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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2001057

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2001057

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2001057
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS CHARTIER PREVOST -PLAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 5 août 2020, 13 octobre 2021 et 28 février 2022, Mme C A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de constater la nullité de la convocation du 29 mai 2020 pour le conseil municipal du 4 juin 2020 ;

2°) d'annuler les délibérations prises le 4 juin 2020 par le conseil communal d'Aubusson en tant qu'elles ont instauré un fond d'urgence et de solidarité communal (FUSC), arrêté les mesures 13 et 20 de ce fond, admis en non-valeur 34 titres de recettes pour les années 2014 à 2019 pour un montant global de 27 357,24 euros ;

3°) d'enjoindre au maire d'Aubusson d'informer sans délai le conseil municipal des décisions prises par le tribunal ;

4°) d'enjoindre au maire d'Aubusson d'inscrire au registre des délibérations les décisions prises par le tribunal ;

Elle soutient que :

- la réunion du conseil municipal du 4 juin 2020 s'est tenue sans public physiquement présent alors que la convocation adressée aux membres du conseil municipal ne fait pas mention de la décision du maire du 29 mai précédent de refuser au public l'accès à cette séance ;

- l'enregistrement des débats, de piètre qualité, n'a pas permis aux citoyens d'assister sans discontinuer aux débats et de comprendre le bien- fondé des délibérations prises. Il ne leur a pas non plus permis d'identifier les conseillers présents ainsi que les pouvoirs dont ils disposaient ;

- la délibération relative à l'admission en non- valeur de 34 titres de recette est illégale dès lors qu'aucun élément d'information concernant cette perte de recettes n'a été apportée par le rapporteur de la délibération ;

- la commune n'était pas compétente pour mettre en place un fond d'urgence et de solidarité communale (FUSC), ni pour accorder par la mesure 20 de ce fond portant sur l'attribution de 3 500 bons d'achat d'une valeur nominale de 10 euros,

- la mise en place de ce fond ne repose sur aucune loi ou texte réglementaire applicable à la date du 4 juin 2020 ;

- ce fond a été adopté dans sa globalité sans débat et pour 11 de ses mesures sans détail ni même de justificatifs ;

- le bureau municipal n'a aucune existence légale de sorte qu'il ne pouvait être autorisé à signer une convention en lieu et place du conseil municipal avec l'association C'kdo et l'association des commerçants et artisans de la ville d'Aubusson ; en outre, l'ordre du jour de la séance du 4 juin 2020 ne fait pas mention d'une autorisation spéciale qui serait accordée au bureau municipal pour la signature d'une telle convention ;

- certains élus sortants avaient un intérêt personnel à mettre en place les mesures du FUSC dès lors qu'ils sont commerçants, artisans et dirigeants d'associations, d'autres élus, par la création de ce fond, ont " servi directement leur propre campagne électorale " ;

- deux élus ont pris part au vote de la délibération sur le FUSC en méconnaissance de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales ;

- les mesures du FUSC ont influencé la campagne électorale précédant le 28 juin 2020 et ont ainsi altéré la sincérité du scrutin.

Par des mémoires en défense enregistrés le 27 et le 28 octobre 2021, le maire de la commune d'Aubusson, représenté par Me Zoubeidi-Defert conclut au rejet de la requête comme non fondée et à la mise à la charge de Mme A d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Des pièces ont été communiquées par la commune d'Aubusson le 7 juin 2022 qui ont été enregistrées sans être communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- l'ordonnance n°2020-317 du 25 mars 2020 portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,

- et les observations de

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, en sa qualité de contribuable de la commune d'Aubusson, doit être regardée comme demandant à titre principal l'annulation des délibérations du 4 juin 2020 par lesquelles le conseil municipal d'Aubusson a admis en non-valeur 34 titres de recettes portant sur les exercices 2014 à 2019, a instauré un fond d'urgence et de solidarité communal (FUSC) doté d'une somme de 185 000 euros et a arrêté les modalités de fonctionnement de ce dispositif de soutien.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'ensemble des délibérations adoptées par le conseil municipal dans sa séance du 4 juin 2020 :

2. En premier lieu, en application de l'article 10 de l'ordonnance n° 2020-562 du 13 mai 2020 visant à adapter le fonctionnement des institutions locales et l'exercice des compétences des collectivités territoriales et des établissements publics locaux à la prolongation de l'état d'urgence sanitaire dans le cadre de l'épidémie de covid-19 : " Aux fins de lutter contre la propagation de l'épidémie de covid-19 et pendant la durée de l'état d'urgence sanitaire prévu à l'article L. 3131-12 du code de la santé publique déclaré dans les conditions de l'article 4 de la loi du 23 mars 2020, le maire, le président de l'organe délibérant d'une collectivité territoriale ou le président d'un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre peut décider, pour assurer la tenue de la réunion de l'organe délibérant dans des conditions conformes aux règles sanitaires en vigueur, que celle-ci se déroulera sans que le public ne soit autorisé à y assister ou en fixant un nombre maximal de personnes autorisées à y assister. Le caractère public de la réunion est réputé satisfait lorsque les débats sont accessibles en direct au public de manière électronique. /Lorsqu'il est fait application de l'alinéa précédent, il est fait mention de cette décision sur la convocation de l'organe délibérant. ".

3. S'il est vrai que la convocation du 29 mai 2020 ne fait pas mention de la décision du maire d'organiser le conseil municipal du 4 juin 2020 sans la présence du public, cette seule circonstance, alors qu'il n'est pas sérieusement contesté que le caractère public de la séance a été assuré par la diffusion numérique des débats, est sans incidence sur la régularité de la convocation contestée.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté par Mme A que les débats du conseil municipal du 4 juin 2020 ont fait l'objet d'une diffusion numérique en direct accessible à l'ensemble de la population. La seule circonstance que cette diffusion aurait été " d'une grande médiocrité sonore et visuelle ", à la supposer même établie, n'est pas de nature à entacher d'irrégularité les délibérations prises au cours de cette séance au regard notamment des circonstances particulières liées à la pandémie du Covid-19 qui ont obligé les élus locaux à se doter en urgence de dispositifs de retransmission à distance.

En ce qui concerne la contestation de la délibération n° 3 portant admission en non-valeur de 34 titres de recette :

5. Une délibération d'un conseil municipal admettant une créance en non-valeur pour insolvabilité du débiteur constitue une mesure d'ordre purement budgétaire et comptable entre l'ordonnateur et le trésorier municipal et n'éteint pas la créance dont s'agit. Un tel acte n'a ainsi ni pour objet ni pour effet d'exonérer le débiteur de sa dette, et ne saurait faire obstacle au recouvrement ultérieur de la créance si le débiteur s'avérait de nouveau solvable dans le délai de prescription, et ne porte dès lors pas atteinte aux finances communales. Par suite, des contribuables communaux n'ont pas, en cette qualité, un intérêt suffisant leur permettant de demander l'annulation pour excès de pouvoir d'un tel acte. Il suit de là que Mme A, qui se prévaut de sa qualité de contribuable local, n'a pas, contrairement à ce qu'elle soutient, un intérêt suffisant pour agir à l'encontre de la délibération du 4 juin 2020 portant admission en non-valeur de 34 titres de recette pour un montant global de 27 357,24 euros. Par suite, ses conclusions dirigées contre cette délibération ne peuvent qu'être rejetées en tant qu'elles sont irrecevables.

En ce qui concerne la contestation de la délibération n°8 portant création d'un fond d'urgence et de solidarité communal (FUSC):

6. Aux termes de l'article 1er de l'ordonnance n°2020-317 du 25 mars 2020 portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation : " Il est institué pour une durée de trois mois un fonds de solidarité ayant pour objet le versement d'aides financières aux personnes physiques et morales de droit privé exerçant une activité économique particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation du covid-19 et des mesures prises pour en limiter la propagation. ".

7. D'une part, il ressort suffisamment des pièces du dossier, notamment du compte rendu de la séance du 4 juin 2020 portant sur la délibération n° 8 approuvant la mise en place d'un FUSC sur la commune d'Aubusson et du plan d'urgence Covid 19 pris sur son fondement, mais aussi des premières écritures en défense, que ce dispositif a été adopté sur la base de l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de Covid 19 et des mesures prises pour limiter cette propagation.

8. D'autre part, si la commune soutient qu'elle était compétente pour mettre en place un tel dispositif en application de l'article 4-1 du décret n° 2020-371 du 30 mars 2020, ainsi que le soutient Mme A, ledit article, qui élargit aux communes la possibilité d'attribuer des aides complémentaires aux entreprises domiciliées sur leur territoire en raison des conséquences de l'épidémie de Covid 19, a été instauré par un décret du 20 juin 2020, publié le lendemain et qui est donc entré en application à une date postérieure à l'adoption de la délibération contestée. Dans ces conditions, et alors que dans sa version applicable à la date du 4 juin 2020, le décret du 30 mars 2020 précité ne prévoyait pas une telle possibilité d'intervention pour les communes, la délibération n° 8 adoptée, dont la commune ne justifie pas, par les seules pièces qu'elle produit, qu'elle aurait légalement pu être prise sur la base de sa compétence en matière de soutien au commerce local, est entachée d'un défaut de base légale et ne pouvait ainsi être adoptée de façon compétente par le conseil municipal d'Aubusson. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens développés par Mme A à l'appui de la contestation de cet acte, la délibération n° 8 portant création d'un FUSC doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. L'annulation de la délibération n° 8 du 4 juin 2020 portant création d'un FUSC n'appelle pas les mesures d'injonction sollicitées par la requérante de sorte que les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de justice :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante, une quelconque somme à verser à la commune d'Aubusson. Par suite, les conclusions présentées par la commune à ce titre doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: La délibération n° 8 du 4 juin 2020 approuvant la mise en place d'un FUSC est annulée.

Article 2:Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3: Les conclusions présentées par la commune d'Aubusson sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4:Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au maire de la commune d'Aubusson.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022 où siégeaient :

- M. Gensac, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

Le rapporteur,

F. B

Le président,

P. GENSAC

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

à la préfète de la Creuse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

aj

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