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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2001097

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2001097

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2001097
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP D'AVOCATS MICHEL LABROUSSE - CELINE REGY - FRANCOIS ARMAND & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 12 août 2020 et 28 juin 2021, la SARL Tecknisols, représentée par Me Labrousse, demande au tribunal :

1°) de condamner l'office public de l'habitat (OPH) Limoges Habitat à lui verser une somme de 48 000,62 euros au titre du solde du décompte de liquidation du lot n° 7 " revêtement de sol " d'un marché de travaux portant sur la réhabilitation de quarante-huit logements de la résidence Le Château à Panazol ;

2°) de mettre à la charge de l'OPH Limoges Habitat une somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la recevabilité de la requête :

- contrairement à ce qui est indiqué en défense, sa requête ne saurait être rejetée comme irrecevable au motif que son mémoire en réclamation a été adressée au maître d'ouvrage et au maître d'œuvre plus de trente jours après réception le 18 février 2020 du décompte de liquidation ; l'acte d'engagement ne se référant pas explicitement au cahier des clauses administratives générales (CCAG) applicable aux marchés publics de travaux, le délai de trente jours prévu à l'article 50.1 de ce CCAG pour présenter son mémoire en réclamation ne lui était pas opposable ; en tout état de cause, compte tenu des prorogations de délais prévus par les articles 2 et 4 de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020, ce délai de trente jours ne peut être regardé comme ayant expiré le 19 mai 2020, date à laquelle l'OPH Limoges Habitat a reçu notification de son mémoire en réclamation.

Sur les pénalités " de retard " :

- des pénalités de retard au titre de dépassements de délais partiels doivent faire l'objet de stipulations expresses du cahier des clauses particulières, ce qui n'est pas le cas en l'espèce ;

- alors qu'elle disposait d'un délai de dix-huit mois pour réaliser les travaux prévus par le marché, soit jusqu'au 21 février 2020, l'OPH Limoges Habitat, qui a résilié ce marché à compter du 10 juillet 2019, ne saurait dès lors lui imputer quelque pénalité de retard ;

- la réalité des absences à des réunions de chantier invoquées en défense pour justifier du bien-fondé des pénalités n'est pas établie.

Sur le coût du constat d'huissier, des frais de nettoyage et du marché de substitution :

- les " malfaçons ou non conformités " reprochées par l'OPH Limoges Habitat ne font l'objet d'aucun avis technique ;

- rien ne permet de déterminer si le coût des travaux figurant sur les devis et les bons de commande concernant le marché de substitution correspondent effectivement à des malfaçons ou non conformités qui lui seraient directement imputables ;

- les devis produits portent sur des postes de travaux différents de ceux prévus par son marché ;

- l'OPH Limoges Habitat ne produit pas l'acte engagement de la société qui s'est vu attribuer le marché de substitution.

Par des mémoires en défense enregistrés les 6 octobre 2020 et 25 août 2021, l'OPH Limoges Habitat, représenté par Me Heymans, conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit mis à la charge de la SARL Tecknisols une somme de 5 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête de la SARL Tecknisols est irrecevable dès lors qu'elle a adressé son mémoire en réclamation le 19 mai 2020, soit après l'expiration du délai de trente jours à compter de la date de notification du décompte de liquidation résultant de l'article 50.1 du CCAG applicable aux marchés publics de travaux ; cette société ne saurait se prévaloir des articles 2 et 4 de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 pour soutenir que sa requête n'est pas frappée de forclusion dès lors que les prorogations de délais prévus par ces dispositions ne s'appliquent pas au délai de trente jours mentionné à l'article 50.1 de ce CCAG ;

- les pénalités appliquées à la SARL Tecknisols correspondent non pas à des pénalités de retard mais à des pénalités, prévues à l'article 5-10 du CCAP, en cas d'absence aux rendez-vous de chantier ; la société requérante s'est abstenue de participer à treize réunions de chantier qui ont été ramenées à 10 absences, ce qui a justifié l'application de pénalités de 100 euros par absence ;

- le coût d'établissement du procès-verbal de constat d'huissier, les frais de nettoyage et les coûts résultant de la passation et de l'exécution d'un marché de substitution doivent être pris en charge par la SARL Tecknisols, qui a été défaillante.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- l'ordonnance n° 2020-319 du 25 mars 2020 ;

- l'ordonnance n° 2020-427 du 15 avril 2020 ;

- le décret n° 2016-360 du 25 mars 2016 ;

- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Boschet,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,

- et les observations de Me Quevarec, pour l'OPH Limoges Habitat.

Considérant ce qui suit :

1. Par un acte d'engagement du 21 août 2018, la SARL Tecknisols s'est vu attribuer, par l'office public de l'habitat (OPH) Limoges Habitat, le lot n° 7 " revêtement de sol " d'un marché de travaux portant sur la réhabilitation de quarante-huit logements de la résidence Le Château située sur le territoire de la commune de Panazol, pour un montant de 60 950,49 euros HT, soit 67 045,54 euros TTC. Au cours de l'exécution de ce marché, un " marché similaire " d'un montant de 33 360 euros HT, soit 40 032 euros TTC, a été conclu entre les parties le 17 octobre 2018 sur le fondement de l'article 4.2.2 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) pour la réalisation de travaux de dépose et d'évacuation des revêtements de sols existants et de mise en œuvre d'un ragréage. Par un courrier du 9 juillet 2019, la directrice générale de l'OPH Limoges Habitat a informé la SARL Tecknisols de la résiliation de ces marchés pour faute du titulaire à compter du 10 juillet 2019. Le 17 juillet 2019, à raison de " travaux non réalisés dans les logements de l'avenue Pierre Guillot à Panazol ", l'OPH Limoges Habitat et la SARL Tecknisols ont convenu de porter le montant du marché initial de 60 950,49 euros HT à 56 749,74 euros HT. Après qu'une entreprise ait, dans le cadre d'un marché de substitution, procédé aux travaux rendus nécessaires pour pallier des insuffisances de la SARL Tecknisols dans la réalisation de ses prestations, l'OPH Limoges Habitat a notifié le 18 février 2020 à cette société le décompte de liquidation des deux marchés qui lui ont été attribués faisant apparaître un solde de 27 937,25 euros TTC en faveur de cette société, obtenu à la suite de la déduction d'une somme 2 234,85 euros au titre de la récupération de l'avance forfaitaire, d'une somme de 2 643,97 euros au titre de la retenue de garantie, d'une somme de 264,09 euros au titre de frais de constat d'huissier, d'une somme de 887,70 euros au titre de frais de nettoyage et d'une somme de 18 911,59 euros au titre de la passation du marché de substitution. La SARL Tecknisols a contesté ce décompte de liquidation par un mémoire en réclamation reçu le 19 mai 2020. Par cette requête, cette société demande au tribunal de condamner l'OPH Limoges Habitat à lui verser une somme de 48 000,62 euros au titre du solde de ce décompte.

Sur la recevabilité de la requête :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 13.4 du cahier des clauses administratives générales (CCAG) applicable aux marchés de travaux, dans sa version issue de l'arrêté du 8 septembre 2009 tel que modifié par l'arrêté du 3 mars 2014 : " 13.4.2. Le projet de décompte général est signé par le représentant du pouvoir adjudicateur et devient alors le décompte général. () / 13.4.3. Dans un délai de trente jours compté à partir de la date à laquelle ce décompte général lui a été notifié, le titulaire envoie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, ce décompte revêtu de sa signature, avec ou sans réserves, ou fait connaître les motifs pour lesquels il refuse de le signer. / Si la signature du décompte général est donnée sans réserve par le titulaire, il devient le décompte général et définitif du marché. La date de sa notification au pouvoir adjudicateur constitue le départ du délai de paiement. / Ce décompte lie définitivement les parties, sauf en ce qui concerne les montants des révisions de prix et des intérêts moratoires afférents au solde. / En cas de contestation sur le montant des sommes dues, le représentant du pouvoir adjudicateur règle, dans un délai de trente jours à compter de la date de réception de la notification du décompte général assorti des réserves émises par le titulaire ou de la date de réception des motifs pour lesquels le titulaire refuse de signer, les sommes admises dans le décompte final. Après résolution du désaccord, il procède, le cas échéant, au paiement d'un complément, majoré, s'il y a lieu, des intérêts moratoires, courant à compter de la date de la demande présentée par le titulaire. / Ce désaccord est réglé dans les conditions mentionnées à l'article 50 du présent CCAG ". Selon l'article 47.2 de ce CCAG : " 47.2. Décompte de liquidation : / 47.2.1. En cas de résiliation du marché, une liquidation des comptes est effectuée. Le décompte de liquidation du marché, qui se substitue au décompte général prévu à l'article 13.4.2, est arrêté par décision du représentant du pouvoir adjudicateur et notifié au titulaire ". Selon l'article 50.1 du même CCAG : " 50.1. Mémoire en réclamation : / 50.1.1. Si un différend survient entre le titulaire et le maître d'œuvre, sous la forme de réserves faites à un ordre de service ou sous toute autre forme, ou entre le titulaire et le représentant du pouvoir adjudicateur, le titulaire rédige un mémoire en réclamation. / Dans son mémoire en réclamation, le titulaire expose les motifs de son différend, indique, le cas échéant, les montants de ses réclamations et fournit les justifications nécessaires correspondant à ces montants. Il transmet son mémoire au représentant du pouvoir adjudicateur et en adresse copie au maître d'œuvre. / Si la réclamation porte sur le décompte général du marché, ce mémoire est transmis dans le délai de trente jours à compter de la notification du décompte général. / Le mémoire reprend, sous peine de forclusion, les réclamations formulées antérieurement à la notification du décompte général et qui n'ont pas fait l'objet d'un règlement définitif ".

3. Il résulte de la combinaison de ces stipulations, en l'absence de stipulation particulière relative au décompte de liquidation du marché, que, en cas de résiliation du marché, l'établissement et la contestation du décompte de liquidation, qui se substitue alors au décompte général établi dans les autres cas, sont régis par les stipulations des articles 13 et 50 du cahier des clauses administratives générales.

4. Si l'acte d'engagement signé le 21 août 2018 par la SARL Tecknisols ne fait pas explicitement mention du CCAG applicable aux marchés publics de travaux, cette société a néanmoins indiqué, dans cet acte d'engagement, accepter sans réserve " les clauses du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) et du cahier des clauses techniques particulières (CCTP) () ainsi que toute autre pièce du marché ". Or, à son article 3-1, le CCAP au marché initial, applicable au marché similaire conformément à l'article 5 du contrat conclu le 17 octobre 2018, précisait que " le CCAG approuvé par arrêté du 8 septembre 2009 " figurait au nombre des " pièces générales " du marché. Par suite, et contrairement à ce qui est soutenu par la SARL Tecknisols, les stipulations du CCAG applicable aux marchés publics de travaux, dans sa version issue de l'arrêté du 8 septembre 2009, et notamment celles de son article 50.1 relatives au délai de trente jours dans lequel le titulaire du marché doit adresser son mémoire en réclamation à compter de la date de réception du décompte, lui étaient bien opposables.

5. En second lieu, aux termes de l'article 11 de la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 : " I. - Dans les conditions prévues à l'article 38 de la Constitution, le Gouvernement est autorisé à prendre par ordonnances, dans un délai de trois mois à compter de la publication de la présente loi, toute mesure, pouvant entrer en vigueur, si nécessaire, à compter du 12 mars 2020, relevant du domaine de la loi () : 2° Afin de faire face aux conséquences, notamment de nature administrative ou juridictionnelle, de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation, toute mesure : () b) Adaptant, interrompant, suspendant ou reportant le terme des délais prévus à peine de nullité, caducité, forclusion, prescription, inopposabilité, déchéance d'un droit, fin d'un agrément ou d'une autorisation ou cessation d'une mesure, à l'exception des mesures privatives de liberté et des sanctions. Ces mesures sont rendues applicables à compter du 12 mars 2020 et ne peuvent excéder de plus de trois mois la fin des mesures de police administrative prises par le Gouvernement pour ralentir la propagation de l'épidémie de covid-19 ; () ". Selon l'article 2 de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 : " Tout acte, recours, action en justice, formalité, inscription, déclaration, notification ou publication prescrit par la loi ou le règlement à peine de nullité, sanction, caducité, forclusion, prescription, inopposabilité, irrecevabilité, péremption, désistement d'office, application d'un régime particulier, non avenu ou déchéance d'un droit quelconque et qui aurait dû être accompli pendant la période mentionnée à l'article 1er sera réputé avoir été fait à temps s'il a été effectué dans un délai qui ne peut excéder, à compter de la fin de cette période, le délai légalement imparti pour agir, dans la limite de deux mois ". Aux termes de l'article 4 de cette ordonnance : " Les astreintes, les clauses pénales, les clauses résolutoires ainsi que les clauses prévoyant une déchéance, lorsqu'elles ont pour objet de sanctionner l'inexécution d'une obligation dans un délai déterminé, sont réputées n'avoir pas pris cours ou produit effet, si ce délai a expiré pendant la période définie au I de l'article 1er. / Si le débiteur n'a pas exécuté son obligation, la date à laquelle ces astreintes prennent cours et ces clauses produisent leurs effets est reportée d'une durée, calculée après la fin de cette période, égale au temps écoulé entre, d'une part, le 12 mars 2020 ou, si elle est plus tardive, la date à laquelle l'obligation est née et, d'autre part, la date à laquelle elle aurait dû être exécutée. / La date à laquelle ces astreintes prennent cours et ces clauses prennent effet, lorsqu'elles ont pour objet de sanctionner l'inexécution d'une obligation, autre que de sommes d'argent, dans un délai déterminé expirant après la période définie au I de l'article 1er, est reportée d'une durée égale au temps écoulé entre, d'une part, le 12 mars 2020 ou, si elle est plus tardive, la date à laquelle l'obligation est née et, d'autre part, la fin de cette période. / Le cours des astreintes et l'application des clauses pénales qui ont pris effet avant le 12 mars 2020 sont suspendus pendant la période définie au I de l'article 1er ".

6. D'une part, bien qu'approuvé par voie réglementaire, le CCAG applicable aux marchés publics de travaux, intégré aux pièces des marchés en litige, constitue non un acte réglementaire mais un document contractuel de ces marchés. Par suite, le délai de trente jours prévu à l'article 50.1 du CCAG applicable aux marchés publics de travaux dans lequel la SARL Tecknisols devait adresser son mémoire en réclamation ne peut être regardé comme ayant été prorogé par l'effet des dispositions de l'article 2 de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 qui concernent seulement les actes, recours, actions en justice, formalités, inscriptions, déclarations, notifications ou publications prescrits par " la loi ou le règlement ".

7. Cependant, d'autre part, les stipulations de l'article 50.1 du CCAG applicable aux marchés publics de travaux, qui posent une obligation pour le titulaire d'un marché, avant de pouvoir saisir le juge du contrat d'une action tendant à la contestation du solde du décompte, d'avoir adressé un mémoire en réclamation au maître d'ouvrage et au maître d'œuvre dans un délai de trente jours suivant la date de notification de ce décompte sous peine d'une perte de son droit d'agir en justice, doivent être regardées comme une clause prévoyant une déchéance ayant pour objet de sanctionner l'inexécution d'une obligation dans un délai déterminé au sens des dispositions de l'article 4 de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020. Dès lors, en application de ces dispositions qui ont suspendu du 12 mars au 23 juin 2020 le délai de trente jours dans lequel la SARL Tecknisols devait adresser son mémoire en réclamation à compter du 18 février 2020, la fin de non-recevoir soulevée par l'OPH Limoges Habitat tirée de ce que le mémoire en réclamation de cette société lui aurait été tardivement été adressée le 19 mai 2020 doit être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :

En ce qui concerne les pénalités :

8. Selon l'article 5-10 du CCAP : " En cas d'absence aux rendez-vous de chantier () et à toute réunion provoquée par la maîtrise d'œuvre, une pénalité de 100 euros sera appliquée à tout entrepreneur dûment convoqué ".

9. Il résulte de l'instruction que la SARL Tecknisols s'est vu appliquer une pénalité d'un montant de 1 000 euros non pas au motif d'un retard dans l'exécution de ses prestations mais en raison d'au moins dix absences à des réunions de chantier sur le fondement de l'article 5-10 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP). A cet égard, l'OPH Limoges Habitat fait valoir sans être contredit que si la pénalité de 1 000 euros qui a été appliquée à la SARL Tecknisols correspond à dix absences à des réunions de chantier, cette dernière ne s'est en réalité pas présentée à treize réunions de chantier. Si la SARL Tecknisols soutient que le compte rendu de la réunion de chantier du 13 mai 2019 ne permet pas d'établir qu'elle a été convoquée à cette réunion, elle ne conteste pas qu'aucun de ses représentants n'était présent aux douze autres réunions évoquée en défense et qu'elle n'aurait pas été convoquée à ces douze réunions. Par suite, en l'état, la pénalité de 1 000 euros qui a été appliquée à la SARL Tecknisols en raison de son absence à au moins dix réunions de chantier doit être regardée comme fondée.

En ce qui concerne le coût d'établissement du procès-verbal de constat d'huissier :

10. Aux termes de l'article 48 du CCAG applicable aux marchés publics de travaux, dans sa version applicable au litige : " 48.3. Pour assurer la poursuite des travaux, en lieu et place du titulaire, il est procédé, le titulaire étant présent ou ayant été dûment convoqué, à la constatation des travaux exécutés et des approvisionnements existants ainsi qu'à l'inventaire descriptif du matériel du titulaire et à la remise à celui-ci de la partie de ce matériel qui n'est pas utile à l'achèvement des travaux. () / 48.4. En cas de résiliation aux frais et risques du titulaire, les mesures prises en application de l'article 48.3 sont à la charge de celui-ci ".

11. En application des stipulations citées au point précédent, il appartenait bien à la SARL Tecknisols, dont les marchés ont été résiliés aux frais et risques du titulaire, de prendre en charge le coût d'établissement du procès-verbal de constat des ouvrages réalisés dressé par huissier de justice, pour un montant de 264,09 euros TTC.

En ce qui concerne les frais de nettoyage et le marché de substitution :

S'agissant des frais de nettoyage de l'escalier commun du bâtiment situé au 3 avenue Pierre Guillot :

12. Le décompte de liquidation comporte la déduction d'une somme de 887,70 euros TTC qui correspond à des frais de nettoyage de l'ensemble de l'escalier commun d'un bâtiment situé au 3 avenue Pierre Guillot à Panazol rendus nécessaires après que, malgré des mises en demeure adressées par le maître d'œuvre, la SARL Tecknisols n'a pas assuré le nettoyage de cet escalier à la suite de la réalisation de certains de ses travaux. Il résulte de l'instruction, notamment des pièces des marchés et du procès-verbal de constat d'huissier produit en défense, que ces travaux de nettoyage étaient indispensables eu égard en particulier à la présence de poussières et coulures dans cet escalier, et qu'ils incombaient bien à la SARL Tecknisols qui ne les a pas effectués. Par suite, quand bien même seul le devis de 887,70 euros établi par la SAS Parneix qui a réalisé ces travaux de nettoyage est versé au dossier, la SARL Tecknisols, qui n'entend d'ailleurs pas mettre en cause l'évaluation du prix de cette prestation de nettoyage, n'est pas fondée à contester la déduction de cette somme au décompte de liquidation.

S'agissant du coût de passation et d'exécution d'un marché de substitution :

13. Il résulte des règles générales applicables aux contrats administratifs que l'administration contractante peut, après avoir vainement mis en demeure son cocontractant de poursuivre l'exécution des prestations qu'il s'est engagé à réaliser conformément aux stipulations du contrat, décider de confier l'achèvement des prestations à une autre entreprise aux frais et risques de son cocontractant. Le cocontractant défaillant doit être mis à même de suivre l'exécution du marché de substitution ainsi conclu afin de lui permettre de veiller à la sauvegarde de ses intérêts, les montants découlant des surcoûts supportés par l'administration en raison de l'achèvement des prestations par un nouvel entrepreneur étant à sa charge. A cet effet, si l'administration doit dans tous les cas notifier le marché de substitution au titulaire du marché résilié, elle n'est tenue de lui communiquer les pièces justifiant de la réalité des prestations effectuées en exécution du nouveau contrat qu'à la condition d'être saisie d'une demande en ce sens.

14. Si l'OPH Limoges Habitat a, en pièces jointes d'un courrier du 19 septembre 2019, adressé à la SARL Tecknisols le devis d'un montant de 18 911,59 euros TTC de la SAS Parneix qui s'est vu attribuer le marché de substitution ainsi que le bon de commande établi le 2 septembre 2019 correspondant aux travaux mentionnés dans ce devis, il ne résulte pas de l'instruction que le pouvoir adjudicateur aurait, conformément à ce qui a été indiqué au point 13, notifié à la société requérante les différentes pièces du marché de substitution, et notamment un acte d'engagement qui aurait été conclu avec la SAS Parneix. Pour ce motif, la SARL Tecknisols est fondée à soutenir que c'est à tort que, pour la détermination du solde des marchés dont elle était titulaire, l'OPH Limoges Habitat a déduit cette somme de 18 911,59 euros TTC correspondant au coût de passation et d'exécution du marché de substitution.

15. Il résulte de ce qui précède que la SARL Tecknisols est seulement fondée à demander à ce que le solde de ses marchés, fixé à 27 937,25 euros TTC, soit porté à 46 848,84 euros TTC.

Sur les frais liés au litige :

16. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

17. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la SARL Tecknisols et par l'OPH Limoges Habitat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le solde des marchés conclus entre l'OPH Limoges Habitat et la SARL Tecknisols est porté à 46 848,84 (quarante six mille huit cents quarante-huit euros et quatre-vingt-quatre centimes) euros TTC. Cette somme est mise à la charge de l'OPH Limoges Habitat.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Tecknisols et à l'OPH Limoges Habitat.

Délibéré après l'audience du 9 mai 2023 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.

Le rapporteur,

J.B. BOSCHET

Le président,

D. ARTUS

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

mf

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