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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2100272

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100272

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2100272
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantROUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 février 2021, M. A D C, représenté par Me Roux, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 octobre 2020 par laquelle la directrice territoriale de Limoges de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) a rejeté sa demande de bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Ofii de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Ofii une somme de 1 794 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tenant au défaut d'entretien tendant à l'évaluation de sa vulnérabilité ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen sérieux et complet de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juin 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens soulevés sont inopérants du fait de la situation de compétence liée dans laquelle se trouvait l'Ofii ;

- les moyens sont infondés.

Par une ordonnance du 19 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 juillet 2023 à 17h00.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 décembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gaullier-Chatagner a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant nigérien, a déposé une demande d'asile qui a été enregistrée au guichet unique de la préfecture de la Haute-Vienne le 15 octobre 2020. Par une décision du même jour, dont il demande l'annulation, la directrice territoriale de l'Ofii a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, la décision litigieuse par laquelle la demande de M. C tendant au bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été rejetée, comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles la directrice territoriale de l'Ofii s'est fondée. Elle vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement desquelles elle a été prise et énonce, bien que brièvement, que le rejet de la demande est justifié par la présentation de la demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après l'entrée sur le territoire français du requérant. Une telle motivation est suffisante, en droit comme en fait. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable à la décision attaquée : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin () ".

4. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la fiche d'évaluation de vulnérabilité produite par l'Ofii, que M. C a fait l'objet, en langue anglaise dont il n'est pas contesté qu'il la comprenait, d'un entretien intervenu le 15 octobre 2020, au cours duquel il lui a notamment été demandé de préciser ses conditions d'hébergement, s'il disposait de membre de sa famille en France, ainsi que l'existence de problème de santé. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée n'aurait pas été précédée d'un entretien d'évaluation de sa vulnérabilité doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : 1° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières, a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes, ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ; 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 () ". Aux termes de l'article D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " Le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile peut être refusé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration : () 2° Si le demandeur, sans motif légitime, n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 (). ".

6. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la notice d'information pour les personnes dont la demande d'asile a été placée en procédure accélérée, que M. C a indiqué, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique, qu'il était entré sur le territoire français le 1er avril 2020, soit plus de quatre-vingt-dix jours avant la présentation de sa demande d'asile le 15 octobre 2020. Par suite, à supposer qu'il ait entendu soulever un moyen tiré de ce que la décision en litige serait entachée d'une erreur de fait, et en dépit de la circonstance que la décision attaquée ne mentionne pas expressément la date de son entrée en France, ce moyen doit être écarté. Par ailleurs, alors qu'il résulte des éléments précédemment développés que M. C a fait l'objet d'un entretien de vulnérabilité, il ne ressort ni de la décision attaquée ni d'aucun élément du dossier que l'Ofii n'aurait pas procédé à un examen complet de sa situation. Au demeurant, M. C ne présente aucun élément qui démontrerait qu'il serait placé dans une situation de vulnérabilité ou que des motifs légitimes justifieraient du délai dans lequel sa demande d'asile a été déposée. Par suite, les moyens tirés de ce la décision attaquée serait entachée d'une erreur de fait et n'aurait pas été précédée d'un examen complet de sa situation doivent être écartés.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C à l'encontre de la décision du 15 octobre 2020 par laquelle la directrice territoriale de Limoges de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) a rejeté sa demande de bénéfice des conditions matérielles d'accueil doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que ses conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. C est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. A D C, à Me Roux et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

La rapporteure,

N. GAULLIER-CHATAGNER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

La Greffière,

M. B

if

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