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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2001362

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2001362

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2001362
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantMOREAU LISE-NADINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 septembre 2020, M. C A, représenté par Me Moreau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 3 mars 2020 par laquelle le préfet de la Corrèze lui a refusé le séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Corrèze de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 15 euros par jour de retard, subsidiairement de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation par celui-ci, le cas échéant, à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la requête est recevable au regard des délais de recours ;

- la décision en litige est signée par une autorité qui ne justifie pas de sa compétence ;

- elle est insuffisamment motivée au regard de sa demande d'admission exceptionnelle par le travail ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dans l'application de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui opposant une condition de visa de long séjour qui ne ressort pas du texte ;

- il justifie remplir les conditions exigées par la circulaire n°INTK1229185C du 28 novembre 2012, dont le préfet n'a pas tenu compte en négligeant la promesse d'embauche qu'il produit, son ancienneté de séjour et sa maîtrise de la langue française ;

- en lui refusant la délivrance à titre exceptionnel d'un titre de séjour sur le fondement du travail, le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale et est ainsi intervenue en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2020, la préfète de la Corrèze conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 août 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté du 18 janvier 2008 relatif à la délivrance, sans opposition de la situation de l'emploi, des autorisations de travail aux étrangers non ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, pris pour l'application du 3e alinéa de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Vu l'arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 10 mai 2022 par lequel M. Daniel Josserand-Jaillet, président honoraire du corps des magistrats des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, a été inscrit sur la liste des magistrats honoraires prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. F a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant guinéen né le 1er janvier 1986 à Conakry, est, selon ses déclarations, entré irrégulièrement le 23 septembre 2016 en France où il a demandé l'asile le 18 avril 2018. Cette demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) du 29 janvier 2019, confirmée le 8 novembre 2019 par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 18 novembre 2019, le préfet de la Corrèze lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et lui a interdit le retour pendant un an. Cet arrêté est devenu définitif après le rejet de son recours en dernier lieu par un arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 24 septembre 2020. Le 27 décembre 2019, M. A a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. M. A demande l'annulation de la décision du 3 mars 2020 par laquelle le préfet de la Corrèze a rejeté cette demande.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, M. E D, directeur de cabinet de la préfecture de la Corrèze et signataire de la décision du 3 mars 2020, bénéficie d'une délégation de signature n°19-2020-03-03-003 du préfet de la Corrèze en date du 3 mars 2020, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n° 19-2020-013 du même jour, à l'effet de signer en l'absence du secrétaire général notamment " tous les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers ". M. A n'allègue pas même que les conditions de cette délégation n'étaient pas réunies. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision en litige énonce clairement les considérations de droit, en mentionnant notamment l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de fait relatives à la situation personnelle de M. A sur lesquelles elle se fonde, dans une mesure suffisante pour permettre à son destinataire d'en connaître et discuter utilement les motifs, et pour mettre le juge de l'excès de pouvoir en mesure d'exercer son office en pleine connaissance de cause. Cette décision, dont aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à l'administration qu'elle devrait reprendre exhaustivement tous les éléments de la situation de fait de l'intéressé, nonobstant la circonstance qu'elle ne mentionne pas dans ces conditions la promesse d'embauche dont M. A fait état, est, dès lors, suffisamment motivée notamment au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré d'une insuffisance de motivation manque dès lors en fait et doit être écarté.

4. En troisième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux. Toutefois, lorsque le préfet, statuant sur la demande de titre de séjour, examine d'office si l'étranger est susceptible de se voir délivrer un titre sur un autre fondement, tous les motifs de rejet de la demande, y compris les motifs se prononçant sur les fondements examinés d'office par le préfet, peuvent être utilement contestés devant le juge de l'excès de pouvoir.

5. Il ressort notamment de la motivation de la décision en litige qui mentionne que " en l'absence de nouveau visa de long séjour " la " demande d'autorisation de travail ne respecte pas la condition prévue à l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ", que le préfet de la Corrèze a examiné d'office, ainsi qu'il lui était loisible de le faire, si l'intéressé pouvait prétendre à un titre de séjour en qualité de salarié, sur le fondement de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, alors que M. A avait présenté une demande de titre de séjour sur le seul fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur.

6. A l'appui de sa demande, M. A soutient que le préfet de la Corrèze ne pouvait lui opposer, eu égard aux motifs de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour par le travail, l'absence d'un visa de long séjour ni l'absence d'ancienneté dans le travail.

7. Aux termes de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Une carte de séjour temporaire, d'une durée maximale d'un an, autorisant l'exercice d'une activité professionnelle est délivrée à l'étranger : 1° Pour l'exercice d'une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée, dans les conditions prévues à l'article L. 5221-2 du code du travail. Elle porte la mention " salarié ". () ". Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. ". Aux termes de l'article R. 5221-3 du même code, dans sa rédaction applicable : " L'autorisation de travail peut être constituée par l'un des documents suivants : () 8° La carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", délivrée en application du 1° de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou le visa de long séjour valant titre de séjour mentionné au 7° de l'article R. 311-3 du même code, accompagné du contrat de travail visé. () ". Aux termes de l'article R. 5221-11 du même code : " La demande d'autorisation de travail relevant des 4°, 8°, 9°, 13° et 14° de l'article R. 5221-3 est faite par l'employeur. Elle peut également être présentée par une personne habilitée à cet effet par un mandat écrit de l'employeur. ". Aux termes de l'article R. 5221-15 du même code : " Lorsque l'étranger est déjà présent sur le territoire national, la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221-11 est adressée au préfet de son département de résidence. ". Aux termes de l'article R5221-17 du même code : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221-11 est prise par le préfet. Elle est notifiée à l'employeur ou au mandataire qui a présenté la demande, ainsi qu'à l'étranger. ".

8. Il ressort des énonciations de la décision en litige, que le préfet, qui a examiné d'office si M. A pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié sur le fondement de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a refusé de lui accorder un titre de séjour sur ce fondement au motif que le requérant ne disposait pas d'un visa de long séjour. Le préfet, qui s'est conformé aux exigences des textes précités, n'a par suite commis aucune erreur de droit.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313#10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. () ".

10. La situation personnelle de M. A, qui, célibataire et sans enfant, s'est maintenu depuis son entrée en septembre 2016, après le rejet définitif de sa demande d'asile le 8 novembre 2019, en situation irrégulière sur le territoire en méconnaissance des refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français pris à son encontre, ne caractérise pas l'existence de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 313-14 précité. Par ailleurs la circonstance que M. A a produit à l'appui de sa demande une promesse d'embauche en qualité de bûcheron, métier qui ne relève pas de l'arrêté du 18 janvier 2008 susvisé relatif aux activités en tension, pour un an et participe au sein d'une association à des activités d'économie solidaire ne peut être regardée par principe, comme attestant de motifs exceptionnels au sens de ce même article. Ainsi les moyens tirés de la méconnaissance de ces dispositions ainsi que celui de l'erreur manifeste d'appréciation dans leur application ne peuvent qu'être écartés.

11. En cinquième lieu, M. A ne saurait utilement se prévaloir de la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière, dès lors que celle-ci ne contient que de simples orientations générales et n'est pas opposable à l'administration en application des articles L. 312-2 et L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration.

12. Enfin, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Ces stipulations ne sauraient, en tout état de cause, s'interpréter comme comportant pour un Etat l'obligation générale de respecter le choix, par un demandeur de titre de séjour, d'y établir sa résidence privée et de permettre son installation ou le regroupement de sa famille sur son territoire. En outre, il appartient à l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, tel qu'il ressort de ces mêmes stipulations ou tel qu'il découle de la Constitution du 4 octobre 1958, d'apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a, le cas échéant, conservés dans son pays d'origine.

13. M. A, ressortissant guinéen, est entré irrégulièrement en France selon ses déclarations en septembre 2016 à l'âge de trente ans. En se bornant à faire valoir, à l'appui de sa requête, les craintes qu'il exprime en cas de retour en Guinée, où il n'allègue pas même être dépourvu d'attaches, et sa francophonie, M. A, célibataire et sans enfant, n'apporte aucun élément de nature à établir des liens et une insertion particulière dans la société française. Dans ces conditions, la décision prise par le préfet de la Corrèze, qui a procédé à un examen suffisamment approfondi de la situation de l'intéressé sur ce point au regard des informations portées à sa connaissance, n'a pas, au regard des buts poursuivis par la mesure, porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale non plus, en l'état des éléments portés à la connaissance de l'administration à la date de la décision en litige à laquelle s'apprécie la légalité de celle-ci, qu'il n'a entaché cette décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation de l'intéressé. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de son droit à une vie privée et familiale normale, ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

14. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en litige. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse une somme au conseil de M. A au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. A est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Moreau et au préfet de la Corrèze.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- M. Josserand-Jaillet, président honoraire de tribunal administratif,

- Mme Siquier, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.

Le rapporteur,

D. F

Le président,

N. NORMAND

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne

à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. B

mf

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