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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2001008

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2001008

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2001008
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS CHARTIER PREVOST -PLAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 28 juillet 2020, les 26 et 27 avril 2021, le 31 mars 2022, et le 5 mai 2023, M. C B, représenté par Me Des Champs de Verneix, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 mai 2020 par laquelle le maire de la commune de Saint-Yrieix-la-Perche a refusé de procéder à l'enlèvement des ralentisseurs de type monobloc situés avenue Michel Gondinet, rue Georges Brassens et rue des Giroflées ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Saint-Yrieix-la-Perche de procéder à la démolition des ralentisseurs de type monobloc situés avenue Michel Gondinet, rue Georges Brassens et rue des Giroflées ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Yrieix-la-Perche une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ; ses intérêts sont lésés de façon suffisamment grave et certaine pas l'implantation des ralentisseurs ;

- les trois ralentisseurs dont l'enlèvement est sollicité méconnaissent les exigences du décret du 27 mai 1994 et la norme NF P 98-300 ;

- ils n'ont pas fait l'objet d'une signalisation spécifique au moment de leur pose ;

- aucun élément n'est produit au soutien de l'allégation selon laquelle l'implantation de ces dispositifs serait légitime au regard de l'impératif de sécurité juridique ;

- le juge administratif peut enjoindre à l'administration de supprimer un ouvrage public.

Par deux mémoires en défense et des pièces enregistrés le 1er février 2021, le 23 février 2022 et le 2 mai 2023, la commune de Saint-Yrieix-la-Perche, représentée par la SCP d'avocats Dauriac Pauliat-Defaye Boucherle Magne, conclut au rejet de la requête comme infondée et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les dispositions du décret du 27 mai 1994 rendent seulement obligatoire la mise en conformité des ralentisseurs de type dos d'âne ou de type trapézoïdal aux normes en vigueur et ne s'appliquent pas aux ralentisseurs monoblocs ; de même, la norme NF 98-300 a uniquement pour objet de fixer les caractéristiques des ralentisseurs de type dos d'âne ou de type trapézoïdal ;

- l'implantation de ces dispositifs est légitime au regard de l'impératif de sécurité publique, le maire ayant à plusieurs reprises été alerté par la vitesse excessive de certains véhicules notamment aux abords de l'école Jeanne d'Arc ;

- des panneaux de limitation de vitesse à 30 km/h sont présents aux abords de ces ralentisseurs ;

- elle a fait procédé au retrait du ralentisseur installé sur l'avenue Michel Godinet, si bien que le litige n'a plus lieu d'être.

Par une lettre du 2 mai 2023, les parties ont été informées, sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité de la requête dès lors que les pièces du dossier ne sont pas de nature à établir que les intérêts du requérant seraient lésés de façon suffisamment grave et certaine pour lui donner intérêt à demander la suppression des trois ralentisseurs en litige.

Une réponse à ce courrier a été présentée le 5 mai 2023 par M. B et communiquée.

Par une ordonnance du 5 mai 2023, la clôture de l'instruction de l'affaire a été fixée au 22 mai 2023 à 17h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 94-447 du 27 mai 1994 relatif aux caractéristiques et aux conditions de réalisation des ralentisseurs de type dos d'âne ou de type trapézoïdal ;

- le code de la voirie routière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gaullier-Chatagner,

- les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique,

- les observations de Me Des Champs de Verneix pour M. B,

- et les observations de Me Mons-Bariaud, représentant la commune de Saint-Yrieix-la-Perche.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins de non-lieu :

1. A supposer que la commune de Saint-Yrieix-la-Perche ait entendu solliciter le prononcé d'un non-lieu à statuer en indiquant que le litige n'avait plus lieu d'être en raison du retrait d'un ralentisseur situé avenue Michel Godinet, l'existence d'un tel retrait est contestée par M. B et aucun élément n'a été présenté par la commune pour en justifier. Par ailleurs, la décision attaquée rejetait également la demande d'enlèvement des ralentisseurs de type monobloc situés rue Georges Brassens et rue des Giroflées. Par conséquent, le présent litige a conservé son objet.

Sur le cadre du litige :

2. Lorsqu'il est saisi d'une demande tendant à ce que soit ordonnée la démolition d'un ouvrage public dont il est allégué qu'il est irrégulièrement implanté par un requérant qui estime subir un préjudice du fait de l'implantation de cet ouvrage et qui en a demandé sans succès la démolition à l'administration, il appartient au juge administratif, juge de plein contentieux, de déterminer, en fonction de la situation de droit et de fait existant à la date à laquelle il statue, si l'ouvrage est irrégulièrement implanté, puis, si tel est le cas, de rechercher, d'abord, si eu égard notamment à la nature de l'irrégularité, une régularisation appropriée est possible, puis, dans la négative, de prendre en considération, d'une part les inconvénients que la présence de l'ouvrage entraîne pour les divers intérêts publics ou privés en présence, notamment, le cas échéant, pour le propriétaire du terrain d'assiette de l'ouvrage, d'autre part, les conséquences de la démolition pour l'intérêt général, et d'apprécier, en rapprochant ces éléments, si la démolition n'entraîne pas une atteinte excessive à l'intérêt général.

Sur la recevabilité de l'action engagée :

3. Afin de justifier de son intérêt pour solliciter la suppression des trois ouvrages en litige, M. B fait valoir qu'il est un habitant de la commune et un usager quotidien des voies de circulation sur lesquelles sont implantés les ralentisseurs, que sa maison d'habitation " se situe à proximité d'un des ralentisseurs litigieux et qu'il n'est pas rare qu'il soit importuné par le bruit des véhicules lors de leur passage sur le ralentisseur ". Ce faisant, alors que la commune conteste l'existence de nuisances sonores liées aux ralentisseurs en litige et qu'aucun élément n'a été apporté pour caractériser ces nuisances sonores en réponse à la mesure d'instruction transmise sur ce point, M. B, qui se borne par ailleurs à invoquer sa qualité d'habitant de la commune et d'utilisateur régulier des voies sur lesquelles sont implantés les ouvrages, ne produit pas d'éléments établissant que le maintien des ouvrages litigieux affecterait les conditions de jouissance de son bien, ni que ses intérêts seraient lésés de façon suffisamment grave et certaine par le maintien des trois ralentisseurs en litige. Dans ces conditions, M. B ne justifie pas d'un intérêt lui donnant qualité pour demander la suppression des trois ralentisseurs qu'il estime non conformes au décret du 27 mai 1994.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à la démolition des trois ralentisseurs situés avenue Michel Gondinet, rue Georges Brassens et rue des Giroflées doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Saint-Yrieix-la-Perche, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme d'argent que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. B une somme d'argent au titre des frais exposés par la commune de Saint-Yrieix-la-Perche et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. B est rejetée.

Article 2:Les conclusions présentées par la commune de Saint-Yrieix-la-Perche au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la commune de Saint-Yrieix-la-Perche.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

La rapporteure,

N. GAULLIER-CHATAGNER

Le président,

N. NORMAND

Le greffier,

M. A

La République mande et ordonne

à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. A

mf

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