jeudi 28 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2001503 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | DOUNIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 octobre 2020, M. D A B, représenté par Me Douniès, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 21 août 2020 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) lui a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à la directrice territoriale de l'Ofii de lui rétablir ses conditions matérielles d'accueil consistant dans l'octroi d'un logement, le versement de l'allocation pour demandeur d'asile avec rappel des sommes dues depuis son interruption et dans l'attente de ce versement, le bénéfice d'avances perçues du gestionnaire du lieu d'hébergement dans un délai de 24 heures à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été mesure de présenter ses observations à l'Ofii dans le délai de quinze jours prévu à l'article D. 744-38 du code de l'entée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version en vigueur jusqu'au 1er janvier 2019, cette version étant celle qui était applicable puisque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui avait été accordé avant cette date ;
- n'a pas tenu compte de sa vulnérabilité ;
- est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation par refus du rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête comme non fondée.
M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 septembre 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Christophe a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant afghan né en 1995, est entré en France le 10 août 2018 selon ses déclarations afin d'y solliciter l'asile. Sa demande a été enregistrée en procédure dite " Dublin " le 11 septembre 2018. Il a, à compter de cette même date, bénéficié des conditions matérielles d'accueil réservées aux demandeurs d'asile. N'ayant pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, il a été déclaré en fuite le 18 mars 2019 et l'Ofii a suspendu ses conditions matérielles d'accueil par une décision du 19 mars 2019. Le 30 juin 2020, sa demande d'asile a été enregistrée en procédure dite " normale ". Le 1er juillet 2020, il a sollicité le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 21 août 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de faire droit à sa demande. Par une décision du 6 septembre 2021, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a accordé à M. A B le statut de réfugié. M. A B demande l'annulation de la décision de l'Ofii lui refusant le rétablissement des conditions matérielles d'accueil.
Sur le cadre juridique :
2. Aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au 11 septembre 2018, date à laquelle les conditions matérielles d'accueil ont été initialement proposées et acceptées : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ". Selon l'article L. 744-8 de ce code : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; / 2° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières ou a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ; () / La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. / La décision est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis. / Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ". L'article D. 744-35 dudit code prévoyait que : " Le versement de l'allocation peut être suspendu lorsqu'un bénéficiaire : () / 2° Sans motif légitime, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'information ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ". L'article D. 744-38 disposait : " La décision de suspension, de retrait ou de refus de l'allocation est écrite, motivée et prise après que l'allocataire a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans le délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. / Lorsque le bénéfice de l'allocation a été suspendu, l'allocataire peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / La reprise du versement intervient à compter de la date de la décision de réouverture ".
3. Il résulte des dispositions précédemment citées que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'Ofii après l'enregistrement de sa demande d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Ofii de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Si le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Ofii, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
5. La décision attaquée qui n'avait pas à faire état de tous les éléments caractérisant la situation personnelle du requérant vise les textes dont il est fait application ainsi que le point 18 de l'arrêt du Conseil d'Etat du 31 juillet 2019, " association la CIMADE et autres ", n° 428530. Elle rappelle la situation de M. A B et justifie le rejet de sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités sans motif légitime et que l'évaluation de sa situation ne fait pas apparaître une situation de vulnérabilité au sens des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
6. En deuxième lieu, comme le fait valoir l'Ofii, celui-ci n'était pas tenu, en application des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, de faire précéder sa décision du 21 août 2020 de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil d'une procédure contradictoire dès lors que cette décision a été prise à la suite d'une demande de rétablissement présentée le 1er juillet 2020 par M. A B lui-même. En outre, il résulte des dispositions combinées des articles L. 744-8 et D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'obligation de mettre le demandeur d'asile en mesure de présenter des observations écrites avant toute décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil ne s'applique pas aux décisions de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la décision du 21 août 2020 de la directrice territoriale de l'Ofii est entaché d'un vice de procédure doit être écarté.
7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A B a pu bénéficier, le 11 septembre 2018, d'un entretien lors de son enregistrement au guichet unique des demandeurs d'asile, au cours duquel sa situation personnelle a été évaluée. L'intéressé a signé le jour même le formulaire d'évaluation des besoins du demandeur d'asile, et coché la case " je certifie avoir été évalué par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) dans une langue que je comprends avec le concours d'un interprète professionnel ". Si l'entretien permettant d'évaluer la vulnérabilité du demandeur d'asile doit être mené à la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'administration n'est pas tenue de le réitérer au cours de la procédure. En outre, la décision attaquée mentionne qu'un nouvel examen de la situation de M. A B a été réalisé 30 juin 2020 et que l'évaluation de sa situation personnelle ne faisait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, l'Ofii produit une copie d'écran du logiciel utilisé par ses agents pour l'évaluation des besoins des demandeurs d'asile, de laquelle il ressort que le médecin coordonnateur de l'Office au vu des éléments à sa disposition, a évalué à 0/3 l'existence d'une éventuelle priorité médicale. Ainsi, au regard de ces éléments, M. A B n'est pas fondé à soutenir que la directrice territoriale de l'Ofii n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa vulnérabilité.
8. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier qu'alors que sa demande d'asile était placée en procédure dite " Dublin " et qu'il devait ainsi être transféré vers l'Allemagne initialement en charge de l'examen de sa demande, M. A B ne s'est pas présenté le 13 mars 2019 au commissariat pour effectuer son pointage ni le lendemain 14 mars 2019 pour prendre son vol à destination de l'Allemagne, circonstance qui a justifié qu'il soit déclaré en fuite le 18 mars 2018. Sur les raisons de cette absence, le requérant apporte pour seul motif dans son courrier du 1er juillet 2020 sa peur de retourner en Afghanistan sans plus d'explication ni de détail quant à la réalité et aux raisons de cette crainte ni sur la circonstance qu'il ne pouvait pas obtenir le statut de réfugié en Allemagne. De même, s'il relate une hospitalisation au service d'accueil des urgences de l'hôpital Beaujon à Clichy le 6 avril 2019 pour la pose de deux points de suture pour une plaie superficielle au niveau du crâne, il ressort de la lettre de retrait des conditions matérielles d'accueil qu'elles ont été suspendues le 19 mars 2019 soit à une date antérieure à son hospitalisation. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation que la directrice territoriale de l'Ofii a estimé que M. A B, célibataire, sans enfant, et âgé de 25 ans à la date de la décision en litige, ne présentait pas un état de vulnérabilité de nature à justifier le rétablissement des conditions matérielles d'accueil qui lui avaient été retirées.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 21 août 2020 par laquelle la directrice territoriale de l'Ofii a refusé de rétablir M. A B dans ses conditions matérielles d'accueil doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. A B est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. D A B, à Me Douniès et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- M. Christophe, premier conseiller,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.
Le rapporteur,
F. CHRISTOPHE
Le président,
N. NORMAND
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne
au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef,
La Greffière
M. C
if
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026