSAC

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

aj

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