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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2100065

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100065

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2100065
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantKARAKUS-GURSAL HANIFE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 janvier 2021, M. B C, représenté par Me Karakus, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 novembre 2020 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) a rejeté sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son conseil, une somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision n'est pas motivée ;

- elle ne comporte pas l'indication des voies et délais de recours et ne précise pas qu'un recours administratif préalable obligatoire devait être formé ;

- il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations écrites, comme le prévoit l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce qui constitue une atteinte manifeste au droit d'asile.

Par une ordonnance du 27 décembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 janvier 2022 à 17h00.

Un mémoire en défense de l'Ofii a été enregistré le 2 mars 2023.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 décembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. B C, ressortissant géorgien né en 1995, réside en France, selon ses déclarations, depuis 2018. Il a accepté les conditions matérielles d'accueil le 8 février 2018, puis a fait l'objet d'une décision de suspension intervenue le 22 juin 2018 au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités. M. C a ultérieurement présenté une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Cette demande a été rejetée par une décision du 3 novembre 2020 de la directrice territoriale de l'Ofii, dont il demande l'annulation.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Selon l'article L. 744-8 dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ()() / Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives au retrait, à la suspension et au rétablissement des conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Ofii, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

3. En premier lieu, la décision litigieuse par laquelle la demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil présentée par M. C a été rejetée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles la directrice de l'Ofii s'est fondée. Elle vise la décision du Conseil d'Etat du 31 juillet 2019 n° 428530 précisant les modalités d'examen d'une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil après la suspension de leur bénéfice, sur le fondement des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision décrit brièvement la situation familiale et administrative de M. C et précise que l'évaluation de sa situation personnelle et familiale n'a pas fait apparaître de facteur de vulnérabilité. Une telle motivation est suffisante, en droit comme en fait. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision manque en fait et doit, en tout état de cause, être écarté.

4. En deuxième lieu, si les conditions de notification d'un acte administratif peuvent avoir des effets sur le déclenchement des délais de recours contre cet acte, elles demeurent toutefois sans incidence sur sa légalité. Par suite, M. C ne peut pas utilement soutenir que la décision ne comporterait pas les précisions utiles concernant l'indication des voies et délais de recours.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " La décision de suspension, de retrait ou de refus de l'allocation est écrite, motivée et prise après que l'allocataire a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans le délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. / Lorsque le bénéfice de l'allocation a été suspendu, l'allocataire peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".

6. Il ne résulte ni des dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables au litige, ni de celles de l'article D. 744-38 du même code que, lorsqu'il est saisi d'une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, l'Ofii devrait mettre l'intéressé en mesure de présenter des observations écrites. L'Ofii n'avait pas plus l'obligation de soumettre sa décision au respect d'une procédure contradictoire préalable sur le fondement de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que la décision a été adoptée à la suite d'une demande formulée par M. C. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'Ofii aurait dû le mettre en mesure de présenter ses observations préalablement à l'intervention de la décision en litige, ni à en déduire que l'attitude de l'Ofii constituerait une atteinte manifeste au droit d'asile. Le moyen doit, par suite, être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 3 novembre 2020 par laquelle la directrice territoriale de l'Ofii a refusé sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par suite, la requête de M. C doit être rejetée, y compris ses conclusions tendant au remboursement des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. C est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Karakus et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.

La rapporteure,

N. D

Le président,

N. NORMAND

Le greffier,

M. A

La République mande et ordonne

au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. A

mf

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