jeudi 23 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2100012 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | DUPONTEIL VALÉRIE |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée sous le n° 2001539 le 28 octobre 2020, M. B A, représenté par Me Duponteil, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 27 août 2020 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'ordonner la production de son entier dossier par le préfet de la Haute-Vienne ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'un an mention " vie privée et familiale " et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de soixante-quinze euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve de renonciation à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle méconnaît les stipulations de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance des stipulations de l'article 6 alinéa 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er juin 2021, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 novembre 2020.
II. Par une requête et des pièces enregistrées sous le n° 2100012 le 5 janvier 2021, le 15 janvier 2021 et le 25 janvier 2021, Mme D E, épouse A, représentée par Me Duponteil, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 novembre 2020 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'ordonner la production de son entier dossier par le préfet de la Haute-Vienne ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'un an mention " vie privée et familiale " et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de soixante-quinze euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve de renonciation à l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance des stipulations de l'article 6 alinéa 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Par un mémoire en défense enregistré le 1er juin 2021, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 janvier 2021.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme F a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.
Considérant ce qui suit :
Sur la jonction :
1. Les requêtes nos 2001539 et 2100012, présentées respectivement par M. et Mme A, concernent les membres d'une même famille d'étrangers au regard de leur droit au séjour en France. Elles soulèvent des questions analogues et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de la requête n° 2001539 présentée par M. A :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : /1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. La décision litigieuse portant refus de délivrance d'un titre de séjour à M. A comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Haute-Vienne s'est fondé. Elle vise les textes dont l'administration a entendu faire l'application, et notamment le 5) de l'article 6 et l'article 7 de l'accord franco-algérien. La décision fait état du contrat de travail conclu par le requérant en qualité de technicien fibre optique, ainsi que de sa situation familiale. Une telle motivation satisfait aux exigences des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 précités du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " ; cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ". Aux termes de l'article 9 de cet accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis, alinéa 4 (lettres c à d), et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. () ". Il résulte de ces stipulations que la délivrance d'un certificat de résidence d'un an, sur le fondement du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien est conditionné à l'obtention d'un visa de long séjour.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A, ressortissant algérien né en 1980, est entré en France, au mois de juin 2019, muni d'un visa valable du 16 avril 2019 au 15 juillet 2019, pour y passer selon, ses déclarations, quelques jours de vacances et qu'il s'est ensuite maintenu sur le territoire. Par suite, le préfet de la Haute-Vienne pouvait légalement refuser de lui délivrer le titre de séjour mention " salarié " sollicité pour le seul motif tiré du défaut de visa de long séjour.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien () dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
7. M. A est entré sur le territoire français au mois de juin 2019 avec son épouse. S'il fait valoir que le couple a alors décidé de rester en France plus longtemps afin de permettre à Mme A d'être soignée convenablement, que le couple attend désormais un enfant et que M. A a obtenu un contrat de travail en qualité de technicien fibre optique, il ressort des pièces du dossier que la présence en France du requérant était récente à la date de la décision attaquée, et qu'il dispose nécessairement de liens en Algérie, où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-neuf ans. Enfin, s'il soutient que la décision attaquée n'a pas tenu compte de ce que son épouse avait sollicité une demande de titre de séjour en raison de son état de santé, il n'est ni démontré ni même allégué que Mme A aurait bénéficié d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Les moyens tirés de ce que le préfet de la Haute-Vienne aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation du requérant doit également être écarté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de la requête n° 2100012 présentée par Mme A :
8. En premier lieu, la décision litigieuse portant refus de délivrance d'un titre de séjour à Mme A comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Haute-Vienne s'est fondé. Elle vise les textes dont l'administration a entendu faire l'application, et notamment le 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ainsi que l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme. La décision fait état de la situation familiale de la requérante. Une telle motivation satisfait aux exigences des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 précités du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision manque en fait et doit être écarté.
9. Mme A est entrée sur le territoire français au mois de juin 2019 avec son époux, pour y passer, selon ses déclarations, quelques jours de vacances. Si la requérante fait valoir qu'elle a décidé de rester plus longtemps en France où elle a subi une opération d'urgence, puis qu'elle a donné naissance à un garçon né en novembre 2020 à Limoges, il ressort des pièces du dossier que la présence en France de la requérante était de seulement dix-sept mois à la date de la décision attaquée, et qu'elle dispose nécessairement de liens en Algérie, où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans. Enfin, il n'est nullement démontré que sa cellule familiale constituée de son époux et de son fils ne pourrait se reconstituer en Algérie. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Les moyens tirés de ce que le préfet de la Haute-Vienne aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation de la requérante doit également être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner la production de l'entier dossier des requérants, que M. et Mme A ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions du 27 août 2020 et du 6 novembre 2020 par lesquelles le préfet de la Haute-Vienne a rejeté leur demande de titre de séjour. Par suite, les requêtes de M. et Mme A doivent être rejetées, y compris leurs conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que leurs conclusions tendant au remboursement des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er: Les requêtes de M. et Mme A sont rejetées.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Mme D E épouse A, à Me Duponteil et à la préfète de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 9 mars 2023 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- Mme Siquier, première conseillère,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.
La rapporteure,
N. F
Le président,
N. NORMAND
Le greffier,
M. C
La République mande et ordonne
à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
M. C
Nos 2001539, 210001mf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026