jeudi 9 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2001333 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | DOUNIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 septembre 2020, la SARL Leader publicité, représentée par Me Douniès, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 22 juillet 2020 par laquelle le maire de la commune de Brive-la-Gaillarde s'est opposé au raccordement électrique de son panneau publicitaire déroulant installé sur la parcelle cadastrée section AP n° 475 ;
2°) d'enjoindre à la commune de Brive-la-Gaillarde, à titre principal, de l'autoriser à relier le dispositif publicitaire concerné au réseau d'électricité, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir, le tout sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Brive-la-Gaillarde une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la décision :
- est insuffisamment motivée ;
- a été prise par une autorité incompétente ;
- est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'en lui accordant l'autorisation d'implanter son panneau déroulant, le maire ne pouvait ignorer l'obligation de l'autoriser à se raccorder au réseau électrique ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ne démontrant pas dans quelle mesure la commune ne pourrait pas procéder au branchement demandé ;
- est entachée d'un détournement de pouvoir ;
- est de nature à créer une rupture d'égalité entre la société requérante et les sociétés concurrentes.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2020, la commune de Brive-la-Gaillarde conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que l'acte attaqué n'est pas un acte administratif faisant grief ;
- les autres moyens soulevés par la SARL Leader publicité ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la voirie routière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée :
- le rapport de M. Christophe,
- les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 11 mai 2017, la commune de Brive-la-Gaillarde a autorisé la société Publistreet devenue depuis Leader publicité à installer un panneau publicitaire déroulant sur une parcelle privée cadastrée section AP n° 475. Par un acte du 22 juillet 2020 dont la société requérante demande l'annulation, la commune s'est opposée à sa demande de branchement de la parcelle où est implantée le panneau publicitaire déroulant au réseau électrique.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Brive-la-Gaillarde :
2. Il ressort des pièces du dossier que par une demande d'accord technique préalable du 31 octobre 2019, la société Enedis a sollicité le maire de Brive-la-Gaillarde afin de l'autoriser à réaliser des travaux consistant en une tranchée dans la chaussée, le trottoir et l'accotement pour permettre le raccordement au réseau électrique de la parcelle où est implantée le panneau publicitaire déroulant de la société requérante. Le maire n'ayant pas donné suite à cette demande, un refus implicite est né de ce silence. Par la suite, la société requérante a saisi Enedis à une date non connue d'une demande de raccordement afin que son panneau publicitaire déroulant autorisé le 11 mai 2017, soit alimenté en électricité. Par un courriel du 16 juin 2020, Enedis l'a informée de la décision de refus opposé par la mairie pour terrasser et par conséquent raccorder le panneau. La SARL Leader publicité a notifié le 5 juin 2020, par l'entremise d'un huissier de justice, une sommation interpellative de faire à la commune de Brive-la-Gaillarde afin de l'autoriser immédiatement à faire procéder aux travaux de branchement électrique. Par un courrier du 22 juillet 2020 adressé à l'huissier de justice mandaté par la requérante, la commune a refusé le raccordement dès lors qu'il nécessite une ouverture de la rue. Une telle décision qui fait obstacle à l'exploitation du panneau fait nécessairement grief à son propriétaire et par suite est susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée par la commune de Brive-la-Gaillarde tenant à ce que la décision contestée ne fait pas grief et que seul l'avis émis par la commune pour répondre à la sollicitation d'Enedis pouvait être déféré doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () refusent une autorisation () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
4. La décision par laquelle le maire s'oppose au raccordement au réseau d'électricité de la parcelle où est implanté le panneau publicitaire de la requérante constitue une décision individuelle défavorable qui doit être motivée en application des articles cités ci-dessus. Si la décision litigieuse précise les considérations de fait qui la fondent, elle ne mentionne aucune des dispositions législatives ou réglementaires sur lesquelles le maire de Brive-la-Gaillarde s'est fondé pour s'opposer au raccordement sollicité. Dès lors, le moyen tiré d'une insuffisante motivation en droit de la décision contestée doit être accueilli.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté municipal n° 2020/4066 par lequel le maire de Brive-la-Gaillarde a attribué à M. Franck Peyret, conseiller municipal, la délégation de fonction en matière d'urbanisme qui emporte délégation de signature pour les actes s'y rapportant a été pris le 24 septembre 2020, soit postérieurement à l'acte attaqué du 22 juillet 2020. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur doit être accueilli.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 342-15 du code de l'urbanisme : " L'autorité qui délivre l'autorisation de construire, d'aménager, ou de lotir exige, en tant que de besoin, du bénéficiaire de celle-ci la réalisation et le financement de tous travaux nécessaires à la viabilité et à l'équipement de la construction, du terrain aménagé ou du lotissement, notamment en ce qui concerne la voirie, l'alimentation en eau, gaz et électricité, les réseaux de télécommunication, l'évacuation et le traitement des eaux et matières usées, l'éclairage, les aires de stationnement, les espaces collectifs, les aires de jeux et les espaces plantés. Les obligations imposées par l'alinéa ci-dessus s'étendent au branchement des équipements propres à l'opération sur les équipements publics qui existent au droit du terrain sur lequel ils sont implantés et notamment aux opérations réalisées à cet effet en empruntant des voies privées ou en usant de servitudes. (). ".
7. La société requérante soutient, à l'appui de ces dispositions, qu'en accordant une autorisation préalable d'installation d'un panneau publicitaire, le maire de Brive-la-Gaillarde savait qu'il s'agissait d'un dispositif d'affichage avec un système déroulant nécessitant obligatoirement un raccordement au réseau public d'électricité et ne pouvait dès lors refuser ledit raccordement. Toutefois, il ne résulte pas de ces dispositions et au regard du principe d'indépendance des législations que l'autorisation donnée emportait automatiquement un droit acquis à la délivrance d'une autorisation de voirie, ces deux autorisations relatives, d'une part, à l'urbanisme, et d'autre part, à la voirie routière, répondant à des finalités distinctes. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 113-3 du code de la voirie routière : " Sous réserve des prescriptions prévues à l'article L. 122-3, les exploitants de réseaux de télécommunications ouverts au public les services publics de transport ou de distribution d'électricité ou de gaz et les canalisations de transport d'hydrocarbures ou de produits chimiques déclarées d'utilité publique ou d'intérêt général peuvent occuper le domaine public routier en y installant des ouvrages, dans la mesure où cette occupation n'est pas incompatible avec son affectation à la circulation terrestre. ".
9. Il ressort des pièces du dossier que la permission de voirie sollicitée par Enedis le 31 octobre 2019 avait pour objet la construction d'un branchement aéro-souterrain et de permettre la réalisation de travaux consistant en la création/modification de branchement par le creusement d'une tranchée de douze mètres dans la chaussée, le trottoir et l'accotement de l'avenue de l'Ile du Roi. Dans le courrier en litige et dans ses écritures en défense, la commune de Brive-la-Gaillarde précise qu'elle était opposée à cette réalisation dès lors qu'elle nécessitait une ouverture de la rue de l'Ile du Roi qui est un axe de circulation très emprunté et dont elle souhaitait préserver la circulation. Les désagréments ainsi causés qui ne sont pas contestés par la société requérante peuvent être considérés comme incompatibles avec l'affectation de l'avenue concernée à la circulation routière conformément aux dispositions de l'article L. 113-3 du code de la voirie routière. Au surplus, ce refus était assorti d'une proposition alternative d'un branchement direct sur la parcelle cadastrée section AP n° 73 qui jouxte celle où est implanté le panneau publicitaire déroulant et qui appartient aux mêmes propriétaires ayant donné à bail à la société requérante la parcelle cadastrée section AP n°475. Par suite, en refusant l'autorisation de travaux demandée, l'autorité territoriale n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
10. En cinquième lieu, la société Leader publicité soutient que le refus opposé est entaché d'un détournement de pouvoir au motif qu'il n'est pas démontré dans quelle mesure la commune ne pourrait pas procéder à un branchement via la rue de l'Ile du Roi. Toutefois, comme il a été exposé au point 9 du présent jugement, la commune en tant que gestionnaire de son domaine a exposé le motif de son refus au regard des difficultés qu'engendreraient des travaux sur l'axe de circulation que représente l'avenue de l'Ile du Roi, assorti d'une solution alternative. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté en litige est entaché d'un détournement de pouvoir. Par suite, le moyen qui manque en fait doit être écarté.
11. En dernier lieu, la société requérante fait valoir que le refus attaqué est de nature à créer une rupture d'égalité avec les sociétés concurrentes sur le même secteur d'activité qui ont bénéficié de la part de la commune d'autorisation de raccordements au réseau public d'électricité. Toutefois, à l'appui de son moyen, la requérante cite une convention d'occupation du domaine publique passée entre la commune et une autre société publicitaire pour un emplacement dans un stade municipal qui ne correspond pas à une situation identique à celle soumise dans la présente instance de sorte que le moyen tiré de la rupture d'égalité ne peut être qu'écarté.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Eu égard aux motifs d'annulation, il y a lieu d'enjoindre à la commune de Brive-la-Gaillarde de réexaminer la demande de raccordement sollicitée par la société requérante dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Brive-la-Gaillarde la somme de 1 800 euros à verser à la société Leader publicité au titre des frais qu'elle a engagés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du maire du 22 juillet 2020 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au maire de Brive-la-Gaillarde de réexaminer la demande de raccordement de la SARL Leader publicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La commune de Brive-la-Gaillarde versera la somme de 1 800 (mille huit cents) euros à la SARL Leader publicité au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Leader Publicité et à la commune de Brive-la-Gaillarde.
Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- M. Christophe, premier conseiller,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.
Le rapporteur,
F. CHRISTOPHE
Le président,
N. NORMAND
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne
au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef,
La Greffière
M. A
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026