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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2001786

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2001786

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2001786
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantDOUNIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 décembre 2020, Mme B E D, représentée par Me Dounies, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 19 novembre 2020 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard

4°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1 500 euros au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision contestée est entachée de défaut de motivation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa vie personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 septembre 2021 le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 décembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique, sur sa proposition, a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

2. Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 décembre 2020. Il n'y a, dès lors, plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme D tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur le refus de délivrance de l'attestation de demande d'asile :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. La décision attaquée comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, notamment le visa des articles L. 313-25, L. 313-14, L. 512-1 et L. 741-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui permettent au préfet de refuser de délivrer à Mme D une attestation de demandeur d'asile dès lors qu'elle ne bénéficie pas du droit de se maintenir sur le territoire. Le préfet mentionne ensuite qu'elle est en situation irrégulière, qu'elle est déboutée du droit d'asile, qu'elle ne dispose d'aucune attache sur le territoire français d'une particulière intensité et qu'elle ne démontre pas être dépourvue de toute attache dans son pays d'origine. Elle est, par suite, suffisamment motivée. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, le règlement (UE) n° 604/2013 (règlement Dublin III), établit critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride. Ses stipulations ne s'appliquent pas au litige dès lors que Mme D ne fait pas l'objet d'une procédure de réadmission. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier, que la requérante a déclaré lors de l'entretien réalisé dans le cadre de sa deuxième demande de réexamen de sa demande par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), comprendre le français et le portugais. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 est inopérant.

6. En troisième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Mme D, ressortissante brésilienne, née en 1987 à Recif, est entrée en France le 28 janvier 2017, où elle a ensuite été rejointe par son compagnon. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Ofpra le 20 novembre 2019. Elle a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 28 novembre 2019 qu'elle n'a pas exécutée. Le couple n'a pas d'enfant. La requérante n'allègue ni même ne soutient entretenir des liens d'une particulière intensité en France, ni y avoir transféré le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Elle ne fait état d'aucun projet d'intégration en France. Dans ces conditions, le préfet, en refusant de lui délivrer une attestation de demande d'asile, n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressée.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

9. La requérante produit à l'appui de sa requête trois captures d'écran qui ne sont pas de nature à établir les risques auxquels elle serait personnellement exposée au Brésil. Si elle soutient, qu'elle serait menacée en cas de retour dans son pays en raison de ses orientations sexuelles, aucun des éléments de la requête ne permet de le prouver. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme D tendant à l'annulation pour excès de pouvoir de l'arrêté du 19 novembre 2020 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile doivent être rejetées, ainsi que celles aux fins d'injonction et d'astreinte et, par voie de conséquence celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er: Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E D, à Me Douniès et à la préfète de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.

La rapporteure,

H. C

Le président,

N. NORMAND

Le greffier,

M. A

La République mande et ordonne

à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. A

No 2001786

mf

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