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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2001466

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2001466

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2001466
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantMOREAU LISE-NADINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 octobre 2020, Mme C F E, représentée par Me Moreau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 juillet 2020 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé d'admettre son fils, M. J A G, au bénéfice du regroupement familial ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne d'admettre M. A G au bénéfice du regroupement familial ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de la renonciation à la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la procédure à l'issue de laquelle la décision est intervenue est irrégulière à défaut d'avis, émis par le directeur de l'Ofii et par le maire du lieu de domicile ;

- le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée pour rejeter la demande en raison de l'insuffisance des ressources ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en retenant que ses ressources étaient insuffisantes ;

- la décision méconnaît l'article 27 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 mars 2021, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Mme F E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 août 2020.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 19 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme I a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

1. En premier lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorisation d'entrer en France dans le cadre de la procédure du regroupement familial est donnée par l'autorité administrative compétente après vérification des conditions de logement et de ressources par le maire de la commune de résidence de l'étranger ou le maire de la commune où il envisage de s'établir. Le maire, saisi par l'autorité administrative, peut émettre un avis sur la condition mentionnée au 3° de l'article L. 411-5. Cet avis est réputé rendu à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication du dossier par l'autorité administrative ". Aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A l'issue de l'instruction, le maire émet un avis motivé. Cet avis est réputé favorable à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication du dossier par l'autorité administrative. Le dossier est transmis à l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui peut demander à ses agents de procéder, s'ils ne l'ont déjà fait, à des vérifications sur place dans les conditions prévues à l'article L. 421-2 ".

2. Il ressort des pièces du dossier que le maire de la commune de Limoges a bien été saisi de la demande de regroupement familial présentée par Mme F E et que, par un avis du 3 décembre 2019, il s'est prononcé défavorablement sur cette demande au motif que la condition de ressources suffisantes n'était pas remplie. Cet avis a été signé par M. B, adjoint au maire, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature conférée par un arrêté du 29 juin 2016 du maire de la commune de Limoges. En outre, le 4 décembre 2019, l'Ofii a également relevé le caractère insuffisant des ressources de la pétitionnaire. Cet avis a été régulièrement signé par Mme H en sa qualité de directrice territoriale de l'Ofii. Enfin, il ne résulte d'aucun texte que le préfet de la Haute-Vienne aurait dû demander l'avis de la " DDASS " avant de rejeter la demande présentée par Mme F E. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision du 9 juillet 2020 a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière.

3. En deuxième lieu, il ne résulte ni des motifs de la décision prise le 9 juillet 2020 ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Haute-Vienne, qui a notamment relevé que sa décision ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit de Mme F E au respect de sa vie privée et familiale et ne méconnaissait pas l'intérêt supérieur de son fils, se serait cru lié par l'absence de ressources suffisantes pour rejeter sa demande de regroupement familial. Le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Vienne aurait commis une erreur de droit doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : 1° Le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont prises en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. Les ressources doivent atteindre un montant qui tient compte de la taille de la famille du demandeur. Le décret en Conseil d'Etat prévu à l'article L. 441-1 fixe ce montant qui doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième () ". Aux termes de l'article R. 411-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application du 1° de l'article L. 411-5, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : - cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes () ".

5. La décision de refus en litige est fondée sur le motif selon lequel la moyenne mensuelle des revenus de la requérante, sur les douze mois précédant sa demande, est inférieure au minimum exigé de 1 513,64 euros. Mme F E fait valoir que le préfet de la Haute-Vienne n'aurait pas pris en compte l'intégralité de ses revenus, en particulier une prime d'activité de 223 euros et un revenu de solidarité active d'un montant de 439,95 euros, qui venait s'ajouter à ses revenus salariés d'un montant mensuel de 379,35 euros. Toutefois, l'unique attestation de la caisse d'allocations familiales produite par la requérante concernant ces revenus non pris en compte par l'administration porte sur les seules prestations perçues au mois de mai 2020, et ne permet donc pas, à elle seule, de démontrer que la moyenne mensuelle des revenus de la requérante serait au moins égale au salaire minimum de croissance sur douze mois. Au demeurant, le montant total des revenus invoqués par la requérante reste inférieur au seuil de 1 513,64 euros visé par la décision en litige, lequel n'est pas contesté par la requérante. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Vienne aurait commis une erreur d'appréciation en estimant que ses ressources étaient insuffisantes doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 27 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Les Etats parties reconnaissent le droit de tout enfant à un niveau de vie suffisant pour permettre son développement physique, mental, spirituel, moral et social. 2. C'est aux parents ou autres personnes ayant la charge de l'enfant qu'incombe au premier chef la responsabilité d'assurer, dans les limites de leurs possibilités et de leurs moyens financiers, les conditions de vie nécessaires au développement de l'enfant ".

7. Les stipulations de l'article 27 de la convention internationale des droits de l'enfant ne font naître de droits qu'entre les Etats qui y sont parties. Elles ne peuvent par conséquent pas être invoquées à l'appui d'un recours en excès de pouvoir contre la décision portant refus de regroupement familial opposée à la requérante.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme F E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 9 juillet 2020 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé d'admettre son fils, J A G, au bénéfice du regroupement familial. Par suite, la requête de Mme F E doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et ses conclusions tendant au remboursement des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme F E est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme C F E, à Me Moreau et à la préfète de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.

La rapporteure,

N. I

Le président,

N. NORMAND

Le greffier,

M. D

La République mande et ordonne

à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. D

mf

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