jeudi 28 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2000989 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | MONPION |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces enregistrés le 24 juillet 2020, le 18 août 2020 et le 30 septembre 2022, M. G B et Mme H E, représentés par Me Monpion, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 mai 2018 par lequel le maire de la commune de Séreilhac a accordé un permis de construire n° PC 8719118D0009 à M. et Mme F pour la construction d'une maison d'habitation sur la parcelle cadastrée section ZP n° 621 sur le territoire de la commune ;
2°) d'annuler l'arrêté du 29 janvier 2019 par lequel le maire de la commune de Séreilhac a accordé un permis de construire modificatif n° PC 8719118D0009M01 à M. et Mme F ;
3°) d'annuler l'arrêté du 22 juin 2020 par lequel le maire de la commune de Séreilhac a accordé un permis de construire modificatif n° PC 8719118D0009M03 à M. et Mme F ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Séreilhac une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable : elle n'est pas tardive dès lors que les arrêtés litigieux n'ont jamais été affichés sur le terrain et que la construction n'est pas achevée puisqu'elle a fait l'objet d'un nouveau permis modificatif délivré le 22 juin 2020 ; ils ont notifié leur recours contentieux en application des dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ; ils disposent d'un intérêt pour agir dès lors qu'ils sont propriétaires d'une parcelle qui est voisine de celle sur laquelle M. et Mme F ont obtenu l'autorisation de construire, que les eaux pluviales qui proviennent de la partie Ouest de la toiture de la construction s'écoulent immanquablement sur leur parcelle et qu'ils justifient ainsi que la construction est de nature à affecter leurs conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de leur propriété ;
En ce qui concerne le permis de construire initial délivré le 22 mai 2018 :
- le dossier de demande de permis de construire initial est incomplet sans que les permis de construire modificatifs ultérieurs ne régularisent ces insuffisances :
• il méconnaît les dispositions de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme car la notice paysagère ne fait pas état de l'état initial du terrain et ne permet pas d'apprécier l'impact de la construction sur les constructions et paysages avoisinants ;
• il méconnaît les dispositions de l'article R. 431-9 dès lors que le plan de masse n'est pas coté et qu'il est imprécis concernant les modalités de raccordement au réseau ;
• il méconnaît les dispositions du b) de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme car il ne comprend pas de plan de coupe du terrain et aucun document ne permet de visualiser l'implantation de la construction au regard du profil naturel du terrain ;
• il méconnaît les dispositions du c) de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme dès lors qu'aucun document graphique ne permet d'apprécier l'impact du projet sur les habitations situées rue Victor Hugo ;
• il méconnaît les dispositions du d) de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme en raison de l'insuffisance des documents photographiques permettant de situer le projet dans son environnement proche et lointain ;
- M. et Mme F ont commis une fraude en se déclarant propriétaires fonciers de la parcelle cadastrée n° 519 a alors qu'ils ne pouvaient pas l'être car la demande de division parcellaire n'a été déposée qu'en juin 2018 ; le maire de la commune de Séreilhac était donc tenu de refuser la demande d'autorisation d'urbanisme pour défaut de maîtrise foncière des pétitionnaires puisqu'il n'existait pas de parcelle cadastrée n° 519 a ;
- les bénéficiaires du permis ont commis une fraude en lien avec la composition de leur dossier de demande de permis de construire : la mention " projet " aurait dû y figurer lorsqu'ils ont schématisé la parcelle, les limites de propriété sont erronées, les cotes mentionnées dans le permis modificatif du 22 juin 2020 sont différentes de celles du procès-verbal de bornage, la pente naturelle du terrain est réduite d'environ 50 centimètres à 1 mètre sur l'ensemble de la parcelle, le seul plan de coupe A-A est erroné puisque le vide-sanitaire n'y apparaît pas, la construction a donné lieu à un rajout de plusieurs mètres cubes de terre ayant entraîné la modification du terrain naturel, la topographie du terrain est erronée puisque la terre naturelle et la terre finie sont indiquées au même niveau, le document permettant d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement est erroné car il ne prend pas en compte la topographie du terrain et les prises de vue et les indications des photographies permettant de situer le terrain dans son environnement proche sont " complètement fausses " ;
- la construction litigieuse a été édifiée en méconnaissance de l'article 1er du règlement de la zone UH du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de la communauté de communes du Val de Vienne ;
- la construction litigieuse a été édifiée en méconnaissance de l'article 10 du règlement de la zone UH du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de la communauté de communes du Val de Vienne ;
- la construction litigieuse a été édifiée en méconnaissance de l'article 11 du règlement de la zone UH du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de la communauté de communes du Val de Vienne.
En ce qui concerne le permis modificatif délivré le 22 juin 2020 :
- la notice jointe au dossier du second permis modificatif se borne à reprendre l'objet de la demande et ne comporte pas d'indications suffisamment précises concernant les raisons de l'implantation d'un mur de soutènement, d'une part, et la hauteur et l'implantation du mur de soutènement d'autre part, en méconnaissance des articles R. 431-8, R. 431-10 c) du code de l'urbanisme.
Par un mémoire en défense et des pièces enregistrés le 16 septembre 2020 et le 2 juin 2021, la commune de Séreilhac fait valoir, d'une part, qu'elle s'en remet à la justice pour établir si des erreurs ont été commises, pour déterminer les personnes qui en sont responsables et les préjudices qui en ont résulté et, d'autre part, informe le tribunal que le tribunal judiciaire de Limoges a rendu un avis de classement dans la procédure relative au dépôt d'un procès-verbal d'infraction.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2021, M. A F et Mme D F, représentés par Me Maret, concluent, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, au prononcé d'un sursis à statuer dans l'attente d'une régularisation du permis de construire et, en tout état de cause, à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la requête est tardive ;
- les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir ;
- ils n'apportent pas la preuve de la notification imposée par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 21 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 novembre 2022 à 17h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gaullier-Chatagner,
- les conclusions de Khéra Benzaïd, rapporteure publique,
- et les observations de Me Monpion, représentant M. B et Mme E, et de Me Maret, représentant M. et Mme F.
Considérant ce qui suit :
1. Le 22 mai 2018, le maire de la commune de Séreilhac a délivré à M. et Mme F un permis de construire une maison individuelle à usage d'habitation située 37 rue Victor Hugo sur le territoire de cette commune. Par un arrêté du 29 janvier 2019, un permis de construire modificatif a été délivré à M. et Mme F en vue de la réduction de la surface de plancher de la construction. Par un arrêté du 22 juin 2020, un second permis de construire modificatif a été délivré aux bénéficiaires du permis de construire, autorisant la suppression d'une fenêtre sur le pignon nord de la maison, la modification du traitement des eaux pluviales et de l'emplacement des réseaux ainsi que la création d'un mur paysager et de soutènement au nord de la construction. Par la présente requête, M. B et Mme E demandent au tribunal l'annulation du permis de construire du 22 mai 2018 et des deux permis de construire modificatifs délivrés respectivement le 29 janvier 2019 et le 22 juin 2020.
Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre le permis de construire initial :
2. Lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.
Sur la composition du dossier :
3. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
4. Aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ". Aux termes de l'article R. 431-9 du même code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. / Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement () ". Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : () b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain () ; d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".
5. De première part, il ressort des pièces du dossier que le dossier de demande de permis de construire comporte un plan de situation permettant de situer la maison d'habitation faisant l'objet de l'autorisation attaquée au sein de la commune, un plan de masse permettant d'apprécier son implantation sur le terrain et son organisation, ainsi qu'un plan de coupe et une " vue en plan " précisant les surfaces de la construction, et représentant les volumes de la construction. Bien que le document intitulé " notice d'insertion " soit bref, ces éléments ont permis au service instructeur d'apprécier l'implantation, l'organisation, la composition et le volume de la construction nouvelle, notamment par rapport aux constructions voisines visibles sur le plan de situation joint au dossier.
6. De deuxième part, il ressort des pièces du dossier que le dossier de permis de construction initial comprend, en outre, deux photographies de l'état initial de l'environnement accompagnées d'une légende permettant d'apprécier l'angle des prises de vue, ainsi qu'un document permettant de visualiser le projet de construction dans le site. Par ailleurs, le dossier du permis de construire modificatif délivré le 22 juin 2020 comprenait, en complément, trois photographies permettant d'apprécier l'impact visuel du projet dans son environnement. Ces documents, accompagnés du plan de situation également joint au dossier, ont permis de rendre compte avec suffisamment de précision de l'état initial du terrain et de ses abords et d'apprécier l'impact visuel de la construction au sein de la zone pavillonnaire dans laquelle le projet a été autorisé. Ainsi, l'ensemble des documents produits était suffisant, notamment pour apprécier l'insertion de la construction par rapport aux constructions avoisinantes.
7. De troisième part, un plan de masse indiquant la largeur et la longueur du projet a été produit à l'appui du second permis de construire modificatif délivré, accompagné d'un plan des façades indiquant la hauteur du projet ainsi que les cotes correspondant au terrain naturel et au terrain après travaux. En outre, le plan de masse produit au soutien du permis de construire modificatif délivré le 22 juin 2020 précise les modalités de raccordement du projet aux réseaux publics.
8. De quatrième part, si les requérants font valoir que le dossier de demande de permis ne contenait aucune information concernant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain, il ressort des pièces du dossier qu'un plan de coupe figurait dans le dossier de permis de construire initial. Si ce dernier comportait des indications erronées concernant l'implantation de la construction par rapport au terrain naturel, le plan des façades joint au dossier de permis de construire déposé le 13 février 2020 précise quant à lui l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain en faisant apparaître le niveau du terrain naturel (NF) et le niveau du terrain après les travaux (TF). Le moyen selon lequel le dossier ne comporterait aucun plan faisant apparaître l'état initial et l'état futur du terrain, alors que les travaux avaient pour effet d'en modifier le profil, doit donc être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que l'ensemble des moyens tirés du caractère incomplet du dossier relatif au permis de construire délivré le 22 mai 2018, fondés sur les articles R. 431-8, R.431-9 et R. 431-10 du code de l'urbanisme, doit être écarté.
Sur l'application du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal approuvé le 16 décembre 2010 :
10. En premier lieu, si l'article 1er du règlement de la zone UH du PLUi de la communauté de communes du Val de Vienne intitulé " occupation et utilisation des sols interdites " prévoit que sont interdits " les affouillements et exhaussements de sol () ", ces dispositions doivent s'entendre comme concernant les " installations et travaux divers ", non soumis à la réglementation du permis de construire et dont la réalisation est subordonnée à autorisation dans les conditions prévues par le k) de l'article R. 421-19 et le f) de l'article R. 421-23 du code de l'urbanisme, mais ne sont en revanche pas applicables aux travaux de mise en état des terrains d'assiette des bâtiments et autres ouvrages dont la construction fait l'objet d'un permis de construire, lequel est délivré conformément à d'autres dispositions du même code et tient compte d'éventuels affouillements et exhaussements du sol. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.
11. En deuxième lieu, l'article 10 de la zone UH du règlement du PLUi de la communauté de communes du Val de Vienne prévoit que " la hauteur à l'égout du toit est fixée à 7 mètres ". Les dispositions du règlement consacrées aux " Définitions " précisent, en ce qui concerne l'article 10 régissant la hauteur des constructions que " la hauteur maximale des constructions correspond à la différence d'altitude entre tout point de l'édifice et sa projection verticale sur le sol naturel avant travaux ". Il ressort des pièces du dossier, en particulier du plan des façades joint au dossier du permis de construire modificatif délivré le 22 juin 2020, que le point le plus haut de la construction autorisée, à l'égout du toit, correspond à une hauteur de 3,75 mètres au-dessus du sol après travaux, et que le projet prévoit une surélévation du niveau du sol naturel d'une hauteur variable selon les zones du terrain et d'une hauteur maximale, au niveau de l'implantation de la maison, de 1,98 mètre. Il en résulte que la hauteur de la construction autorisée n'excède pas la limite de 7 mètres autorisée par les dispositions précitées. Par suite, le moyen doit être écarté.
12. En troisième lieu, les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal communes à toutes les zones, disponibles au juge comme aux parties sur le site Géoportail, prévoient, en ce qui concerne l'article 11 relatif à l'aspect extérieur des constructions, que " les constructions s'adapteront le plus étroitement possible au profil du terrain naturel. En cas d'impossibilité techniques, les talus artificiels seront en pente douces ou traité en terrasses avec des murs en pierre ou enduits en harmonie avec le bâtiment principal () ". Si les requérants font état de ce que l'exhaussement de la construction n'apparaît pas dans le dossier de demande, qu'une cave et un vide sanitaire auraient été construits sans autorisation, et que le dossier ferait état d'une maison implantée sur un terrain parfaitement horizontal, ces éléments ne démontrent pas que les dispositions de l'article 11 précitées auraient été méconnues. En outre, les conditions d'exécution d'un permis de construire sont sans incidence sur la régularité du permis de construire qui n'autorise que les seuls travaux décrits dans la demande. Par ailleurs, le plan des façades joint au dossier du second permis de construire modificatif délivré fait apparaître la surélévation de la construction par rapport au terrain naturel. Le moyen doit, par suite, être écarté.
Sur les fraudes invoquées par les requérants :
13. Un permis de construire n'a d'autre objet que d'autoriser la construction d'immeubles conformes aux plans et indications fournis par le pétitionnaire. La circonstance que ces plans et indications pourraient ne pas être respectés ou que ces immeubles risqueraient d'être ultérieurement transformés ou affectés à un usage non conforme aux documents et aux règles générales d'urbanisme n'est pas, par elle-même, sauf le cas d'éléments établissant l'existence d'une fraude à la date de la délivrance du permis, de nature à affecter la légalité de celui-ci. La caractérisation de la fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme.
14. En premier lieu, aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux () ".
15. Il résulte de ces dispositions que les demandes de permis de construire doivent seulement comporter l'attestation du pétitionnaire qu'il remplit les conditions définies à l'article R. 423-1 cité ci-dessus. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une demande de permis, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Ainsi, sous réserve de la fraude, le pétitionnaire qui fournit l'attestation prévue à l'article R. 423-1 du code doit être regardé comme ayant qualité pour présenter sa demande. Il résulte de ce qui précède que les tiers ne sauraient utilement invoquer, pour contester une décision accordant une telle autorisation au vu de l'attestation requise, la circonstance que l'administration n'en aurait pas vérifié l'exactitude. Toutefois, lorsque l'autorité saisie d'une telle demande de permis de construire vient à disposer au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une mesure d'instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir son caractère frauduleux ou faisant apparaître, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, que le pétitionnaire ne dispose, contrairement à ce qu'implique l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, d'aucun droit à la déposer, il lui revient de refuser la demande de permis pour ce motif.
16. La seule circonstance que M. et Mme F n'étaient pas encore propriétaires du terrain d'assiette du projet de construction à la date du dépôt de leur demande de permis de construire ne suffit à démontrer, ni l'existence d'une fraude, ni qu'ils étaient dépourvus de titre pour déposer leur demande, dès lors qu'ils pouvaient le faire avec l'autorisation du propriétaire du terrain d'assiette du projet de construction. Ainsi, dès lors qu'il ne ressort d'aucun élément présenté par les requérants que le propriétaire de la parcelle à la date du dépôt de leur demande de permis de construire aurait expressément refusé qu'ils déposent leur demande, la circonstance qu'ils n'étaient pas propriétaires du terrain à la date de leur demande de permis de construire ne saurait révéler une manœuvre de leur part de nature à induire l'administration en erreur. Par ailleurs, si les requérants font valoir qu'à la date du dépôt de la demande de permis de construire initiale, la parcelle servant de terrain d'assiette au projet n'existait pas en tant que telle puisque la division parcellaire n'avait pas encore eu lieu, les requérants indiquent qu'une demande relative à cette division parcellaire a été déposée au mois de juin 2018, et le dossier de permis modificatif déposé le 13 février 2020 et délivré le 22 juin 2020, vise la parcelle ZP N° 621, dont les requérants indiquent qu'elle est issue de cette division. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'existence d'une fraude liée à l'existence de la parcelle correspondant au terrain d'assiette du projet, ou à la maîtrise foncière du terrain d'assiette, doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la mention " projet " ne figurait pas sur le plan de situation du terrain dans le dossier de permis de construire initial, n'est pas de nature démontrer une fraude quant à la composition du dossier de permis de construire.
17. En deuxième lieu, si les requérants font valoir que les limites de propriété comportent une erreur de 1,44 mètre au droit de la façade sud-ouest, ils n'apportent pas la démonstration de ce que les pétitionnaires se seraient, de manière intentionnelle, livrés à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme, en particulier l'une des règles applicables en limites du terrain d'assiette du projet.
18. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier jointes au permis de construire initial que celui-ci ne comportait aucune mention de la déclivité du terrain d'assiette et que la notice jointe au projet précisait qu'aucun travail de mouvement de terrain important ne serait pratiqué. Toutefois, le dossier joint à la demande de permis de construire modificatif, qui a été délivré le 22 juin 2020, comporte un plan des façades faisant apparaître la différence de niveau entre le terrain naturel et le terrain futur de la construction autorisée. En outre, la seule allégation selon laquelle il existerait un " différentiel non négligeable " entre les relevés de niveau résultant du procès-verbal de bornage et les mentions figurant sur le plan de façade joint au dossier du second permis modificatif n'est pas suffisamment précise pour démontrer que les cotes figurant sur ce plan, correspondant au terrain naturel et au terrain futur au droit de la construction, seraient erronées. Ainsi, et dès lors, d'une part, que la surélévation de la construction a fait l'objet d'une régularisation dans le second permis de construire modificatif et, d'autre part, que cette surélévation ne conduit à aucune méconnaissance de la règle de hauteur telle que posée par les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal, ainsi que cela résulte des développements du point 11 du présent jugement, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les mentions du plan de coupe, de la notice descriptive du terrain, et du plan des façades, révèleraient une fraude. Le moyen doit, par suite, être écarté.
19. En quatrième lieu, il résulte des développements qui précèdent que les documents joints au dossier de demande de permis de construire, complétés par des photographies de la construction après travaux selon différents points de vue, étaient suffisants pour permettre à l'administration d'apprécier le cadre dans lequel le projet de construction allait s'insérer. Les requérants ne sont ainsi pas fondés à soutenir que les documents graphiques et photographiques joints au permis de construire étaient faux et révélateurs d'une fraude commise par les pétitionnaires. Le moyen tiré de l'existence d'une fraude en lien avec les documents permettant d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement doit par suite être écarté.
Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre le second permis modificatif :
20. Il ressort des pièces du dossier que le dossier de demande du second permis modificatif, qui a eu notamment pour objet la création d'un mur paysager et de soutènement, comporte une notice explicative indiquant que ce mur serait implanté " au droit du garage 2, à 3,50 de la rue et qui part en biais sur la limite ouest du terrain. Sa hauteur suivra le niveau du terrain. Il sera drainé sur toute la longueur ". Le dossier joint au permis de construire modificatif comporte un plan de la façade nord-ouest qui représente le mur sur toute sa longueur, et qui comporte une cote de 198 cm au droit de la construction, ainsi qu'un plan de masse faisant également figurer l'emplacement du mur, ainsi que la mention " Mur en pierres sèches type Roc/ Hauteur selon pente de terrain + drain périphérique sur le long ". Dans ces conditions, il n'est pas démontré que le contenu du dossier de demande du second permis de construire modificatif ne serait pas suffisant au vu de l'ampleur des modifications sollicitées. Le moyen tiré d'une méconnaissance des dispositions précitées des articles R. 431-8 du code de l'urbanisme et de l'article R. 431-10 c) doit être écarté.
21. Il résulte de tout ce qui précède que M. B et Mme E ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 22 mai 2018 par lequel le maire de la commune de Sereilhac a délivré à M. et Mme F un permis de construire, ainsi que l'annulation des permis de construire modificatifs délivrés par arrêtés des 29 janvier 2019 et 22 juin 2020 pour le même projet.
Sur les frais du litige :
22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Séreilhac qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme d'argent que demandent M. B et Mme E au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B et de Mme E, le versement d'une somme de 1 200 euros sur le même fondement au bénéfice de M. et Mme F.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. B et Mme E est rejetée.
Article 2:M. B et Mme E verseront une somme de 1 200 (mille deux cents) euros à M. et Mme F sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3:Le présent jugement sera notifié à M. G B, à Mme H E, à M. A F, à Mme D F et à la commune de Séreilhac.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- M. Jean-Baptiste Boschet, premier conseiller,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.
La rapporteure,
N. GAULLIER-CHATAGNER
Le président,
N. NORMAND
Le greffier,
M. C
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
M. C
mf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026