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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2001647

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2001647

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2001647
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantAVOC'ARENES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrés le 10 et le 25 novembre 2020, M. D B, représenté par Me Toulouse, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 novembre 2020 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a retiré son attestation de demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer une attestation de demande d'asile jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ait statué sur le recours qu'il a interjeté contre la décision du 19 octobre 2020 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ayant rejeté sa demande de réexamen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté méconnait les dispositions de l'article L. 743-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 et celles de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il doit continuer à bénéficier du droit de se maintenir provisoirement sur le territoire dans l'attente de l'examen de sa situation par la CNDA, qu'il encourt des risques de mauvais traitements en Russie, et qu'il ne représente pas une menace pour la sûreté de l'Etat.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2020, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont inopérants dès lors que la décision en litige ne constitue pas une mesure d'éloignement et ne fixe aucun pays de renvoi ;

- les moyens ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 décembre 2020.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gaullier-Chatagner,

- et les observations de M. C, représentant la préfecture de la Haute-Vienne.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant russe originaire de Tchétchénie, s'est vu accorder le statut de réfugié par les autorités polonaises par une décision du 21 octobre 2011. Il a ensuite quitté la Pologne et est arrivé en France le 21 septembre 2012. Il a présenté au mois de décembre 2012 une demande d'asile, rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 23 avril 2015 au motif que le statut de réfugié lui avait été accordé par la Pologne, qu'il ne démontrait pas la réalité des menaces alléguées dans ce pays et n'avait pas été préalablement admis au séjour en France. Par une décision du 3 janvier 2019 prise pour les mêmes motifs, la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a rejeté la requête de M. B dirigée contre cette décision de l'OFPRA. Par une décision du 7 janvier 2019, les autorités polonaises ont retiré le statut de réfugié à M. B au motif notamment que le risque de persécution en cas de retour en Russie avait disparu, lui déniant ainsi également la qualité de réfugié. Par une décision du 19 octobre 2020, le directeur général de l'OFPRA, au vu de la décision des autorités polonaises de mettre fin au statut de réfugié, a déclaré recevable la demande de réexamen présentée par M. B mais lui a à nouveau refusé le statut de réfugié, cette fois sur le fondement de l'article L. 711-6 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui fait obstacle à l'octroi du statut lorsqu'il existe des raisons sérieuses de considérer que la présence en France de la personne concernée constitue une menace grave pour la sûreté de l'Etat. Le 10 novembre 2020, M. B a formé contre cette décision un recours. Par un arrêté du 4 novembre 2020, le préfet de la Haute-Vienne a retiré l'attestation de demande d'asile délivrée à M. B. C'est la décision dont M. B demande l'annulation.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 décembre 2020. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à ce que le tribunal prononce son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 743-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la notification de la décision de l'office ou, si un recours a été formé, dans le délai prévu à l'article L. 731-2 contre une décision de rejet de l'office, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. () ". Aux termes, toutefois, de l'article L. 743-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 743-1, sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention relative au statut des réfugiés, signée à Genève le 28 juillet 1951, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, adoptée à Rome le 4 novembre 1950, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin et l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé lorsque :/ ()/ 7° L'office a pris une décision de rejet dans les cas prévus au I et au 5° du III de l'article L. 723-2 ".

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté retirant l'attestation de demandeur d'asile délivrée à M. B a été pris sur le fondement du 7° de l'article L. 743-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à la suite de la décision de rejet par l'OFPRA, le 19 octobre 2020, de sa demande d'asile selon la procédure accélérée. Par suite et quand bien même il a formé un recours contre la décision de l'OFPRA devant la CNDA toujours en cours d'examen, le moyen tiré de ce que le préfet ne pouvait lui retirer son attestation d'asile avant que la CNDA n'ait statué sur sa demande doit être écarté. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la décision de l'OFPRA du 19 octobre 2020 est fondée sur le motif selon lequel il existe des raisons sérieuses de considérer que la présence en France de l'intéressé constitue une menace grave pour la sûreté de l'Etat. Toutefois, et bien que la décision en litige ait été prise à la suite de cette décision de l'OFPRA, elle n'est pas, en elle-même, fondée sur le même motif, et elle n'a pas davantage été prise pour l'application de cette décision de l'OFPRA. Par suite, le moyen tiré de l'absence de menace grave pour la sûreté de l'Etat ne saurait être utilement invoqué à l'appui du recours dirigé contre l'arrêté par lequel le préfet a retiré l'attestation de demandeur d'asile de M. B.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 33 de la convention de Genève : " 1. Aucun des États [c]ontractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. / 2. Le bénéfice de la présente disposition ne pourra toutefois être invoqué par un réfugié qu'il y aura des raisons sérieuses de considérer comme un danger pour la sécurité du pays où il se trouve ou qui, ayant été l'objet d'une condamnation définitive pour un crime ou délit particulièrement grave, constitue une menace pour la communauté dudit pays ".

6. La décision en litige, qui retire à M. B l'attestation de demande d'asile dont il était titulaire, n'a ni pour objet ni pour effet de le renvoyer à destination de la Russie. Il ne peut donc utilement soutenir qu'il serait exposé à des risques de mauvais traitements en cas de retour en Russie. Par suite, les moyens tirés d'une méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 33 de la convention de Genève, au motif que son renvoi en Russie serait contraire au principe de non refoulement sont inopérants et doivent être écartés.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées, ainsi que ses conclusions relatives aux frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er: Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. B tendant à ce que le tribunal l'admette provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2:Le surplus de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Toulouse et à la préfète de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

La rapporteure,

N. GAULLIER-CHATAGNER

Le président,

N. NORMAND

Le greffier,

M. A

La République mande et ordonne

à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. A

mf

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