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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2100364

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100364

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2100364
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantMONPION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 1er mars 2021 et 17 juin 2022, Mme B A, représentée par Me Monpion, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les deux saisies administratives à tiers détenteur émises à son encontre le 1er janvier 2021 par le directeur spécialisé des finances publiques pour l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), pour un montant global de 69 633,32 euros ;

2°) de prononcer la décharge du paiement de cette somme de 69 633,32 euros ;

3°) à titre subsidiaire, à ce qu'il soit enjoint à l'AP-HP de prendre une mesure d'exécution réduisant le montant des mensualités à 200 euros par mois compte tenu de ses charges et, ce, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle n'a jamais reçu de titre exécutoire ou d'avis de sommes à payer lui permettant d'identifier le fondement juridique des créances et les modalités de leur liquidation ;

- en prélevant depuis le mois d'avril 2021 la somme de 630 euros par mois sur son salaire, l'AP-HP a méconnu le délai de quatre mois pendant lequel elle pouvait retirer sa décision pécuniaire créatrice de droit tendant à financer sa formation professionnelle ;

- l'obligation qui pesait sur elle de servir l'AP-HP pendant une durée de cinq ans après l'obtention de son diplôme a été suspendue du fait de sa demande de placement en disponibilité pour suivre son conjoint, laquelle était de droit ;

- la créance n'étant pas fondée, il y a lieu de la décharger du paiement des sommes qui ont été mises à sa charge, pour un montant global de 69 633,32 euros ;

- si le tribunal devait considérer que la créance est fondée, il ne pourrait, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de procédure administrative, qu'ordonner à l'AP-HP de prendre une mesure réduisant le montant des mensualités à 200 euros par mois compte tenu de ses charges.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 mars 2023, l'AP-HP conclut au rejet de la requête de Mme A.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, les conclusions de la requête de Mme A relatives aux avis de saisies administratives à tiers détenteurs émis le 1er janvier 2021 ainsi que celles tendant à la décharge totale de l'obligation de payer les sommes réclamées ou à titre subsidiaire, à ce qu'il soit enjoint à l'AP-HP de prendre une mesure d'exécution réduisant le montant des mensualités doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître ;

- à titre subsidiaire, ces conclusions sont irrecevables dès lors que Mme A ne justifie pas d'un recours préalable devant le directeur spécialisé des finances publiques pour l'AP-HP ;

- à titre infiniment subsidiaire, alors que les créances dont les saisies administratives à tiers détenteur tendent à assurer le recouvrement sont fondées, aucun des moyens soulevés par Mme A n'est fondé.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur les moyens relevés d'office tirés, d'une part, de l'irrecevabilité des conclusions de Mme A, présentées pour la première fois dans son mémoire complémentaire enregistré le 17 juin 2022, relatives à la contestation en vertu du 1° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales du bien-fondé des créances non fiscales de 66 736,88 euros et de 2 896,44 euros dès lors que ces conclusions ont été formulées plus d'un an après la notification des saisies administratives à tiers détenteur du 1er janvier 2021, d'autre part, de ce qu'il n'appartient pas au juge administratif de faire droit aux conclusions de la requérante tendant, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, à ce qu'il soit enjoint à l'AP-HP de réduire de 630 euros à 200 euros par mois le montant des prélèvements mensuels opérés sur sa rémunération pour assurer le recouvrement de ces créances.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 88-976 du 13 octobre 1988 ;

- le décret n° 2008-824 du 21 août 2008 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Boschet,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,

- et les observations de Me Gautier-Delage, substituant Me Monpion, pour Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Aide-soignante titulaire à l'hôpital Ambroise Paré, relevant de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), Mme A a bénéficié de la part de son employeur d'un financement de sa formation conduisant à la délivrance du diplôme d'Etat d'infirmier. A ce titre, elle a souscrit un engagement de servir de cinq ans dans un des établissements énumérés à l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986 à l'issue de l'obtention de son diplôme, lequel lui a été délivré en juillet 2019. Par deux courriers des 8 et 26 août 2019, Mme A, en situation d'absences irrégulières depuis le mois de juillet 2019, a été mise en demeure de reprendre son poste ou de régulariser sa situation sous peine de radiation des cadres pour abandon de poste sans procédure disciplinaire préalable. Par un courrier en date du 18 novembre 2019, le responsable des ressources humaines de l'hôpital Ambroise Paré lui a indiqué qu'elle était radiée des cadres de la fonction publique hospitalière pour abandon de poste à compter du même jour. Par un arrêté du 12 février 2020, le directeur général de l'AP-HP a aussi prononcé la radiation des cadres de Mme A pour abandon de poste, cette fois à compter de la notification de cet arrêté, et lui a indiqué qu'elle était redevable d'un " engagement de servir de cinq ans pour un montant de 66 736,88 euros ". Un premier titre de recette, ayant pour objet " Dédit pour rupture de contrat d'engagement de servir ", a été émis le 28 février 2020 à l'encontre de Mme A, pour ce montant de 66 736,88 euros. Le 2 juin 2020, un second titre de recette a été émis à son encontre, pour un montant de 2 896,44 euros, au titre d'un " trop perçu sur salaire ". Le 1er janvier 2021, le directeur spécialisé des finances publiques pour l'AP-HP a émis à l'encontre de Mme A deux saisies administratives à tiers détenteur en vue du recouvrement de ces sommes de 66 736,88 euros et de 2 896,44 euros. Dans le dernier état de ses écritures, Mme A demande au tribunal d'annuler ces deux saisies administratives à tiers détenteur et de prononcer la décharge du paiement de ces sommes. A titre subsidiaire, elle demande à ce que, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, il soit enjoint à l'AP-HP de prendre une mesure d'exécution réduisant le montant des mensualités à 200 euros par mois compte tenu de ses charges.

Sur les conclusions aux fins d'annulation des saisies administratives à tiers détenteur des 1er janvier 2021 et aux fins de décharge de l'obligation de paiement des sommes :

2. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " Les dispositions du présent article s'appliquent également aux établissements publics de santé. / 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / Toutefois, l'introduction devant une juridiction de l'instance ayant pour objet de contester le bien-fondé d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local suspend la force exécutoire du titre. / L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. La revendication par une tierce personne d'objets saisis s'effectue selon les modalités prévues à l'article L. 283 du même livre. () / 4° Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. L'envoi sous pli simple ou par voie électronique au redevable de cette ampliation à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître à la collectivité territoriale, à l'établissement public local ou au comptable public compétent vaut notification de ladite ampliation. Lorsque le redevable n'a pas effectué le versement qui lui était demandé à la date limite de paiement, le comptable public compétent lui adresse une mise en demeure de payer avant la notification du premier acte d'exécution forcée devant donner lieu à des frais ".

3. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction résultant de la même loi du 28 décembre 2017 : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. () / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : () / c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution ".

4. Il résulte de ces dispositions que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des établissements publics de santé est de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances est de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond.

5. Il est constant que les saisies administratives à tiers détenteur du 1er janvier 2021 que Mme A conteste dans la présente instance tendent au recouvrement de créances non fiscales d'un établissement public de santé. Il résulte de ce qui a été indiqué au point 4 que les conclusions de l'intéressée tendant à l'annulation de ces saisies administratives à tiers détenteur et à la décharge de l'obligation de payer les sommes de 66 736,88 euros et de 2 896,44 euros mentionnées sur ces actes de poursuite se rapportent à un litige qui ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative. Comme il est relevé en défense, ces conclusions doivent donc être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Sur la contestation du bien-fondé des créances :

6. Le non-respect de l'obligation d'informer le débiteur sur les voies et les délais de recours, prévue par l'article R. 421-5 du code de justice administrative, ou l'absence de preuve qu'une telle information a été fournie, est de nature à faire obstacle à ce que le délai de forclusion de deux mois relatif à l'action tendant à la contestation du bien-fondé de la créance, prévu par le 1° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, lui soit opposable.

7. Toutefois, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. S'agissant des titres exécutoires, sauf circonstances particulières dont se prévaudrait son destinataire, le délai raisonnable ne saurait excéder un an à compter de la date à laquelle le titre, ou à défaut, le premier acte procédant de ce titre ou un acte de poursuite a été notifié au débiteur ou porté à sa connaissance.

8. Si Mme A fait valoir que les titres de recette émis les 28 février et 2 juin 2020 ne lui ont pas été notifiés, elle indique néanmoins, dans son mémoire complémentaire par lequel elle peut être regardée comme contestant pour la première fois le bien-fondé des créances résultant de ces titres de recette, avoir reçu les deux saisies administratives à tiers détenteur du 1er janvier 2021 " en janvier 2021 ". Or, il est constant que ce mémoire complémentaire a été enregistré le 17 juin 2022, soit plus d'un an après la date de réception de ces saisies administratives à tiers détenteur. Il s'ensuit que les conclusions de Mme A, tendant à la contestation du bien-fondé des créances d'un montant global de 69 633,32 euros, sont tardives et, par suite, irrecevables.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Il n'appartient pas au juge administratif de faire droit aux conclusions de Mme A tendant, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, à ce qu'il soit enjoint à l'AP-HP de réduire de 630 euros à 200 euros par mois le montant des prélèvements mensuels opérés sur sa rémunération pour assurer le recouvrement des créances non fiscales de 66 736,88 euros et de 2 896,44 euros.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'AP-HP, qui n'est pas la partie perdante, une somme à verser à Mme A sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er: Les conclusions de Mme A tendant à l'annulation des deux saisies administratives à tiers détenteur émises à son encontre le 1er janvier 2021 et à la décharge de l'obligation de payer les sommes de 66 736,88 euros et de 2 896,44 euros dont ces actes de poursuite tendent à assurer le recouvrement sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 2:Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3: Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à l'Assistance publique-hôpitaux de Paris.

Délibéré après l'audience du 9 mai 2023 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.

Le rapporteur,

J.B. BOSCHET

Le président,

D. ARTUS

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

mf

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