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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2001168

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2001168

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2001168
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDAURIAC - PAULIAT-DEFAYE BOUCHERLE-MAGNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 août 2020 et un mémoire enregistré le 20 septembre 2022, M. B D, représenté par Me Pauliat-Defaye demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 juin 2020 par laquelle le département de la Haute- Vienne a rejeté sa demande préalable tendant à l'indemnisation de jours de congés non pris au titre des années 2014 et 2015 ;

2°) de condamner cette collectivité à lui verser une indemnité correspondant à 60 jours de congés payés au titre de ces jours de congés non pris ;

3°) de mettre à la charge du département de la Haute-Vienne la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a été dans l'incapacité de prendre ses congés annuels au titre des années 2014 et 2015 du fait de son arrêt maladie ;

- il pouvait bénéficier du report de ces jours non pris pendant une période de 15 mois au terme de chacune de ces deux années en vertu de l'article 7 de la directive 2003/88/CE du 4 novembre 2003 ;

- il a été placé en disponibilité d'office à compter du 10 juin 2015 de sorte qu'il n'a pu exercer son droit au report de ses congés non pris au titre de 2014 et 2015 ;

- la relation de travail avec le département avait pris fin dès le 10 juin 2015 et son placement en disponibilité d'office ;

- il a droit au versement d'une indemnité correspondant à 60 jours de congés payés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mai 2021, le département de la Haute- Vienne conclut au rejet de la requête :

Il fait valoir que la requête de M. D est irrecevable à défaut d'être motivée, à titre subsidiaire que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté par le département a été enregistré le 18 octobre 2022 sans être communiqué.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la directive 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003, ensemble les arrêts C-350/06 et C-520/06 du 20 janvier 2009 de la Cour de justice de l'Union européenne, C-214/10 du 22 novembre 2011 de la Cour de justice de l'Union européenne, C-337/10 du 3 mai 2012 de la Cour de justice de l'Union européenne, C-619/16 du 6 novembre 2018 de la Cour de justice de l'Union européenne ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 85-1250 du 26 novembre 1985 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.

- les observations de Me Mons-Bariaud, représentant M. D et de Mme C pour le département de la Haute-Vienne.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, adjoint technique principal, affecté depuis le 1er janvier 2008 au département de la Haute-Vienne a été placé en congé de maladie ordinaire du 6 juin 2014 au 9 juin 2015. A compter du 10 juin 2015, il a été placé en disponibilité d'office, position qu'il a conservée jusqu'au 29 février 2020, date à laquelle il a été admis à faire valoir ses droits à la retraite au titre de l'invalidité non imputable au service à partir du 1er mars suivant. Par une décision du 31 décembre 2019, confirmée par une décision du 26 juin 2020, le président du département a rejeté sa demande tendant à l'indemnisation de ses jours de congés non pris au titre des années 2014 et 2015. M. D doit être regardée comme demandant l'annulation de ces deux décisions et la condamnation du département de la Haute-Vienne à lui verser une somme correspondant à 60 jours de congés payés au titre de ces deux années.

2. Aux termes de l'article 7 de la directive 2003/88/CE du 4 novembre 2003 : " 1. Les Etats membres prennent les mesures nécessaires pour que tout travailleur bénéficie d'un congé annuel payé d'au moins quatre semaines, conformément aux conditions d'obtention et d'octroi prévues par les législations et/ou pratiques nationales. / 2. La période minimale de congé annuel payé ne peut être remplacée par une indemnité financière, sauf en cas de fin de relation de travail ". Selon la jurisprudence de la cour de justice de l'union européenne, ces dispositions font obstacle à ce que le droit au congé annuel payé qu'un travailleur n'a pas pu exercer pendant une certaine période parce qu'il était placé en congé de maladie pendant tout ou partie de cette période s'éteigne à l'expiration de celle-ci. Le droit au report des congés annuels non exercés pour ce motif n'est toutefois pas illimité dans le temps. Si, selon la Cour, la durée de la période de report doit dépasser substantiellement celle de la période au cours de laquelle le droit peut être exercé, pour permettre à l'agent d'exercer effectivement son droit à congé sans perturber le fonctionnement du service, la finalité même du droit au congé annuel payé, qui est de bénéficier d'un temps de repos ainsi que d'un temps de détente et de loisirs, s'oppose à ce qu'un travailleur en incapacité de travail durant plusieurs années consécutives, puisse avoir le droit de cumuler de manière illimitée des droits au congé annuel payé acquis durant cette période.

3. Par ailleurs, aux termes de l'article 1er du décret du 26 novembre 1985 relatif aux congés annuels des fonctionnaires territoriaux visé ci-dessus : " Tout fonctionnaire territorial en activité a droit, dans les conditions et sous les réserves précisées aux articles ci-après, pour une année de service accompli du 1er janvier au 31 décembre, à un congé annuel d'une durée égale à cinq fois ses obligations hebdomadaires de service. Cette durée est appréciée en nombre de jours effectivement ouvrés. () ". Aux termes de l'article 5 du même décret : " () le congé dû pour une année de service accompli ne peut se reporter sur l'année suivante, sauf autorisation exceptionnelle donnée par l'autorité territoriale. / Un congé non pris ne donne lieu à aucune indemnité compensatrice ". Ces dispositions réglementaires, qui ne prévoient le report des congés non pris au cours d'une année de service qu'à titre exceptionnel, sans réserver le cas des agents qui ont été dans l'impossibilité de prendre leurs congés annuels en raison d'un congé de maladie, sont, dans cette mesure, incompatibles avec les dispositions de l'article 7 de la directive citée au point 2 et, par suite, illégales. En revanche, ces mêmes dispositions permettent en principe à l'autorité territoriale de rejeter une demande de report des jours de congés annuels non pris par un fonctionnaire territorial en raison d'un congé de maladie lorsque cette demande est présentée au-delà d'une période de quinze mois qui suit l'année au titre de laquelle les droits à congé annuels ont été ouverts. La cour de justice de l'union européenne a en effet jugé, dans son arrêt C-214/10 du 22 novembre 2011, qu'une telle durée de quinze mois, substantiellement supérieure à la durée de la période annuelle au cours de laquelle le droit peut être exercé, est compatible avec les dispositions de l'article 7 de la directive. Toutefois ce droit au report s'exerce, en l'absence de dispositions, sur ce point également, dans le droit national, dans la limite de quatre semaines prévue par cet article 7. Par ailleurs, le droit à l'indemnité financière de remplacement des congés annuels non pris doit s'apprécier à la date de la fin de la relation de travail mentionnée par l'article 7 de la directive 2003/88/CE du parlement européen et du conseil du 4 novembre 2003.

4. D'une part, contrairement à ce que soutient le requérant, la fin de sa relation de travail avec le département au sens donné à cette notion par l'article 7 de la directive 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003 n'est pas intervenue le 10 juin 2015, date à laquelle il a été placé en disponibilité d'office mais le 1er mars 2020, date à laquelle a pris effet l'arrêté du 21 février précédent le plaçant en retraite pour invalidité non imputable au service.

5. D'autre part, et tout d'abord, il est constant que du fait de son placement en congé de maladie du 6 juin 2014 au 9 juin 2015, M. D a été empêché d'exercer son droit au bénéfice de congés annuels au titre de cette période. Il résulte ensuite de ce qui a été dit aux points 2 et 3 que la période de report des congés non pris cumulés par M. D courait respectivement jusqu'au 1er avril 2016 pour les congés non pris en 2014 et au 1er avril 2017 pour ceux correspondant à l'année 2015. Ainsi, à la date du 1er mars 2020, et même à la date du 5 décembre 2019 à laquelle l'intéressé a présenté pour la première fois une demande d'indemnisation de ses congés annuels non pris, ses droits acquis au titre des années 2014 et 2015 étaient définitivement perdus et ne pouvaient ainsi être indemnisés. Dans ces conditions, et alors que la période pendant laquelle M. D a été placé en disponibilité d'office n'a pas eu pour effet de suspendre la période de 15 mois mentionnée au point 3, c'est à bon droit que le département de la Haute-Vienne a refusé par ses décisions du 31 décembre 2019 et du 26 juin 2020 de faire droit à la demande d'indemnisation présentée par le requérant au titre de ses congés non pris en 2014 et 2015. Le moyen tiré du non-respect des principes fixés par les stipulations précitées de la directive 2003/88/CE doit donc être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non- recevoir opposée en défense que les conclusions aux fins d'annulation et par suite les conclusions indemnitaires présentées par M. D doivent être rejetées. Il y a également lieu de rejeter les conclusions présentées par le requérant sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. D est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. B D et au département de la Haute- Vienne.

Délibéré après l'audience du 4 novembre 2022 où siégeaient :

- M. Gensac, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

Le rapporteur,

F. A

Le président,

P. GENSAC

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

2

aj

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