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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2100209

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100209

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2100209
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantPOUGET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 février 2021, M. B A D, représenté par Me Pouget, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 décembre 2020 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne lui a retiré l'attestation de demande d'asile qui lui avait été délivrée ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de réexaminer sa situation et de lui restituer son attestation de demandeur d'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'erreur de fait et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il a fait le choix de rejoindre la France compte tenu de son insatisfaction concernant les soins pratiqués en Espagne sur sa jambe.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 juin 2021, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.

M. A D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 janvier 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

1. En premier lieu, par un arrêté du 9 décembre 2019 régulièrement publié le 10 décembre 2019, le préfet de la Haute-Vienne a donné délégation à M. d'Ardaillon, directeur de la citoyenneté, pour signer dans le cadre de ses attributions toutes pièces de procédure, courriers, arrêtés, documents et décisions nécessaires à l'activité du service, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figure pas l'acte en litige. Le moyen tiré de l'incompétence dont serait entachée la décision contestée manque en fait et doit être écarté.

2. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision litigieuse portant retrait de l'attestation de demande d'asile de M. A D comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Haute-Vienne s'est fondé. Elle vise les textes dont l'administration a entendu faire l'application, notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le 1° de l'article L. 743-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision mentionne par ailleurs plusieurs éléments de la situation personnelle et familiale de l'intéressé. Elle précise que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) a déclaré sa demande d'asile irrecevable car il bénéficie d'une protection internationale et d'un titre de séjour espagnol. Une telle motivation satisfait aux exigences des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 précités du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision manque en fait et doit être écarté.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. M. A D, ressortissant syrien né en 1997 est entré en France au mois de novembre 2019 selon ses déclarations. Par une décision du 23 octobre 2020, le directeur général de l'Ofpra a décidé que la demande d'asile présentée par le requérant était irrecevable. La décision en litige, qui porte retrait de son attestation de demande d'asile, n'a ni pour objet ni pour effet d'imposer son éloignement. Par ailleurs, en faisant état de ce qu'il suit des cours de français et a progressé dans l'apprentissage de la langue française, M. A D, célibataire et sans enfant, n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'il aurait tissé des liens significatifs sur le territoire français. Il n'est ainsi pas fondé à soutenir que la décision contestée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré d'une erreur de fait et d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 723-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " L'office peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants :1° Lorsque le demandeur bénéficie d'une protection effective au titre de l'asile dans un Etat membre de l'Union européenne () ".

7. A supposer que M. A D ait entendu invoquer un moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 723-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'argumentation selon laquelle " il a fait le choix de rejoindre la France compte tenu de son insatisfaction concernant les soins pratiqués en Espagne " est sans influence sur la légalité de la décision intervenue le 3 décembre 2020 et doit ainsi être écartée en raison de son caractère inopérant.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 3 décembre 2020 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a prononcé le retrait de son attestation de demande d'asile. Par suite, la requête de M. A D doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction, ainsi que ses conclusions tendant au remboursement des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A D est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. B A D, à Me Pouget et à la préfète de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.

La rapporteure,

N. E

Le président,

N. NORMAND

Le greffier,

M. C

La République mande et ordonne

à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. C

mf

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