jeudi 9 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2001716 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | MARTIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 novembre 2020, M. A C, représenté par Me Martin, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au titre de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 22 septembre 2020 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile en procédure normale ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile en procédure normale ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation à l'indemnité d'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'une erreur de procédure, le préfet de la Haute-Vienne ne justifiant pas avoir informé l'Etat responsable de sa demande d'asile de la prolongation de son transfert ni l'avoir informé des conditions dans lesquelles le délai de transfert peut être porté à dix-huit mois ;
- est entaché d'une erreur d'appréciation en ce que le préfet de la Haute-Vienne n'a pas caractérisé la fuite qui doit être intentionnelle et systématique en ne démontrant pas une volonté de se soustraire à l'exécution du transfert.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 août 2021, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle se borne à reproduire intégralement et exclusivement les moyens déjà soulevés lors d'une précédente instance concluant déjà à l'enregistrement de sa demande et la remise d'une attestation de demande d'asile en procédure normale ;
- les moyens soulevés sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (CE) n°1560/2003 de la commission du 2 septembre 2003 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du parlement européen et du conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Christophe a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant malien né en 2001, est, selon ses déclarations, entré irrégulièrement en France le 30 mars 2019 afin d'y solliciter l'asile. Le 20 juin 2019, la préfecture des Hauts-de-Seine lui a délivré une attestation de demandeur d'asile en procédure dite " Dublin ", le relevé décadactylaire pratiqué à cette occasion ayant révélé que les autorités italiennes avaient été saisies d'une demande d'asile de l'intéressé le 15 mai 2018. Saisies en application de l'article 12-4 du règlement UE n° 604/2013, les autorités italiennes se sont reconnues responsables de l'examen de sa demande d'asile le 3 juillet 2019. Par un arrêté du 20 novembre 2019, notifié le même jour à M. C, assisté d'un interprète, le préfet de la Gironde a ordonné son transfert vers l'Italie. M. C a présenté une requête contre cette décision, rejetée le 12 décembre 2019 par une ordonnance du magistrat désigné du tribunal de Limoges. Convoqué à la préfecture de la Gironde le 12 décembre 2019 pour le 30 décembre 2019 et le 30 décembre 2019 pour le 27 janvier 2020, afin de lui notifier les conditions de son voyage pour l'Italie, M. C, domicilié à Limoges en hébergement d'urgence pour les demandeurs d'asile, ne s'est pas présenté. Il a en conséquence été déclaré en fuite et son délai de transfert aux autorités italiennes a été prolongé de dix-huit mois, jusqu'au 12 juin 2021. Le 4 septembre 2020, M. C a sollicité la délivrance d'une attestation de demandeur d'asile en procédure normale auprès du préfet de la Haute-Vienne qui lui a opposé un refus le 22 septembre 2020. Par une ordonnance du 2 septembre 2020, le tribunal administratif de Limoges a rejeté la demande de suspension de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. C n'a pas déposé de demande d'aide juridictionnelle. Par suite, la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par l'intéressé ne peut, en tout état de cause, qu'être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers : " 1. Le transfert du demandeur ou d'une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), de l'État membre requérant vers l'État membre responsable s'effectue conformément au droit national de l'État membre requérant, après concertation entre les États membres concernés, dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27, paragraphe 3. () ; / 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté () à dix-huit-mois au maximum si la personne concernée prend la fuite. () ". Aux termes du paragraphe 2 de l'article 9 du règlement (CE) 1560/2003 du 2 septembre 2003, modifié par le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 : " Il incombe à l'État membre qui, pour un des motifs visés à l'article 29, paragraphe 2, du règlement (UE) n° 604/2013, ne peut procéder au transfert dans le délai normal de six mois à compter de la date de l'acceptation de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée, ou de la décision finale sur le recours ou le réexamen en cas d'effet suspensif, d'informer l'État responsable avant l'expiration de ce délai. À défaut, la responsabilité du traitement de la demande de protection internationale et les autres obligations découlant du règlement (UE) no 604/2013 incombent à cet État membre conformément aux dispositions de l'article 29, paragraphe 2, dudit règlement. ".
4. En premier lieu, il résulte des dispositions citées au point 1 du paragraphe 2 de l'article 29 du règlement n° 604/2013, combinées avec celles du règlement n° 1560/2003 modifié qui en porte modalités d'application, que si l'Etat membre sur le territoire duquel séjourne le demandeur d'asile a informé l'Etat membre responsable de l'examen de la demande, avant l'expiration du délai de six mois dont il dispose pour procéder au transfert de ce demandeur, qu'il n'a pu y être procédé du fait de la fuite de l'intéressé, l'Etat membre requis reste responsable de l'instruction de la demande d'asile pendant un délai de dix-huit mois, courant à compter de l'acceptation de la reprise en charge, dont dispose l'Etat membre sur le territoire duquel séjourne le demandeur pour procéder à son transfert.
5. Il ressort des pièces du dossier que les autorités italiennes ont explicitement accepté la demande de reprise en charge de M. C, par une décision du 3 juillet 2019. Par ailleurs, pour justifier que les autorités italiennes ont été informées de la prolongation du délai de transfert du fait du placement en fuite de M. C, le préfet de la Haute-Vienne produit un formulaire destiné à ces mêmes autorités, intitulé " Informations relatives à la prolongation des délais de transfert ou au report du transfert ", mentionnant l'identité du requérant ainsi que son numéro de référence " 9930282098-920/330 " et précisant que l'intéressé ayant pris la fuite, le délai de transfert est prolongé jusqu'au 12 juin 2021. Le préfet produit également un accusé de réception automatique émanant de l'application de messagerie " Dublinet " émis le 27 janvier 2020 qui renvoie dans son sujet au numéro de référence cité ci-avant. Ces éléments sont de nature à établir que les autorités italiennes ont été informées de la prolongation du délai de transfert avant l'expiration du délai de six mois prévus par les dispositions précitées, qui expirait le 29 décembre 2019. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 doit être écarté.
6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier d'une part que l'intéressé a attesté par signature du 20 novembre 2019, avoir reçu information, dans une langue qu'il comprend, qu'en cas de non-respect des convocations de l'administration ou de ses obligations de pointage il serait regardé comme ayant pris la fuite. D'autre part, l'arrêté du 20 novembre 2019 par lequel le préfet de la Gironde a décidé de transférer M. C aux autorités italiennes mentionne en son article 2 les conditions dans lesquelles le délai de transfert peut être porté à douze ou dix-huit mois. Il ressort également des mentions portées sur cet arrêté que celui-ci a été notifié au requérant le même jour avec l'assistance d'un interprète. Par suite, le moyen tiré de ce que M. C n'aurait pas été informé des conséquences sur la prolongation du délai de transfert en cas de manquement aux obligations de présentation doit être écarté.
7. En dernier lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 que le transfert d'un demandeur d'asile vers l'État membre responsable de sa demande d'asile peut avoir lieu pendant une période de six mois à compter de l'acceptation de la demande de prise en charge ou de reprise en charge, susceptible d'être portée à dix-huit mois si l'intéressé prend la fuite. En outre, la Cour de justice de l'Union européenne a dit pour droit, dans un arrêt C-163/17 du 19 mars 2019, Jawo contre Bundesrepublik Deutschland, que la notion de fuite doit s'entendre comme visant le cas où le demandeur d'asile se soustrait délibérément aux autorités nationales compétentes pour procéder à son transfert, afin de faire échec à ce dernier.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été convoqué à deux reprises les 30 décembre 2019 et 27 janvier 2020 à la préfecture de la Gironde et s'est vu remettre à cet effet des billets de train transmis au centre d'hébergement d'urgence des demandeurs d'asile de Limoges où il résidait alors, par courriel des 12 et 31 décembre 2019. Il n'est pas contesté que M. C ne s'est pas présenté à ces deux convocations et qu'il n'a pas justifié d'une quelconque impossibilité à y déférer. De même, il n'est pas plus contesté qu'il n'a pas pris attache avec les services de la préfecture de la Haute-Vienne en charge du suivi de sa situation administrative. Enfin, par courrier du 4 mars 2020 adressé à la direction territoriale de l'Ofii pour présenter ses observations sur l'intention de cette même direction de suspendre ses conditions matérielles d'accueil, M. C a indiqué ne pas s'être rendu au rendez-vous du 27 janvier 2020 craignant d'être conduit en centre de rétention administrative afin d'être renvoyé en Italie. Ainsi, c'est à bon droit que le préfet de la Haute-Vienne a estimé que M. C s'était soustrait intentionnellement à l'exécution de son transfert et devait être regardé comme se trouvant en fuite au sens des dispositions l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête, que les conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er: M. C n'est pas admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2:La requête de M. C est rejetée.
Article 3:Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Martin et au préfet de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- M. Christophe, premier conseiller,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.
Le rapporteur,
F. CHRISTOPHE
Le président,
N. NORMAND
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef,
La Greffière
M. B
if
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026