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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2001409

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2001409

jeudi 25 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2001409
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL GMR AVOCATS - GRANGE-MARTIN-RAMDENIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, respectivement enregistrés les 6 octobre 2020 et 10 janvier 2022, Mme B D et M. C D, représentés par Me Ramdenie, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 28 février 2020 par laquelle le conseil municipal de Saint-Brice-sur-Vienne a approuvé son plan local d'urbanisme, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux du 15 avril 2020 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de la Saint-Brice-sur-Vienne la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la commune était incompétente pour approuver le plan local d'urbanisme ;

- les documents graphiques du plan local d'urbanisme sont entachés d'erreur et d'imprécision ;

- les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, le rapport de présentation et le plan de zonage sont incohérents entre eux ;

- le classement en zone Np et en zone humide de la parcelle cadastrée D 13 est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la création de l'opération d'aménagement programmée n°5 - le Bourg est entachée d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation ; le rapport de présentation méconnaît les dispositions de l'article R. 151-2 du code de l'urbanisme dès lors qu'il est insuffisant ;

- la création de l'opération d'aménagement programmée des Rochetaux et le classement des parcelles concernées en zone 1AU est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 juillet 2021, la commune de Saint-Brice-sur-Vienne, représentée par Me Martin, conclut au rejet de la requête et demande que soit mis à la charge de M. et Mme D la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Siquier,

- les conclusions de Mme Benzaid, rapporteure publique,

- les observations de Me Bourdin, représentant M. et Mme D et E, représentant la commune de Saint-Brice-sur-Vienne.

La commune de Saint-Brice-sur-Vienne a produit une note en délibéré qui a été enregistrée le 6 mai 2023.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la compétence de la commune de Saint-Brice-sur-Vienne :

1. En premier lieu, le conseil communal de Saint-Brice-sur-Vienne, faisant application des dispositions de l'article L. 123-13 du code de l'urbanisme applicables à la date de sa délibération du 28 septembre 2012, a décidé de prescrire la révision globale de son plan local d'urbanisme.

2. D'une part, en vertu de l'article L. 5214-16 du code général des collectivités territoriales, dans sa version issue du I de l'article 136 de la loi du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové, en vigueur à la date de la décision attaquée : " I.- La communauté de communes exerce de plein droit au lieu et place des communes membres, pour la conduite d'actions d'intérêt communautaire, les compétences relevant de chacun des deux groupes suivants : / 1° Aménagement de l'espace pour la conduite d'actions d'intérêt communautaire ; schéma de cohérence territoriale et schéma de secteur ; plan local d'urbanisme, document d'urbanisme en tenant lieu et carte communale ; () / IV. Lorsque l'exercice des compétences mentionnées aux I et II est subordonné à la reconnaissance de leur intérêt communautaire, cet intérêt () est défini au plus tard deux ans après l'entrée en vigueur de l'arrêté prononçant la fusion. A défaut, la communauté de communes exerce l'intégralité de la compétence transférée ". D'autre part, l'article 136 de la loi du 24 mars 2014 a prévu, à titre transitoire, que : " II. La communauté de communes ou la communauté d'agglomération existant à la date de publication de la présente loi, ou celle créée ou issue d'une fusion après la date de publication de cette même loi, et qui n'est pas compétente en matière de plan local d'urbanisme, de documents d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale le devient le lendemain de l'expiration d'un délai de trois ans à compter de la publication de ladite loi. Si, dans les trois mois précédant le terme du délai de trois ans mentionné précédemment, au moins 25 % des communes représentant au moins 20 % de la population s'y opposent, ce transfert de compétences n'a pas lieu. / Si, à l'expiration d'un délai de trois ans à compter de la publication de la présente loi, la communauté de communes ou la communauté d'agglomération n'est pas devenue compétente en matière de plan local d'urbanisme, de documents d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, elle le devient de plein droit le premier jour de l'année suivant l'élection du président de la communauté consécutive au renouvellement général des conseils municipaux et communautaires, sauf si les communes s'y opposent dans les conditions prévues au premier alinéa du présent II. / Si, à l'expiration d'un délai de trois ans à compter de la publication de la présente loi, la communauté de communes ou la communauté d'agglomération n'est pas devenue compétente en matière de plan local d'urbanisme, de documents d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale peut également à tout moment se prononcer par un vote sur le transfert de cette compétence à la communauté. S'il se prononce en faveur du transfert, cette compétence est transférée à la communauté, sauf si les communes membres s'y opposent dans les conditions prévues au premier alinéa du présent II, dans les trois mois suivant le vote de l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre. / III. ' Dans les trois ans qui suivent la publication de la présente loi, les communes membres d'une communauté de communes ou d'une communauté d'agglomération peuvent transférer la compétence en matière de plan local d'urbanisme, de documents d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, mentionnée au II du présent article (). / IV. ' Si une commune membre de la communauté de communes ou de la communauté d'agglomération a engagé, avant la date de transfert de la compétence, une procédure d'élaboration, de révision, de modification ou de mise en compatibilité avec une déclaration de projet d'un plan local d'urbanisme, d'un document d'urbanisme en tenant lieu ou d'une carte communale, la communauté de communes ou la communauté d'agglomération devenue compétente peut décider, en accord avec cette commune, de poursuivre sur son périmètre initial ladite procédure ".

3. Il résulte de ces dispositions d'une part, que, dans l'hypothèse où une commune, membre de la communauté de communes, a déjà engagé une procédure d'élaboration de son plan local d'urbanisme avant le transfert de cette compétence à la communauté de communes, cette dernière peut décider de poursuivre cette procédure, sur son périmètre initial, une fois devenue compétente et en accord avec la commune concernée. Il en résulte, d'autre part que si, à compter de l'entrée en vigueur de la loi du 24 mars 2014, la compétence en matière de plan local d'urbanisme pour la conduite d'actions d'intérêt communautaire devient une compétence obligatoire des communautés de communes, les communautés de communes préexistantes qui n'étaient pas compétentes en matière de plan local d'urbanisme avant l'entrée en vigueur de cette loi ne le deviennent qu'à l'issue d'un délai de trois ans et sauf opposition d'au moins 25 % des communes représentant au moins 20 % de la population.

4. En l'espèce, par arrêté du 18 décembre 2015, le préfet a prononcé la fusion des communautés de communes Vienne-Glane et Pays de la Météorite pour constituer, à compter du 1er janvier 2016 la communauté de communes Porte océane du Limousin, postérieurement au 26 mars 2014, date de publication de la loi du 24 mars 2014. Par délibérations concordantes des conseils municipaux adoptant les statuts de la nouvelle communauté de communes intervenues entre novembre et décembre 2015, les communes de Chaillac-sur-Vienne, Cheronnac, Javerdat, Les Salles-Lauguyon, Oradour-sur-Glane, Rochechouart, Saillat-sur-vienne, Saint Brice sur Vienne, Saint-Junien, Saint-Martin-de-Jussac, Saint-Victurnien, Videix, ont défini les compétences de la future communauté de communes et se sont opposées par délibération au transfert de compétence en matière de plan local d'urbanisme. Ainsi, le mécanisme issu des dispositions issues de la loi du 24 mars 2014 trouvait à s'appliquer et le transfert de la compétence en matière d'élaboration des plans locaux d'urbanisme était opéré à compter du 27 mars 2017 sous réserve de l'opposition des communes membres du nouvel établissement public territorial. En application des dispositions du premier alinéa du II de l'article 136 de la loi du 24 mars 2014, il appartenait à cet effet à au moins 25 % des communes représentant au moins 20 % de la population de s'opposer, par un vote entre le 26 décembre 2016 et le 26 mars 2017, au transfert ce cette compétence fixée au 27 mars 2017. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier, et en dépit d'une mesure d'instruction à laquelle aucune réponse n'a été apportée avant la clôture de l'instruction, que les communes aient procédé à un tel vote. Au surplus, les délibérations des communes de 2015 délimitant les domaines de compétences de la future communauté de communes, ne sauraient, contrairement à ce que soutient la commune de Saint-Brice-sur-Vienne, permettre de remplir la condition fixée par la loi du 24 mars 2014. Dans ces conditions, la communauté de communes Porte Océane du Limousin s'est vu transférer la compétence en matière de plan local d'urbanisme à compter du 27 mars 2017 et ni la commune de Saint-Brice-sur-Vienne ni les autres communes membres ne pouvaient se fonder sur les dispositions du deuxième alinéa du II de l'article 136 de la loi du 24 mars 2014 consacré aux seules communautés de communes qui n'étaient pas devenues compétentes en matière de plan local d'urbanisme le 27 mars 2017 pour s'opposer au transfert de cette compétence. Il suit de là que le conseil municipal de Saint-Brice-sur-Vienne n'était pas compétent pour approuver, par la décision attaquée du 28 février 2020, son plan local d'urbanisme.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " Le projet d'aménagement et de développement durables définit : 1° Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques ; 2° Les orientations générales concernant l'habitat, les transports et les déplacements, les réseaux d'énergie, le développement des communications numériques, l'équipement commercial, le développement économique et les loisirs, retenues pour l'ensemble de l'établissement public de coopération intercommunale ou de la commune. Il fixe des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain. Il peut prendre en compte les spécificités des anciennes communes, notamment paysagères, architecturales, patrimoniales et environnementales, lorsqu'il existe une ou plusieurs communes nouvelles. ". Aux termes de l'article L. 151-8 du même code : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. ".

6. Pour apprécier la cohérence ainsi exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le projet d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou un objectif du projet d'aménagement et de développement durables ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.

7. En l'espèce, les orientations définies dans le programme d'aménagement et de développement durables (PADD) montrent que les auteurs du plan local d'urbanisme se sont fixés quatre axes : un premier axe " une commune où il fait bon vivre " en maintenant une qualité du paysage urbain, en préservant les grandes continuités écologiques du territoire et ses paysages naturels et en portant un intérêt au bien être des habitants, un deuxième axe " un rôle économique à affirmer " en rendant le bourg plus attractif et en optimisant la fréquentation sur le territoire, en dynamisant la stratégie touristique, un troisième axe " entre ruralité et urbanité " en maîtrisant l'urbanisation nouvelle et en préservant l'identité rurale et agricole de la commune et, enfin, un axe transversal " modération de la consommation spatiale et développement urbain ". Le sous axe " maitriser l'urbanisation nouvelle " de l'axe 3 comprend un objectif de lutte contre le mitage et la linéarisation des constructions, transcrit pour la zone Rochetaux par une division en deux parties avec des temps d'aménagement différents, la partie nord étant placée en zone 1AU car déjà concernée par un porteur de projet et la zone 2AU devant être aménagée sur un plus long terme. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et de la consultation du site Géoportail, accessible tant au juge qu'aux parties, que les deux zones considérées, situées le long de la route des Goupillères constituent une extension de l'urbanisation, éloignée du bourg et le long de cet axe routier aggravant ainsi le phénomène de linéarité des constructions dès lors qu'elles tendent à fermer une frange urbaine. Par suite, et quel que soit le diagnostic de consommation d'espaces sur les dix dernières années, le moyen tiré de l'incohérence entre le règlement du PLU et le PADD doit être accueilli.

8. En dernier lieu, pour les mêmes motifs, la création de l'opération d'aménagement programmée " zone 1AU le Rochetaux " est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

9. Pour l'application de l'article L. 600-41 du code de l'urbanisme aucun autre moyen n'est de nature, en l'état de l'instruction, à conduire à l'annulation de la décision contestée.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Saint-Brice-sur-Vienne la somme de 1 800 euros à verser aux requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. et Mme D qui ne sont pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la commune de Saint-Brice-sur-Vienne au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er: La délibération du 28 février 2020 par laquelle la commune de Saint-Brice-sur-Vienne a approuvé son plan local d'urbanisme est annulée.

Article 2:La commune de Saint-Brice versera à M. et Mme D la somme de 1 800 (mille huit cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3:Les conclusions présentées par la commune de Saint-Brice-sur-Vienne au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4: Le présent jugement sera notifié à Mme B D, M. C D et à la commune de Saint-Brice-sur-Vienne.

Délibéré après l'audience du 4 mai 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.

La rapporteure,

H. SIQUIER

Le président,

N. NORMAND

Le greffier,

M. A

La République mande et ordonne

à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. A

mf

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