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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2001432

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2001432

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2001432
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE JB BOSCHET
Avocat requérantCABINET PHILIPPE PETIT ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 9 octobre 2020, le président du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a transmis le dossier de la requête de M. C D A au tribunal administratif de Limoges.

Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 octobre et 27 novembre 2020, M. C D A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 septembre 2020 par lequel la présidente du conservatoire botanique national massif central (CBNMC) lui a infligé un blâme ;

2°) d'enjoindre à la présidente du CBNMC de diligenter une enquête administrative portant sur les faits de harcèlement moral dont elle estime être l'objet de la part du directeur du conservatoire ;

3°) de mettre à la charge du CBNMC une somme de 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le blâme prononcé à son encontre a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière ; le dossier individuel qui lui a été communiqué ne comportait aucun détail des faits reprochés ni aucun développement sur les motifs de leur qualification fautive ; le " dossier " disciplinaire qui lui a été remis ne contenait aucun rapport d'enquête administrative et, plus globalement, aucun document portant sur les faits de harcèlement moral qu'il a dénoncés ; il n'a pu organiser correctement sa défense ; aucun des éléments de preuve qu'il a apportés lors de l'entretien préalable du 20 août 2020 n'a été pris en compte ;

- les faits qui lui sont reprochés, qui pour certains ne sont pas établis, ne constituent pas des fautes justifiant une sanction disciplinaire.

Par des mémoires en défense enregistrés les 13 novembre 2020 et 18 février 2021, le CBNMC, représenté par Me Cottignies, conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit mis à la charge de M. A une somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- aucun des moyens soulevés par M. A n'est de nature à justifier l'annulation de l'arrêté du 14 septembre 2020 lui infligeant un blâme ;

- les conclusions aux fins d'injonction de la requête sont irrecevables et non-fondées.

M. A a produit des pièces le 13 novembre 2022, qui n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Boschet, premier conseiller, en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,

- les observations de M. A,

- les observations de Me Sovet, pour le CBNMC.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite de plusieurs contrats à durée déterminée, M. C A a été recruté par le CBNMC par un contrat à durée indéterminée, prenant effet à compter du 1er juin 2016, sur un emploi d'ingénieur territorial afin d'exercer, à l'antenne Limousin située à Panazol, les fonctions de chargé de mission " flore ". Par un avenant du 2 juillet 2019, il s'est vu confier des fonctions de chargé de missions scientifiques et techniques. Par cette requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 14 septembre 2020 par lequel la présidente du CBNMC lui a infligé un blâme.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 37 du décret n° 88-145 du 15 février 1988 : " L'agent contractuel à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes et à l'assistance de défenseurs de son choix. L'autorité territoriale doit informer l'intéressé de son droit à communication du dossier ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 3 juillet 2020, la présidente du CBNMC a informé M. A de son intention de lui infliger un blâme, a porté à sa connaissance les faits reprochés, lui a fait savoir qu'il disposait d'un droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et à l'assistance de défenseurs de son choix, et l'a convoqué à un entretien le 20 août 2020. Conformément à sa demande, l'intéressé s'est vu transmettre l'intégralité de son dossier individuel par un courriel du 20 juillet 2020, soit près de deux mois avant le prononcé de la sanction litigieuse. Il ressort des pièces du dossier que la partie 8 de ce dossier individuel, ayant pour objet " Discipline ", comportait les éléments, en particulier les différentes correspondances, sur le fondement desquels la présidente du CBNMC lui a infligé un blâme. Par ailleurs, et alors qu'il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 19 mai 2020, la présidente du CBNMC a indiqué à M. A que l'enquête administrative qu'elle avait diligentée n'avait pas confirmé l'existence du harcèlement moral dont il estimait être victime de la part du directeur, il ne résulte d'aucune disposition ni d'aucun principe que le dossier individuel communiqué au requérant aurait nécessairement dû comporter un rapport d'enquête administrative ou un document comparable portant sur les agissements qu'il avait dénoncés. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'eu égard aux pièces composant le " dossier disciplinaire " porté à sa connaissance, il n'aurait pas été mis à même de préparer utilement sa défense.

4. En second lieu, si M. A fait valoir qu'il n'a pas été tenu compte des observations qu'il a faites au cours de l'entretien du 20 août 2020, la présidente du CBNMC pouvait légalement, sans entacher son arrêté du 14 septembre 2020 d'un vice de procédure, considérer que les diverses explications données par l'intéressé n'étaient pas de nature à justifier son comportement au regard des faits reprochés.

En ce qui concerne la légalité interne :

5. Aux termes de l'article 36 du décret n° 88-145 du 15 février 1988 : " Tout manquement au respect des obligations auxquelles sont assujettis les agents publics, commis par un agent contractuel dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions est constitutif d'une faute l'exposant à une sanction disciplinaire, sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par le code pénal ". Selon l'article 36-1 de ce décret : " Les sanctions disciplinaires susceptibles d'être appliquées aux agents contractuels sont les suivantes : / 1° L'avertissement ; / 2° Le blâme ; / 3° L'exclusion temporaire des fonctions avec retenue de traitement pour une durée maximale de six mois pour les agents recrutés pour une durée déterminée et d'un an pour les agents sous contrat à durée indéterminée ; / 4° Le licenciement, sans préavis ni indemnité de licenciement ".

6. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire sont matériellement établis, constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes. En l'absence de disposition législative contraire, l'autorité investie du pouvoir disciplinaire, à laquelle il incombe d'établir les faits sur le fondement desquels elle inflige une sanction à un agent public, peut apporter la preuve de ces faits devant le juge administratif par tout moyen.

S'agissant du grief tenant à la " contestation persistante qu'une formation prévue du 8 au 16 juillet 2019 ne soit pas financée par le CBNMC " :

7. Indépendamment de l'appréciation du bien-fondé des motifs de refus de financement par le CBNMC de la formation intitulée " stage de floristique " que M. A désirait suivre du 8 au 16 juillet 2019, il ressort des pièces du dossier que, par son courriel en date du 20 juin 2019, l'intéressé s'est borné, dans des termes qui par eux-mêmes ne caractérisent pas une faute, à faire part de son incompréhension face au refus opposé par le directeur et à défendre, avec l'appui du responsable de l'antenne Limousin, l'utilité et les apports de cette formation pour ses fonctions. En outre, si, dans son courriel du 4 juillet 2019 adressé au directeur du CBNMC, M. A a rappelé que la formation en cause était selon lui d'un haut niveau, légitime et en adéquation avec ses attentes, il a néanmoins précisé qu'il prenait acte de la décision de refus de financement. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir qu'eu égard à ces seuls courriels des 20 juin et 4 juillet 2019, la présidente du CBNMC a commis une erreur d'appréciation en estimant qu'il avait commis une faute caractérisée par une " contestation persistante que [cette formation] ne soit pas financée par le CBNMC ".

S'agissant du " refus de remplir de manière régulière l'agenda électronique " :

8. Alors que, pour ses déplacements réalisés les 27, 28, 29 et 30 avril et 4 et 6 mai 2020, M. A fait valoir, comme il l'avait d'ailleurs précisé, sans être utilement contredit dans un courriel du 7 mai 2020 adressé au directeur du CBNMC, qu'il avait correctement et préalablement renseigné son agenda électronique, le CBNMC, à qui il incombe pourtant d'établir la matérialité de ces faits ainsi qu'il résulte de ce qui a été indiqué au point 6, ne peut, au vu des seuls éléments qu'il produit, être regardé comme démontrant que le requérant a commis une faute en refusant de remplir cet agenda électronique de manière régulière. Dans la mesure où ce grief n'est pas établi, M. A est fondé à soutenir qu'il ne pouvait être sanctionné pour ces faits.

S'agissant des " accusations graves sans fondement de harcèlement moral à l'encontre [du directeur du CBNMC] " :

9. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 susvisée : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / Aucune mesure concernant notamment () la discipline, () ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. () ". Il résulte de ces dispositions que le fonctionnaire qui s'adresse à un supérieur hiérarchique pour faire cesser des faits de harcèlement moral ou relate de tels faits ne peut être sanctionné pour ce motif, sauf mauvaise foi. Celle-ci ne peut résulter de la seule circonstance que les faits dénoncés ne sont pas établis et n'est constituée que lorsqu'il est établi que l'intéressé savait que les faits dénoncés étaient faux.

10. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A puisse être regardé comme ayant été de " mauvaise foi " lorsque, notamment par son courriel en date du 6 janvier 2020, il a dénoncé auprès de la présidente du CBNMC les agissements de harcèlement moral dont il estimait avoir été victime de la part du directeur du conservatoire. En outre, les termes employés par M. A dans ce courriel du 6 janvier 2020, lequel ne paraît pas avoir fait l'objet d'une diffusion en dehors du cercle des personnes appelées à prendre connaissance de son évaluation, qui sont l'expression du malaise ressenti par l'intéressé, ne peuvent être regardés comme ayant excédé, dans leur forme, l'expression normale attendue dans le cadre de relations professionnelles. Par suite, quand bien même les agissements dont M. A a fait état ne sont pas constitutifs d'un harcèlement moral, ainsi que l'a retenu la présidente du CBNMC, il résulte de ce qui a été indiqué au point 9 que cette autorité ne pouvait légalement le sanctionner parce qu'il reprochait, à tort, au directeur de ce conservatoire d'être à l'origine d'un harcèlement moral à son encontre. De même, et dès lors par ailleurs qu'il imputait directement au directeur le harcèlement moral dont il estimait être l'objet, il ne saurait être fait grief à M. A, s'agissant de la dénonciation de ces faits, de ne pas avoir respecté la voie hiérarchique classique et ainsi d'avoir directement saisi la présidente du CBNMC.

S'agissant des autres manquements :

11. Il ressort des pièces du dossier que, par plusieurs courriels, M. A s'est adressé au directeur du CBNMC avec acrimonie en utilisant des termes déplacés, non conformes à ce qui est attendu d'un agent à l'égard de son supérieur hiérarchique, et s'est permis, à nouveau par des propos irrespectueux, de remettre directement en cause ses compétences et sa manière d'exercer ses fonctions. S'agissant de l'attestation de sortie qui a été délivrée aux agents du CBNMC pendant la première période de confinement liée à l'épidémie de Covid-19, si les interrogations exprimées par M. A quant à son formalisme excessif par rapport à ce qui était exigé selon les directives gouvernementales ne constituent pas une faute dans leur principe, il en va toutefois différemment de la manière avec laquelle l'intéressé a formulé ses remarques qui, dans leur forme, caractérisent un manquement à son obligation de réserve. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que, pour des sujets autres que les agissements de harcèlement moral dont il estimait être victime, notamment pour des questions ayant trait à sa rémunération et au financement de la formation mentionnée au point 7, M. A, ne respectant pas les consignes qui ont été données par le directeur du CBNMC et méconnaissant son obligation d'obéissance hiérarchique, s'est affranchi de la voie hiérarchique en saisissant directement la présidente du conservatoire. Ces faits, ainsi que l'a retenu la présidente du CBNMC sans commettre d'erreur d'appréciation, constituent des fautes justifiant une sanction disciplinaire. Alors que M. A ne conteste pas la disproportion de la sanction prononcée à son encontre, ces seules fautes, par elles-mêmes, pouvaient justifier un blâme.

12. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 14 septembre 2020 par lequel la présidente du CBNMC lui a infligé un blâme. Sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions aux fins d'injonction présentées par l'intéressé.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par M. A sur ce fondement.

14. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. A, qui est la partie perdante, une somme de 1 000 euros à verser au CBNMC sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. A est rejetée.

Article 2:M. A versera une somme de 1 000 (mille) euros au CBNMC sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. C A et au CBNMC.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.

Le magistrat désigné,

J.B. B

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au ministre de la transformation et de la fonction publiques ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

mf

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