jeudi 28 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2001291 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | DURANÇON DELPHINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 septembre 2020, M. A B, représenté par Me Durançon, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 15 juillet 2020 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a confirmé la décision de la commission de discipline du centre pénitentiaire de Châteauroux du 28 mai 2020 et rejeté son recours administratif préalable ;
3°) d'annuler la décision disciplinaire du 28 mai 2020 par laquelle il a été condamné à dix jours de confinement assortis d'un sursis intégral actif pendant six mois ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros, à verser à son conseil, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que la décision :
- a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors, d'une part, que les données de vidéoprotection n'ont pas fait l'objet d'une transcription dans un rapport versé au dossier de procédure disciplinaire en méconnaissance de l'article R. 57-7-16 du code de procédure pénale et d'autre part, que le dossier de procédure est incomplet en ce que l'instruction devait être menée à charge et à décharge en retranscrivant l'ensemble des déclarations des détenus et agents pénitentiaires présents lors de l'incident ;
- est entachée d'une inexactitude matérielle des faits reprochés qui ne sont pas établis en l'absence de retranscription des images de vidéoprotection.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2023, le garde des Sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête comme non fondée.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 octobre 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique au cours de laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée :
- le rapport de M. Christophe,
- les conclusions de Mme Benzaid, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, incarcéré au centre pénitentiaire de Châteauroux depuis le 4 octobre 2016, a fait l'objet d'un compte rendu d'incident le 23 mars 2020 à la suite d'un refus de réintégrer sa cellule et de sa participation à un mouvement collectif de blocage de la cour de promenade. La commission de discipline réunie le 28 mai 2020 a prononcé à son encontre une sanction de dix jours de cellule disciplinaire assortie d'un sursis intégral actif pendant six mois. A la suite de son recours administratif préalable le 8 juin 2020, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a rejeté son recours par une décision du 15 juillet 2020 dont il demande l'annulation.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, (). L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".
3. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 14 octobre 2020. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 28 mai 2020 de la commission de discipline du centre pénitentiaire de Châteauroux :
4. Aux termes de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale alors en vigueur : " Le détenu qui entend contester la sanction disciplinaire dont il est l'objet doit, dans le délai de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision, la déférer au directeur interrégional des services pénitentiaires préalablement à tout autre recours. Le directeur interrégional dispose d'un délai d'un mois à compter de la réception du recours pour répondre par décision motivée. L'absence de réponse dans ce délai vaut décision de rejet. ".
5. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et qu'elle seule est susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Si l'exercice d'un tel recours a pour but de permettre à l'autorité administrative, dans la limite de ses compétences, de remédier aux illégalités dont pourrait être entachée la décision initiale, sans attendre l'intervention du juge, la décision prise sur le recours n'en demeure pas moins soumise elle-même au principe de légalité.
6. M. B demande l'annulation tant de la décision du 28 mai 2020 de la commission de discipline du centre pénitentiaire de Châteauroux prononçant à son encontre une sanction de dix jours de cellule disciplinaire avec sursis que la décision du 15 juillet 2020 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a confirmé cette décision et rejeté son recours. Cette dernière décision qui arrête définitivement la position de l'administration s'est substituée à la décision initiale. Par suite, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision rendue le 28 mai 2020 par la commission de discipline du centre pénitentiaire de Châteauroux sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 15 juillet 2020 du directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon :
7. Aux termes du IV de l'article R. 57-7-16 du code de procédure pénale alors en vigueur : " IV. - L'avocat, ou la personne détenue si elle n'est pas assistée d'un avocat, peut également demander à prendre connaissance de tout élément utile à l'exercice des droits de la défense existant, précisément désigné, dont l'administration pénitentiaire dispose dans l'exercice de sa mission et relatif aux faits visés par la procédure disciplinaire, sous réserve que sa consultation ne porte pas atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes. L'autorité compétente répond à la demande d'accès dans un délai maximal de sept jours ou, en tout état de cause, en temps utile pour permettre à la personne de préparer sa défense. Si l'administration pénitentiaire fait droit à la demande, l'élément est versé au dossier de la procédure. / La demande mentionnée à l'alinéa précédent peut porter sur les données de vidéoprotection, à condition que celles-ci n'aient pas été effacées, dans les conditions fixées par un arrêté du ministre de la justice, au moment de son enregistrement. L'administration pénitentiaire accomplit toute diligence raisonnable pour assurer la conservation des données avant leur effacement. / Par dérogation aux dispositions de l'alinéa précédent, l'administration répond à la demande d'accès dans un délai maximal de quarante-huit heures. / Les données de la vidéoprotection visionnées font l'objet d'une transcription dans un rapport versé au dossier de la procédure disciplinaire ".
8. Il résulte de ces dispositions que si la procédure disciplinaire visant un détenu a été engagée à partir notamment des enregistrements de vidéoprotection, ceux-ci font partie du dossier de cette procédure, lequel doit être mis à disposition de la personne détenue ou de son avocat. Dans le cas où la procédure n'a pas été engagée à partir de ces enregistrements ou en y faisant appel, il est loisible à la personne détenue ou à son avocat, s'ils le jugent utiles au besoin de la défense et si ces enregistrements existent, de demander à y accéder. Un refus ne saurait être opposé à une telle demande au motif de principe que le visionnage de ces enregistrements serait susceptible en toute circonstance de porter atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes. En revanche, il appartient au directeur du centre pénitentiaire, ou au président de la commission de discipline si la demande est formulée au cours de la séance de la commission, d'apprécier, au regard des circonstances propres à l'action disciplinaire mise en œuvre, s'il y a lieu d'y faire droit. Un refus n'entache la procédure disciplinaire d'irrégularité que s'il est manifestement injustifié.
9. De première part, il ressort des pièces du dossier que la procédure disciplinaire n'a pas été engagée à l'encontre de M. B à partir d'enregistrements de vidéoprotection mais sur le fondement de deux rapports professionnels datés du 20 mars 2020 émanant de deux surveillants présents le jour des faits et d'un compte rendu d'incident du même jour rédigé par un troisième surveillant. La commission de discipline a ainsi apprécié les faits reprochés à M. B à partir de ces différents écrits et ce n'est qu'à l'occasion de son audition devant cette même commission que son conseil a demandé et obtenu de visionner les enregistrements vidéo. De même, il n'est pas contesté que le requérant s'est vu remettre une convocation dès le 20 mai 2020 où les faits reprochés étaient précisément mentionnés pour un passage devant la commission disciplinaire programmée huit jours plus tard et en réponse à laquelle il a pu faire connaître son souhait d'être assisté par son conseil. Par la suite, il a été mis en mesure de consulter l'intégralité de son dossier de procédure disciplinaire dès le 25 mai 2020 à 11h55, trois jours avant la réunion de la commission de discipline. Ce même dossier a été transmis à son avocat par courriel le 27 mai 2020. A ces différentes occasions, il lui était loisible ainsi qu'à son conseil de solliciter le visionnage de la vidéoprotection ce que ni l'un ni l'autre n'a demandé. Les faits ainsi reprochés ne résultant pas du visionnage de la vidéoprotection, aucune obligation ne pesait sur l'administration pénitentiaire d'assurer non seulement la retranscription mais aussi leur intégration dans le dossier de procédure disciplinaire du requérant remis préalablement avant son audition devant la commission disciplinaire.
10. De seconde part, aucune disposition des articles R. 57-7-5 et suivants du code de procédure pénale, alors applicables, ni aucun autre texte ne prévoyait expressément la possibilité, pour le président de la commission de discipline, de faire auditionner des témoins. Il résulte cependant du principe de valeur constitutionnelle du respect des droits de la défense qu'en l'absence de dispositions législatives ou réglementaires, le président de la commission de discipline a toujours la possibilité, s'il l'estime utile au regard du bon déroulement de la procédure et pour la manifestation de la vérité, de faire entendre des témoins par la commission. Si la personne détenue qui fait l'objet d'une procédure disciplinaire peut également demander à faire entendre des témoins par la commission, l'opportunité d'une telle décision demeure toutefois réservée à la seule appréciation du président de la commission de discipline. Il suit de là que le président de la commission de discipline n'est pas obligé d'entendre ni d'inscrire dans le rapport d'enquête l'ensemble des déclarations des personnes détenues et agents pénitentiaires présents à l'occasion des faits reprochés. Au surplus, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait demandé à ce que des codétenus présents dans la cour avec lui le jour des faits ou que le gardien avec lequel il dit s'être entretenu soient entendus.
11. Il résulte de ce qui a été dit aux points 9 et 10 que le moyen tiré de ce que la procédure disciplinaire, prise dans ses deux branches, aurait été viciée doit être écarté.
12. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : () 7°) De participer ou de tenter de participer à toute action collective de nature à compromettre la sécurité des établissements ou à en perturber l'ordre ; (). ". Aux termes de l'article R. 57-7-33 du même code, alors en vigueur : " Lorsque la personne détenue est majeure, peuvent être prononcées les sanctions disciplinaires suivantes : () 8° La mise en cellule disciplinaire. ". Aux termes de l'article R. 57-7-47 dudit code, alors en vigueur : " Pour les personnes majeures, la durée de la mise en cellule disciplinaire ne peut excéder vingt jours pour une faute disciplinaire du premier degré, quatorze jours pour une faute disciplinaire du deuxième degré et sept jours pour une faute disciplinaire du troisième degré (). ". Aux termes de l'article R. 57-7-49 du même code, alors en vigueur : " Le président de la commission de discipline prononce celles des sanctions qui lui paraissent proportionnées à la gravité des faits et adaptées à la personnalité de leur auteur () ".
13. Il ressort des pièces du dossier que la sanction en litige a été adoptée après que M. B a, le 20 mars 2020, refusé avec quatorze autres détenus et malgré plusieurs sommations du surveillant, de réintégrer sa cellule à la fin de la promenade et ainsi participé à un mouvement collectif nécessitant l'intervention de plusieurs agents pénitentiaires pour permettre la réintégration en toute sécurité de l'ensemble de ces détenus. Si le requérant soutient que la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie, dès lors qu'à la suite de l'intervention du chef de bâtiment pour inviter les détenus à réintégrer leurs cellules il l'a suivi mais que ce dernier lui a brutalement refermé la porte d'accès de la cour au moment où il s'apprêtait à l'emprunter afin de quitter les lieux, il n'apporte à l'appui de ce moyen aucun élément de nature à remettre en cause les énonciations des comptes rendus d'incident. Il ressort d'ailleurs des pièces du dossier qu'au cours de l'enquête M. B a refusé de s'expliquer en précisant qu'il n'avait rien à déclarer et qu'à l'occasion de ses observations formulées lors de la commission de discipline ce dernier reconnaît avoir volontairement " traîné des pieds " et a précisé " je ne suis pas rentré, c'est un fait, je ne me suis pas rendu compte que le chef était rentré ". En outre, le procès-verbal de la commission de discipline qui a retranscrit la vidéosurveillance indique que l'on y voit M. B au fond de la cour qui ne défère pas aux injonctions de réintégrer du gradé alors même que des détenus d'autres étages ont été amenés à rentrer avant ceux du bâtiment du rez-de-chaussée dont il fait partie. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de matérialité des faits fondant la décision attaquée doit être écarté.
14. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée y compris ses conclusions relatives aux frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er: Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. B.
Article 2:Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3:Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Durançon et au garde des Sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- M. Christophe, premier conseiller,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.
Le rapporteur,
F. CHRISTOPHE
Le président,
N. NORMAND
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne
au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef,
La Greffière
M. C
if
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026