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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2001357

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2001357

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2001357
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJUGE UNIQUE JB BOSCHET
Avocat requérantBARDOUL CAROLINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 septembre 2020, Mme A B, représentée par Me Bardoul, demande au tribunal :

1°) d'annuler sa fiche d'évaluation définitive au titre des années 2017 et 2018 établie le 26 novembre 2019 par la première présidente de la cour d'appel de Limoges ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa fiche d'évaluation ne pouvait légalement comporter des mentions relatives à ses arrêts de travail et sa reconversion professionnelle ;

- des annexes devant être jointes à la fiche d'évaluation en application de l'article 20 du décret n° 93-21 du 7 janvier 1993 sont manquantes ; aucune note du magistrat décrivant ses activités et faisant état des actions de formation qu'elle a suivies, qui constitue l'annexe 1, n'a été jointe à l'évaluation ; aucun des magistrats ayant eu à connaître de son activité au cours de l'année 2017 n'a formulé d'observations ; les quatre mois de l'année 2017 pendant lesquels elle a été déléguée aux TGI de Limoges puis de Guéret n'ont pas été évalués ; aucune annexe 3 n'a été remplie pour évaluer sa manière de servir au sein des Cours d'assises de la Haute-Vienne, de la Creuse et de la Corrèze ;

- son évaluation a été réalisée en méconnaissance du principe du contradictoire ; les griefs évoqués dans l'évaluation n'ont pas été abordés lors de l'entretien ; l'annexe 3 établie par la présidente de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Limoges n'a pas été jointe à l'évaluation provisoire, l'avis de cette présidente n'ayant été recueilli qu'à la suite de ses observations sur l'évaluation provisoire ; elle n'a pas bénéficié d'un délai de huit jours pour présenter ses observations sur l'évaluation provisoire ;

- la fiche d'évaluation contestée, qui concerne les seules années 2017 et 2018, ne pouvait légalement comporter d'appréciation de sa manière de servir pour la période du 1er janvier au 1er septembre 2019 ;

- sa fiche d'évaluation est entachée d'erreurs de fait ;

- sa fiche d'évaluation est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il n'a pas été tenu compte des conditions d'organisation et de fonctionnement du service.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er septembre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

Mme B a produit un mémoire le 1er mai 2023, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance n° 58-1270 du 22 décembre 1958 ;

- le décret n° 93-21 du 7 janvier 1993 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Boschet, premier conseiller, en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Boschet,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public ;

- et les observations de Me Bardoul, pour Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Magistrate judiciaire placée auprès de la première présidente de la cour d'appel de Limoges à compter du 14 juin 2017 à sa sortie de l'école nationale de la magistrature (ENM), Mme A B demande l'annulation de sa fiche d'évaluation définitive au titre des années 2017 et 2018 établie le 26 novembre 2019 par cette première présidente.

2. Aux termes de l'article 20 du décret du 7 janvier 1993 pris pour l'application de l'ordonnance n° 58-1270 du 22 décembre 1958 modifiée portant loi organique relative au statut de la magistrature : " L'évaluation pour les deux années écoulées et à l'occasion d'une candidature au renouvellement des fonctions d'un magistrat exerçant à titre temporaire consiste en une note écrite par laquelle l'autorité mentionnée à l'article 19 décrit les activités du magistrat, porte sur celui-ci une appréciation d'ordre général, énonce les fonctions auxquelles il est apte et définit, le cas échéant, ses besoins de formation. / A cette note sont annexés : / 1° Une note rédigée par le magistrat décrivant ses activités et faisant état des actions de formation qu'il a suivies. / 2° Les observations écrites recueillies : / a) Auprès du président de la cour d'assises, du président de la chambre de l'instruction et du président de la chambre des appels correctionnels en ce qui concerne le juge d'instruction ; / b) Auprès du conseiller chargé de la protection de l'enfance pour le juge des enfants ; / c) Auprès du conseiller chargé de l'application des peines pour le juge de l'application des peines ; / d) Auprès du président de formation collégiale pour le magistrat siégeant en qualité d'assesseur ; / e) Auprès des chefs des tribunaux de grande instance ou de première instance dans lesquels il a exercé ses fonctions, et le cas échéant auprès des magistrats mentionnés aux a, b, c et d en ce qui concerne le magistrat placé auprès d'un chef de cour d'appel ; / f) Auprès du responsable hiérarchique immédiat pour les magistrats de l'administration centrale du ministère de la justice et les magistrats détachés. / 3° Le résumé de l'entretien prévu par l'article 12-1 de l'ordonnance du 22 décembre 1958 susvisée entre le magistrat et, selon le cas, s'il exerce ses fonctions à la Cour de cassation ou dans une cour d'appel, le premier président ou le procureur général, ou, s'il exerce ses fonctions dans un tribunal de grande instance ou de première instance, le président ou le procureur de la République ou, s'il exerce les fonctions de magistrat exerçant à titre temporaire par le président du tribunal de grande instance dans lequel il est nommé. / () S'agissant des magistrats nommés dans les tribunaux de grande instance et de première instance, ce résumé est assorti de l'avis du président du tribunal ou du procureur de la République selon le cas, sur les qualités du magistrat, sur les fonctions auxquelles il est apte et sur ses besoins de formation. S'agissant des magistrats exerçant à titre temporaire, cet avis est émis par le président du tribunal de grande instance dans lequel ils sont nommés. / 4° Tout autre document en rapport avec les termes de la note mentionnée au premier alinéa, à condition que le magistrat intéressé en ait préalablement reçu connaissance et ait eu la possibilité de présenter ses observations sur son contenu ". Selon l'article 21 de ce décret : " Les documents mentionnés à l'article 20 sont communiqués au magistrat qu'il concerne ; ce magistrat dispose d'un délai de huit jours pour formuler des observations écrites qui sont annexées à la note mentionnée au premier alinéa de l'article 20. / S'il présente des observations, l'évaluation est, le cas échéant, modifiée. Il est dans tous les cas donné connaissance au magistrat de l'évaluation définitive ".

3. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou s'il a privé les intéressés d'une garantie.

4. Il ressort des pièces du dossier que, le 25 novembre 2019, Mme B s'est vu notifier sa fiche d'évaluation provisoire au titre des années 2017 et 2018 établie le 11 février 2019 par la première présidente de la cour d'appel de Limoges. Par un courriel du 25 novembre 2019 à 15h22, il lui a été demandé de retourner cette fiche d'évaluation signée " avant la fin de l'après-midi ", ce que la requérante a fait en formulant des observations écrites. Ainsi, il est constant que le délai de huit jours prévu à l'article 21 du décret du 7 janvier 1993 pour permettre au magistrat de présenter ses observations écrites n'a pas été respecté. L'intéressée, qui n'a donc eu que quelques heures pour présenter ses observations écrites sur la fiche d'évaluation provisoire et les documents annexés, a été privée d'une garantie, sans qu'ait d'incidence la circonstance, invoquée en défense, selon laquelle la méconnaissance de ce délai de huit jours s'expliquerait par la nécessité de permettre au Conseil supérieur de la magistrature devant siéger le 26 novembre 2019 d'examiner sa candidature aux fonctions de juge placée auprès du premier président de la cour d'appel de Bordeaux.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de sa fiche d'évaluation définitive au titre des années 2017 et 2018 établie le 26 novembre 2019 par la première présidente de la cour d'appel de Limoges.

6. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante, une somme de 1 200 euros à verser à Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La fiche d'évaluation définitive de Mme B au titre des années 2017 et 2018 établie le 26 novembre 2019 par la première présidente de la cour d'appel de Limoges est annulée.

Article 2:L'Etat versera une somme de 1 200 euros à Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.

Le magistrat désigné,

J.B. BOSCHET

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

mf

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