jeudi 28 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2001226 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | ARCO-LEGAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 septembre 2020, M. B et Mme F demandent au tribunal d'annuler l'arrêté interministériel du 7 juillet 2020 en tant qu'il refuse de reconnaître l'état de catastrophe naturelle sur le territoire de la commune de Saint-Florentin, au titre des dommages causés par les mouvements de terrain différentiels consécutifs aux phénomènes de sécheresse et de réhydratation des sols intervenus au cours de la période courant du 1er janvier 2019 au 31 décembre 2019.
Ils soutiennent que l'arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que leurs deux bâtiments endommagés sont implantés à sept et quarante-cinq mètres de la commune de Guilly qui a été reconnue comme sinistrée et se situent dans une zone classée en aléa fort.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2022, le ministre de l'intérieur, représenté par la Selas Arco-Légal, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. B et de Mme F au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B et Mme F ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des assurances ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée :
- le rapport de M. Christophe,
- les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B et Mme F, résidant sur le territoire de la commune de Saint-Florentin au lieu-dit " Les Foucaults ", ont constaté des fissures importantes sur leurs bâtiments qu'ils imputent à la sécheresse de l'été 2019. L'arrêté interministériel du 7 juillet 2020 a refusé de reconnaître l'état de catastrophe naturelle sur le territoire de cette commune, au titre des dommages causés par les mouvements de terrain différentiels consécutifs aux phénomènes de sécheresse et de réhydratation des sols intervenus au cours de la période du 1er janvier 2019 au 31 décembre 2019.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 1er de la loi du 13 juillet 1982 relative à l'indemnisation des victimes de catastrophes naturelles : " () Sont considérés comme les effets des catastrophes naturelles, au sens de la présente loi, les dommages matériels directs ayant eu pour cause déterminante l'intensité anormale d'un agent naturel, lorsque les mesures habituelles à prendre pour prévenir ces dommages n'ont pu empêcher leur survenance ou n'ont pu être prises. L'état de catastrophe naturelle est constaté par arrêté interministériel. ". Aux termes de l'article L. 125-1 du code des assurances : " Les contrats d'assurance, souscrits par toute personne physique ou morale autre que l'État et garantissant les dommages d'incendie ou tous autres dommages à des biens situés en France, ainsi que les dommages aux corps de véhicules terrestres à moteur, ouvrent droit à la garantie de l'assuré contre les effets des catastrophes naturelles, dont ceux des affaissements de terrain dus à des cavités souterraines et à des marnières sur les biens faisant l'objet de tels contrats. / En outre, si l'assuré est couvert contre les pertes d'exploitation, cette garantie est étendue aux effets des catastrophes naturelles, dans les conditions prévues au contrat correspondant. / Sont considérés comme les effets des catastrophes naturelles, au sens du présent chapitre, les dommages matériels directs non assurables ayant eu pour cause déterminante l'intensité anormale d'un agent naturel, lorsque les mesures habituelles à prendre pour prévenir ces dommages n'ont pu empêcher leur survenance ou n'ont pu être prises. / L'état de catastrophe naturelle est constaté par arrêté interministériel qui détermine les zones et les périodes où s'est située la catastrophe ainsi que la nature des dommages résultant de celle-ci couverts par la garantie visée au premier alinéa du présent article. Cet arrêté précise, pour chaque commune ayant demandé la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, la décision des ministres. Cette décision est ensuite notifiée à chaque commune concernée par le représentant de l'État dans le département, assortie d'une motivation. ( ) ".
3. Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu confier aux ministres concernés la compétence pour se prononcer sur les demandes des communes tendant à la reconnaissance sur leur territoire de l'état de catastrophe naturelle. Il leur appartient, à cet effet, d'apprécier l'intensité et l'anormalité des agents naturels en cause sur le territoire des communes concernées. Ils peuvent légalement, même en l'absence de dispositions législatives ou réglementaires le prévoyant, s'entourer, avant de prendre les décisions relevant de leurs attributions, des avis qu'ils estiment utile de recueillir et s'appuyer sur des méthodologies et paramètres scientifiques, sous réserve que ceux-ci apparaissent appropriés, en l'état des connaissances, pour caractériser l'intensité des phénomènes en cause et leur localisation, qu'ils ne constituent pas une condition nouvelle à laquelle la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle serait subordonnée ni ne dispensent les ministres d'un examen particulier des circonstances propres à chaque commune. Il incombe enfin aux ministres concernés de tenir compte de l'ensemble des éléments d'information ou d'analyse dont ils disposent, le cas échéant à l'initiative des communes concernées.
4. Il ressort des pièces du dossier, notamment du courrier de notification du préfet de l'Indre daté du 30 juillet 2020 adressé à la commune de Saint-Florentin que pour instruire la demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle de la commune à raison des mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols, les ministres se sont fondés sur deux critères cumulatifs, un critère géotechnique et un critère météorologique examinés au regard des études réalisées par Météo France pour les données météorologiques, et par le bureau de recherches géologiques et minières pour les données géologiques. Ces critères sont exposés dans une circulaire ministérielle du 10 mai 2019 relative à la procédure de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, mise en ligne sur le site Légifrance à compter du 13 mai 2019. Aux termes de cette méthode, le critère géotechnique est rempli lorsqu'au moins 3% du territoire communal est composé de sols sensibles aux mouvements de terrain. S'agissant du critère météorologique, Météo France, utilisant l'ensemble des données pluviométriques présentes dans sa base de données climatologiques, modélise le bilan hydrique de l'ensemble du territoire français à l'aide d'une grille composée d'un maillage de plus de 9 000 mailles, chacune ayant huit kilomètres de côté. En raison de la densité du maillage, chaque commune de France est donc couverte par une ou plusieurs mailles géographiques en fonction de sa superficie. Pour chaque maille est évalué le seuil à partir duquel le phénomène de retrait-gonflement issu de la sécheresse est considéré comme intense et anormal. La méthode retenue est basée sur des modèles simulant les échanges d'eau et d'énergie entre le sol et l'atmosphère (modèle Interaction Sol-Biosphère-Atmosphèredit ISBA), prenant en compte le ruissellement et le drainage (modèle hydrogéologique dit C) et les variables atmosphériques près de la surface (modèle SAFRAN). La teneur en eau des sols est représentée par le paramètre SWI (soil wetness index) qui est un indice d'humidité des sols superficiels, intégrant l'humidité de la zone racinaire et de la zone profonde. Si l'indice est proche de 1, le sol est considéré comme très humide. A l'inverse, une valeur de l'indice proche de 0 révèle un sol très sec. Est examiné, pour chaque maille et chaque saison de l'année, l'indicateur d'humidité des sols et la durée de retour de cet indicateur par comparaison aux indicateurs d'humidité des sols des années précédentes.
5. Pour déterminer si un épisode de sécheresse présente un caractère intense et anormal, l'autorité administrative compare l'indicateur d'humidité des sols établi pour un mois donné avec les indicateurs établis pour ce même mois au cours des cinquante dernières années, afin de tenir compte de l'évolution du climat. Les communes sont susceptibles d'être reconnues pour une saison entière. Pour chaque saison de trois mois, l'autorité administrative retient l'indicateur d'humidité des sols présentant la durée de retour la plus élevée. Pour que l'épisode de sécheresse retenue soit considéré comme anormale, la durée de retour, soit la récurrence de l'épisode, doit être supérieure ou égale à 25 ans. Dès lors que le critère est établi pour une maille couvrant une partie du territoire communal, il est considéré comme rempli pour l'ensemble du territoire communal pour la période concernée. Cette modalité explique pourquoi dans certains cas une commune est reconnue en état de catastrophe naturelle alors qu'une commune limitrophe, associée à des mailles géographiques différentes ne remplissant pas le critère météorologique, ne l'est pas.
6. Il ressort des pièces du dossier et notamment de l'avis émis le 30 juin 2020 par la commission interministérielle relative aux dégâts non assurables causés par les catastrophes naturelles que le sol de la commune de Saint-Florentin est composé à 94,85% de sols sensibles aux aléas de retrait et gonflement. Il apparaît en outre qu'en ce qui concerne les mailles n° 4514 et 4515 auxquelles la commune est rattachée, l'indicateur de teneur en eau des sols a été estimé, pour l'épisode hivernal, respectivement à 0,965 et 1,0125 avec une durée de retour associé estimée à trois ans. Pour l'épisode printanier, ce même indicateur a été estimé à 0,703 et 0,709 avec une durée de retour de deux ans, s'agissant de la période estivale, la teneur en humidité a été estimée à 0,225 et 0,193 pour une durée de retour estimée à 16 ans, et pour la période automnale la teneur en humidité a été estimée à 0,329 et 0,319 pour une durée de retour de deux ans. De telles durées de retour ne permettent pas de caractériser l'existence d'épisodes de sécheresse intense et anormale. Par ailleurs, alors que les dispositions de l'article L. 125-1 du code des assurances ne subordonnent pas le bénéfice de la garantie qu'elles prévoient à la démonstration de la survenance ou de la persistance des dommages imputables à la sécheresse mais à la constatation de l'intensité anormale de l'agent naturel à l'origine de ceux-ci, ni les dommages que les habitations des requérants auraient subis à la suite de la sécheresse de l'année 2019, ni le diagnostic de sols selon lequel leurs terrains se situent en zone d'aléa fort, ne permettent d'établir, à eux seuls, le caractère exceptionnel ou anormal de l'intensité du phénomène de sécheresse. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que les ministres, qui au demeurant ont procédé à un examen particulier de la situation, ont estimé que l'intensité anormale d'un agent naturel dans la survenance des mouvements de terrains différentiels n'était pas établie pour la commune de Saint-Florentin au titre de l'année 2019.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B et de Mme F tendant à l'annulation de l'arrêté interministériel du 7 juillet 2020 en tant qu'il refuse de reconnaître l'état de catastrophe naturelle sur le territoire de la commune de Saint-Florentin, au titre des dommages causés par les mouvements de terrain différentiels consécutifs aux phénomènes de sécheresse et de réhydratation des sols intervenus au cours de la période du 1er janvier 2019 au 31 décembre 2019 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions du ministre de l'intérieur présentées au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B et de Mme F est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le ministre de l'intérieur sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à Mme D F et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- M. Christophe, premier conseiller,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.
Le rapporteur,
F. CHRISTOPHE
Le président,
N. NORMAND
Le greffier,
M. A
La République mande et ordonne
au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
M. A
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026