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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2001229

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2001229

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2001229
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantDOUNIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête enregistrée le 7 septembre 2020 et des pièces complémentaires enregistrées les 22 septembre 2020 et 26 octobre 2020, M. E F, représenté par Me Dounies, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 2 septembre 2020 par lequel le préfet de la Creuse l'a assigné à résidence pour une durée de six mois, l'a obligé à se présenter une fois par jour auprès de la brigade de gendarmerie d'Aubusson, à l'exception, le cas échéant, des dimanches et jours fériés, lui a interdit de sortir de la commune d'Aubusson sans autorisation des services préfectoraux, et l'a obligé à remettre, à l'autorité administrative, l'original de son passeport ainsi que tout autre document d'identité ou de voyage en sa possession ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1 500 euros au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée de défaut de motivation ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les principes constitutionnels du droit à l'asile et du droit au maintien sur le territoire pendant la procédure d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2020, le préfet de la Creuse conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 octobre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique, sur sa proposition, a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

2. M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 octobre 2020. Il n'y a, dès lors, plus lieu de statuer sur les conclusions de M. F tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur l'assignation à résidence :

3. Aux termes de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Lorsque l'étranger justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne peut ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, l'autorité administrative peut, jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, l'autoriser à se maintenir provisoirement sur le territoire français en l'assignant à résidence , dans les cas suivants : / 1°) Si l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai ( )/ La décision d'assignation à résidence est motivée. Elle peut être prise pour une durée maximale de six mois, renouvelable une fois dans la même limite de durée, par une décision également motivée (). ".

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. La décision attaquée comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, notamment le visa des articles L. 513-1, L. 561-1, L. 611-2 et L. 624-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui permettent au préfet d'assigner à résidence M. F dès lors que celui-ci faisait l'objet le 28 novembre 2019 d'une obligation de quitter le territoire français. Le préfet mentionne ensuite qu'il n'a pas exécuté la mesure d'éloignement exécutoire visée dans la décision, qu'il n'est actuellement pas en mesure de quitter le territoire français, qu'il est domicilié à Aubusson, qu'il est sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français. Elle est, par suite, suffisamment motivée. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

6. En deuxième lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception qu'à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative, prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. S'agissant d'un acte non réglementaire, l'exception n'est recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée, sauf dans le cas où l'acte et la décision ultérieure constituant les éléments d'une même opération complexe, l'illégalité dont l'acte serait entaché peut être invoquée en dépit du caractère définitif de cet acte.

7. En l'espèce le requérant n'est plus recevable à demander l'annulation de l'obligation de quitter sans délai le territoire français du 28 novembre 2019, notifiée le 4 décembre 2019 en raison de l'expiration du délai de recours contentieux de quinze jours ouvert à son encontre. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été énoncé au point précédent que M. F ne saurait contourner cette tardiveté en se prévalant, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cet acte individuel pour obtenir l'annulation de l'assignation à résidence, alors que cet acte individuel, est comme il vient d'être dit, devenu définitif.

8. En troisième lieu, le requérant soutient que la décision attaquée méconnaitrait les dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, celle-ci se fonde sur les dispositions du 1° de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant et, au demeurant, le requérant n'apporte aucun élément de nature à prouver que cette décision méconnaitrait les dispositions du 1° de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. F a déposé une première demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) le 23 octobre 2019. Sa demande de réexamen a été rejetée le 3 juillet 2020 alors qu'il était assigné à résidence par arrêté du 8 juin 2020 pour une durée de 45 jours, sur le fondement des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, confirmé par le tribunal administratif de Limoges dans sa décision n° 2000751 du 16 juin 2020. Le requérant, est depuis, par la décision attaquée, assigné à résidence, pour une durée de six mois, sur le fondement des dispositions de l'article L. 561-1 de ce code. Dans ces conditions, dès lors que la mesure d'assignation a pour objet et pour effet de le maintenir sur le territoire français, le moyen tiré de la méconnaissance des principes constitutionnels du droit d'asile et du droit au maintien sur le territoire pendant la procédure d'asile ne peut qu'être écarté.

10. En dernier lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. M. F, ressortissant brésilien, né en 1990 à Manacapuru, est entré en France le 1er août 2017, où il a rejoint sa compagne. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Ofpra le 23 octobre 2019. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 28 novembre 2019 qu'il n'a pas exécutée. Le couple n'a pas d'enfant. Le requérant ne fait état d'aucune contrainte ou impératif connu à la date de la décision attaquée, susceptible de révéler le caractère disproportionné des obligations mises à sa charge qui lui interdisent de se déplacer sans autorisation en dehors de la commune d'Aubusson et l'obligent à se présenter une fois par jour à 10 heures auprès de la brigade de gendarmerie d'Aubusson, à l'exception, le cas échéant, des dimanches et jours fériés. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté portant assignation à résidence méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porterait une atteinte disproportionnée atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A C tendant à l'annulation pour excès de pouvoir de l'arrêté du 2 septembre 2020 par lequel le préfet de la Creuse l'a assigné à résidence pour une durée de six mois, l'a obligé à se présenter une fois par jour auprès de la brigade de gendarmerie d'Aubusson, à l'exception, le cas échéant, des dimanches et jours fériés, lui a interdit de sortir de la commune d'Aubusson sans autorisation des services préfectoraux, et l'a obligé remettre à l'autorité administrative l'original de son passeport ainsi que tout autre document d'identité ou de voyage en sa possession doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er: Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme M. E F, à Me Douniès et à la préfète de la Creuse.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.

La rapporteure,

H. D

Le président,

N. NORMAND

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de la Creuse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. B

mf

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