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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2001109

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2001109

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2001109
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCHAGNAUD CHABAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires et des pièces, enregistrés le 12 août 2020, le 23 mars 2021, le 29 septembre 2021, le 20 novembre 2021, le 14 février 2022 (non communiqué), le 1er mars 2023, le 27 mars 2023, le 28 avril 2023 et le 11 août 2023, M. C B, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le maire de la commune de Dournazac sur la demande adressée le 7 juin 2020, tendant à ce qu'il mette en œuvre ses pouvoirs de police pour faire cesser les rejets d'effluents d'ensilage au lieu-dit Vialebesoin sur le territoire de la commune ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de mettre en œuvre ses pouvoirs de police pour faire appliquer la réglementation en matière d'environnement, de chemins ruraux et de réglementation sanitaire afin de faire cesser ces rejets d'effluents dans un délai que le tribunal fixera, sous astreinte de 150 euros par jour de retard.

Il soutient que :

- par un courrier du 7 juin 2020, il a saisi le maire de la commune afin de faire cesser plusieurs dysfonctionnements liés à la présence de jus d'ensilage sur des portions de chemin rural, en sollicitant son intervention pour assurer le respect des règles du code rural et de la pêche maritime, du code de l'environnement et du règlement sanitaire départemental de la Haute-Vienne ;

- si l'élevage de canards a cessé, ainsi que l'exploitation des ruches, l'exploitation et le stockage d'ensilage sans protection perdurent, laissant s'échapper des jus qui se déversent sur le chemin rural puis dans un ruisseau à quelques mètres en aval ; ces rejets d'effluents constituent l'essentiel de sa requête ; ils sont déversés directement dans le milieu naturel avec toutes les conséquences environnementales que cela peut induire ;

- les éléments produits permettent de démontrer : l'existence de rejets de jus d'ensilage en provenance des silos, l'absence d'évacuation des jus, l'absence de séparation des eaux pluviales et de ces jus, l'absence de caniveaux ou de canalisation régulièrement entretenus et étanches en violation de l'article 156 du règlement sanitaire départemental de la Haute-Vienne, la présence d'écoulement de jus d'ensilage dans une zone humide en méconnaissance de l'article 157-2 du règlement sanitaire, et le non-respect de l'article 157-1 du même règlement ;

- une tranchée a été effectuée afin d'installer une canalisation en méconnaissance de l'article D. 161-15 du code rural et de la pêche maritime ; des dépôts de remblais ont également été effectués afin de surélever l'emprise du chemin rural ; les rejets constatés caractérisent une méconnaissance de l'article D. 161-14, alinéas 7 et 12 ;

- les faits dénoncés méconnaissent également le code de l'environnement.

Par des mémoires en défense et des pièces, enregistrés le 3 novembre 2021, le 8 février 2022, et le 13 avril 2023, la commune de Dournazac, représentée par la Selarl Chagnaud Chabaud et Lagrange, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les allégations de M. B sont fantaisistes ;

- M. B n'apporte pas la démonstration des faits qu'il dénonce, en particulier s'agissant des rejets d'effluents ;

- la commune a fait exécuter les travaux objets de la médiation ;

- une visite de la sous-préfète de Rochechouart a été organisée au mois de septembre 2022 ; le compte rendu de visite confirme l'absence d'entrave à l'accès au chemin rural litigieux.

Par ordonnance du 8 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 13 novembre 2023 à 17h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique à laquelle la commune de Dournazac n'était pas présente ou représentée :

- le rapport de Mme Gaullier-Chatagner

- les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique,

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est propriétaire sur le territoire de la commune de Dournazac (Haute-Vienne), au lieu-dit Vialebesoin, de plusieurs parcelles qui sont desservies par trois sections de chemin rural prenant leur origine entre les parcelles cadastrées n° 1062 et n° 1063, entre les parcelles n° 1559 et n° 1256 et entre les parcelles cadastrées n° 1393, n° 1278 et n° 1391. Par un jugement du 14 décembre 2017, le tribunal administratif de Limoges a, d'une part, annulé la décision implicite en date du 20 juillet 2015 par laquelle le maire de la commune de Dournazac avait refusé de faire usage de ses pouvoirs de police en vue de faire cesser les entraves à la libre circulation sur ces trois sections de chemin ruraux du lieu-dit Vialebesoin et, d'autre part, enjoint au maire de mettre en œuvre ses pouvoirs de police dans le but de faire cesser lesdites entraves. Par une ordonnance du 11 juin 2018 la cour administrative d'appel de Bordeaux a rejeté l'appel formé par la commune de Dournazac contre ce jugement. Par un arrêt du 15 mars 2021, la cour a prononcé une astreinte à l'encontre de la commune de Dournazac s'il n'était pas justifié, dans les quatre mois suivant la notification dudit arrêt, de l'exécution du jugement précité du 14 décembre 2017. Par un arrêt du 2 juin 2022, la cour a constaté que les entraves à la circulation n'avaient toujours pas cessé et a, en conséquence, condamné la commune de Dournazac à verser à M. B la somme de 16 050 euros au titre de la liquidation de l'astreinte prononcée par l'arrêt du 15 mars 2021. La cour a également prononcé une astreinte de 100 euros par jour de retard à la charge de la commune de Dournazac, se substituant à l'astreinte précédemment prononcée, si cette commune ne justifiait pas, dans un délai d'un mois à compter de la notification de cet arrêt, avoir fait le nécessaire pour assurer la libre circulation sur les chemins ruraux précédemment visés. Par un arrêt du 4 juillet 2023, la cour administrative d'appel de Bordeaux a jugé que les actions entreprises par la commune de Dournazac avaient permis de réduire significativement les entraves à la circulation sur les chemins ruraux concernés et, pour un chemin, de les supprimer. Toutefois, la cour a jugé que la commune ne justifiait ni même ne soutenait avoir mis en œuvre ses pouvoirs de police afin de supprimer complètement les entraves à la circulation constituées par l'arbuste empiétant sur la portion de chemin rural longeant la parcelle n° 1256 et par l'excavation présente sur le chemin compris entre les parcelles n° 1063 et n° 1062. La cour a donc liquidé l'astreinte à une somme de 3 000 euros pour la période allant du 10 juillet 2022 au 4 juillet 2023.

Sur l'étendue du litige :

2. Bien que M. B fasse état à plusieurs reprises des procédures juridictionnelles introduites antérieurement, ainsi que d'un retard dans leur exécution, ses conclusions doivent être regardées comme distinctes de celles présentées dans le cadre des instances visées au point 1, qui tendent à la suppression des entraves à la libre circulation sur les portions de chemin précédemment visées, dès lors qu'elle visent à annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le maire de la commune de Dournazac sur la demande qu'il lui a adressée le 7 juin 2020, tendant à ce qu'il mette en œuvre ses pouvoirs de police, sur le fondement du code rural et de la pêche maritime, du code de l'environnement et du règlement départemental sanitaire de la Haute-Vienne pour faire cesser les rejets d'effluents au lieu-dit Vialebesoin sur le territoire de la commune.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur l'existence " d'effluents d'ensilage " :

3. En premier lieu, M. B fait état de la présence, au lieu-dit Vialebesoin sur le territoire de la commune de Dournazac, de silos d'ensilage, en lien avec l'élevage du Gaec Patry, donnant lieu à des rejets et présentant plusieurs irrégularités que le maire de la commune aurait refusé de faire cesser. Il ressort des pièces du dossier, plus particulièrement d'un courrier du 13 décembre 2022 de la sous-préfète de Rochechouart, que le site d'élevage du Gaec Patry ne relève plus de la législation relative aux installations classées mais du règlement sanitaire départemental, ce qui a été acté par un arrêté préfectoral du 17 novembre 2015. Selon le même courrier, un rapport d'inspection a été établi à l'issue d'une visite conjointe des services de la direction départementale de la cohésion sociale et de la protection de la population (DDCSPP) et de la direction départementale des territoires (DDT) intervenue le 2 septembre 2015, durant laquelle les faits de pollution d'un ruisseau, dont le requérant s'était plaint, n'ont pas été constatés. Toutefois, M. B produit, à l'appui de son argumentation, un procès-verbal de constat intervenu le 23 mai 2018, accompagné de photographies, lequel fait expressément état à propos d'un chemin situé entre les parcelles n° 1393 et 1278 de la " présence d'importants effluents d'ensilage sur le pourtour du silo, avec écoulements en direction du ruisseau situé en aval ". En outre, les photographies intégrées au mémoire produit par M. B le 1er mars 2023, sur lesquelles est par ailleurs visible un journal daté du 27 janvier 2023, font apparaître qu'un ruissellement noirâtre s'écoule de l'aire de stockage en litige. Ces photographies, bien que postérieures à la décision attaquée, viennent corroborer la présence des jus d'ensilage déjà constatée au mois de mai 2018. Si la commune de Dournazac produit, quant à elle, un constat d'huissier réalisé le 28 octobre 2021, indiquant, à propos du chemin existant entre les parcelles 1393 et 1278 que " le chemin, placé légèrement en contrebas de la parcelle 1393, ne porte pas la trace d'effluents provenant de l'aire de stockage de l'ensilage ", ce seul constat, du fait de son caractère isolé, ne suffit pas à remettre en cause les éléments précités démontrant une atteinte à l'intégrité du site, constatée à plusieurs reprises, et qui témoignent de la présence récurrente, quoique non permanente, des jus d'ensilage faisant l'objet du présent litige. Par suite, les pièces du dossier, prises dans leur ensemble, attestent de la présence récurrente des " jus d'ensilage " invoquée par le requérant.

Sur la mise en œuvre par le maire de ses pouvoirs de police :

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'État dans le département, de la police municipale, de la police rurale et de l'exécution des actes de l'Etat qui y sont relatifs ". Aux termes de l'article L. 2212-2 du même code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. () ". Le maire est compétent dans l'exercice de son pouvoir de police générale pour adresser à un exploitant une mise en demeure de se conformer au règlement sanitaire départemental. D'autre part, aux termes de l'article 156 du règlement sanitaire départemental de la Haute-Vienne : " Les urines et déjections recueillies sous forme de lisiers, les jus d'ensilage, et eaux de lavage sont évacués vers des ouvrages de stockage ou de traitement, implantés suivant les conditions prévues à l'article 155-1 concernant les dépôts de fumier. / Si l'ouvrage de stockage est destiné exclusivement à recevoir des jus d'ensilage, la distance d'implantation vis-à-vis des tiers peut être ramenée à 25 mètres. / () Tout écoulement du contenu de ces ouvrages dans les ouvrages d'évacuation d'eaux pluviales, sur la voie publique, dans les cours d'eau ainsi que dans tout autre point d'eau (source, mare, lagune, carrière, ) abandonné ou non et ainsi que sur la propriété des tiers (sauf accord écrit de ces derniers), est interdit ".

5. Ainsi qu'il a été précédemment indiqué, il ressort des pièces du dossier, en particulier du courrier du 13 décembre 2022 adressé par la sous-préfète de Rochechouart au maire de la commune de Dournazac, que l'élevage du Gaec Patry ne relève plus, depuis l'année 2015, du régime des installations classées. Les règles énoncées par le règlement sanitaire départemental de la Haute-Vienne précitées, relatives à l'évacuation et au stockage des purins, lisiers, jus d'ensilage et eaux de lavage des logements d'animaux et de leurs annexes sont donc opposables à l'aire de stockage de fourrage située au lieu-dit Vialebesoin, laquelle est composée, au vu des différentes photographies produites par les parties, d'un tunnel de stockage, ainsi que d'une seconde zone de stockage recouverte par une bâche contenue par des pneus. Ainsi que cela résulte des motifs développés au point 3 du présent jugement, les photographies produites et le constat d'huissier réalisé au mois de mai 2018 attestent de la présence, au sol, autour de cette aire de stockage, de jus d'ensilage, dont il ne résulte pas de l'instruction qu'il ferait l'objet d'une quelconque évacuation vers un ouvrage de stockage ou de traitement. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens invoqués par M. B sur le fondement du règlement sanitaire départemental, le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision implicite de refus opposée par le maire de la commune de Dournazac à sa demande tendant à ce qu'il mette en œuvre ses pouvoirs de police pour faire cesser les rejets d'effluents d'élevage au lieu-dit Vialebesoin.

6. En troisième lieu, d'une part, si M. B fait état de l'existence d'une canalisation, dont l'emplacement n'est pas clairement établi, qui aurait été implantée sans autorisation pour y faire passer un cours d'eau, en méconnaissance des dispositions du code rural et de la pêche maritime, ces allégations ne sont pas assorties de précisions permettant d'apprécier le lien de cette canalisation avec les rejets d'effluents en litige, alors que l'objet du litige n'est pas la suppression de cette canalisation, ni la mise en œuvre des pouvoirs de police du maire en raison de l'implantation de la plate-forme d'ensilage présente au lieu-dit Vialebesoin, mais la mise en œuvre par le maire de ses pouvoirs de police afin de faire cesser la présence d'effluents. D'autre part, les effluents d'ensilage n'entrent pas dans le champ des dispositions du 7° de l'article D. 161-14 du code rural qui visent le rejet d'" eaux insalubres ou susceptibles de causer des dégradations ". Par suite, les moyens tirés d'une méconnaissance des dispositions des articles D. 161-14 et D. 161-15 du code rural et de la pêche maritime doivent être écartés.

7. En quatrième lieu, d'une part, si M. B soutient que " concernant les rejets de jus d'ensilage, le code de l'environnement est également cité dans la procédure ", en faisant état de la nocivité des jus d'ensilage pour le milieu aquatique, les éléments qu'il produit ne suffisent pas à démontrer une éventuelle atteinte aux dispositions relatives à la législation sur l'eau et les milieux aquatiques. D'autre part, si le requérant affirme que les dispositions de l'article L. 541-2 du code de l'environnement ne sont pas respectées, ce moyen n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il en résulte que les conclusions de M. B tendant à ce que le maire mette en œuvre les pouvoirs qu'il détient du code de l'environnement pour faire cesser les rejets d'effluents en litige doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Au vu des motifs d'annulation de la décision en litige développés au point 5 du présent jugement, son exécution implique nécessairement que le maire de la commune de Dournazac fasse usage de ses pouvoirs de police pour faire cesser la méconnaissance des dispositions du règlement sanitaire départemental de la Haute-Vienne résultant de la présence de jus d'ensilage en lien avec l'aire de stockage de fourrage située au lieu-dit Vialebesoin. Il y a lieu, par suite, de lui enjoindre de le faire dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante, la somme d'argent que demande la commune de Dournazac sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er: La décision implicite de rejet née du silence gardé par le maire de la commune de Dournazac sur la demande qui lui a été adressée le 7 juin 2020 par M. B, tendant à ce qu'il mette en œuvre ses pouvoirs de police pour faire cesser les rejets de jus d'ensilage au lieu-dit Vialebesoin sur le territoire de la commune, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Dournazac de prescrire toute mesure propre à faire cesser la méconnaissance des dispositions du règlement sanitaire départemental de la Haute-Vienne résultant de la présence d'effluents en lien avec l'aire de stockage de fourrage située au lieu-dit Vialebesoin, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3:Le surplus des conclusions de la requête présentée par M. B est rejeté.

Article 4 : Les conclusions de la commune de Dournazac présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5:Le présent jugement sera notifié à M. C B, à la commune de Dournazac et au Gaec Patry. Une copie du jugement sera adressée au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.

La rapporteure,

N. GAULLIER-CHATAGNER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef,

La Greffière

M. A

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