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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2100069

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100069

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2100069
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCHAGNAUD CHABAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, respectivement enregistrés le 13 janvier 2021, le 7 février 2022 et le 1er septembre 2023, Mme H E, représentée par Me Maret, demande au tribunal :

1°) d'annuler le permis de construire n° PC 087001 20 D6717 du 4 juin 2020 par lequel le maire de la commune d'Aixe-sur-Vienne a autorisé M. B A et Mme D F à construire une maison individuelle sur un terrain situé 34 rue Jean Bernard ;

2°) de mettre à la charge la commune d'Aixe-sur-Vienne une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- le permis de construire est entaché d'un premier vice dès lors qu'en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-7 du code de l'urbanisme le dossier de demande ne comporte pas de plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ;

- il est entaché d'un second vice dès lors qu'en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme, le plan de masse n'est pas côté dans les trois dimensions et que cette omission n'est compensée par aucune pièce du dossier ; l'aménagement futur du terrain n'est pas précisé alors que le projet de construction implique des travaux d'exhaussement du sol modifiant le profil du terrain naturel ; le dossier ne permet pas de s'assurer de la conformité du projet de construction aux règles du lotissement dès lors que le diamètre des canalisations n'est pas précisé, non plus l'existence d'un regard, non plus la justification et les caractéristiques du mur de soutènement prévu qui constituera aussi une clôture entre les limites séparatives ;

- le projet méconnaît les dispositions de l'article II-3 du règlement du lotissement et du règlement de la zone IAU en ne prévoyant pas d'accès à la voie publique distinct de l'aire de stationnement ; la superficie de l'aire de stationnement est inférieure aux 30 mètres carrés requis ;

- le dossier de demande de permis de construire ne permet pas de s'assurer de la conformité du projet aux dispositions de l'article II-4 du règlement du lotissement et le règlement de la zone IAU s'agissant du raccordement aux réseaux ;

- le projet méconnaît les dispositions de l'article 11 du règlement de la zone IAU du plan local d'urbanisme relatif à l'aspect extérieur de la construction, le projet étant implanté en limite de propriété, prévoyant l'installation d'une pompe à chaleur et une modification du profil du terrain naturel par la création d'un talus aggravant la pente du terrain ; le choix d'implantation est en rupture avec l'implantation de toutes les autres constructions du lotissement et ne respecte pas les règles de retrait par rapport aux limites séparatives de 3 mètres minimum.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 avril 2021, la commune d'Aixe-sur-Vienne, représentée par Me Pauliat-Defaye conclut au rejet de la requête et demande que soit mis à la charge de Mme E la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que la requérante a méconnu les dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- la requête est tardive ;

- Mme E n'a pas intérêt à agir ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par des mémoires en défense respectivement enregistrés le 18 novembre 2021 et le 24 mai 2022, M. A et Mme F, représentés par Me G, concluent au rejet de la requête et demandent que soit mis à la charge de Mme E la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que :

- la requérante n'a pas intérêt à agir ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 11 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 1er septembre 2023.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Siquier,

- les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique,

- et les observations de Me Maret, représentant Mme E, de Mme G représentant M. A et Mme F et de Me Mons-Bariaud, représentant la commune d'Aixe-sur-Vienne.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les vices entachant le dossier de demande de permis de construire :

1. Aux termes des dispositions de l'article R. 431-7 du code de l'urbanisme : " Sont joints à la demande de permis de construire : a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; b) Le projet architectural défini par l'article L. 431-2 et comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 431-8 à R. 431-12. ". L'article R. 431-8 de ce même code définit le contenu de la notice relative au projet architectural, en imposant notamment à cette dernière de décrire " l'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ".

2. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, ne serait susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier auraient été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

3. En premier lieu, le terrain assiette du projet constitue le lot n° 17 du lotissement " Rieux Cros 2 " autorisé par un arrêté du maire de la commune d'Aixe-sur-Vienne du 1er décembre 2011. L'arrêté litigieux se fonde, de plus, sur les attestations délivrées par le lotisseur de surface plancher et d'achèvement des équipements desservant le lot n° 17. Ces indications permettaient au maire de la commune, qui disposait par ailleurs de deux photographies permettant d'apprécier le terrain dans son environnement proche et lointain, de situer le terrain à l'intérieur de la commune. La requérante n'apporte à l'appui de sa requête aucun élément de nature à établir que l'absence de plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune aurait été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-7 du code de l'urbanisme doit être écarté.

3. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, le dossier de demande de permis de construire comprend un plan de masse permettant d'apprécier le projet de construction dans ses trois dimensions, l'aménagement et les modifications du profil du terrain naturel, les reliefs et les talutages étant détaillés à la fois dans la notice de présentation et par les plans produits. Le dossier précise que le projet respectera les règles d'urbanisme en vigueur. De plus, aucune règle n'impose au pétitionnaire de produire à l'appui de sa demande le règlement de lotissement. Ensuite, l'arrêté attaqué impose, dans son article 5, en cas d'impossibilité technique, que les talus artificiels soient en pente douces ou traités en terrasses avec des murs en pierre ou enduits en harmonie avec le bâtiment principal. Selon la notice descriptive la future maison d'habitation sera recouverte d'un enduit super brut monocouche gratté moyen ou équivalent projeté, teinté couleur vieux tuffeau. Un photomontage permet d'appréhender le projet dans son futur environnement à l'intérieur de ce lotissement. Il démontre que la construction présente des aspects similaires aux autres constructions environnantes et les plans de masse précisent à la fois l'implantation de la construction et les modifications apportées au profil du terrain naturel. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que les insuffisances alléguées de la notice descriptive auraient été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable et le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort d'aucune disposition du règlement du lotissement ni de celles applicables en zone 1AU(B) du plan local d'urbanisme de la commune que l'aire de stationnement pour véhicules d'une surface minimale de 30 mètres carrés, ne pourrait par ailleurs avoir comme fonction l'accès au bâtiment principal et aux garages ni l'accès à la voie publique. La surface de l'aire de stationnement figurant sur le plan de masse est effectivement de 30 mètres carrés. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article II-3 du règlement du lotissement et du règlement de la zone IAU du plan local d'urbanisme de la commune manque en fait et doit être écarté.

5. En quatrième lieu, il ressort de l'arrêté litigieux que le lot n° 17, terrain d'assiette du projet contesté est desservi par les réseaux, comme le prouve l'attestation d'achèvement des équipements délivrée par le lotisseur le 24 juillet 2012 et la requérante n'apporte à l'appui de sa requête aucun élément de nature à venir contester cette attestation. Par suite, le moyen tiré du défaut de conformité du projet aux dispositions de l'article II-4 du règlement du lotissement et le règlement de la zone IAU s'agissant du raccordement aux réseaux manque en fait et doit être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 7 du règlement de la zone 1AU du plan local d'urbanisme de la commune, en zone 1AU(B) " Les constructions seront édifiées sur les limites séparatives des unités foncières ou respecteront une marge d'isolement au moins égale à la moitié de la hauteur de construction (d=H/2) sans pouvoir être inférieure à 3 ,00 mètres. (). ". L'article 11 de ce règlement précise que " Les choix en matière d'implantation, de volumes et d'aspect des constructions à réaliser ou à modifier doivent être faits en tenant compte de l'environnement naturel et/ou bâti ". La requérante, qui se borne à soutenir qu'aucune autre construction n'est construite en limite de propriété n'apporte à l'appui de ses dires aucun élément de nature à le prouver. Ensuite, il résulte des pièces du dossier de permis de construire que, si le profil naturel du terrain sera modifié, il sera traité en pente douce jusqu'en fond de propriété. Enfin, si la requérante soutient qu'elle devra souffrir d'une vue directe sur un pignon aveugle et sur un mur de soutènement, elle ne produit à l'appui de sa requête aucun élément de nature à l'établir. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 11 du règlement de la zone IAU du plan local d'urbanisme ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation du permis de construire n° PC 087001 20 D6717 du 4 juin 2020 par lequel le maire de la commune d'Aixe-sur-Vienne a autorisé M. B A et Mme D F à construire une maison individuelle sur un terrain situé 34 rue Jean Bernard doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Aixe-sur-Vienne qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de Mme E une somme de 900 euros à verser solidairement à M. A et à Mme F et, une somme de 900 euros à verser à la commune d'Aixe-sur-Vienne en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme E est rejetée.

Article 2:Mme E versera respectivement, solidairement une somme de 900 (neuf cents) euros à M. A et Mme F et une somme de 900 (neuf cents) euros à la commune d'Aixe-sur-Vienne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3:Le présent jugement sera notifié à Mme H E, à la commune d'Aixe-sur-Vienne, à M. B A et à Mme D F.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- M. Christophe, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

La rapporteure,

H. SIQUIER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef,

La Greffière

M. C

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