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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2100405

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100405

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2100405
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantVIALARET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 mars 2021, Mme A C, représentée par Me Vialaret, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 février 2021 par lequel la préfète de la Corrèze a rendu obligatoire sur la voie publique, sur l'ensemble du département de la Corrèze, le port du masque à compter du 21 février 2021 et jusqu'au 20 mars 2021 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- il n'est pas suffisamment motivé ;

- l'arrêté est illégal en ce qu'il méconnaît la condition exigée par l'article 1-II du décret n° 2020-1310 tenant à une référence aux " circonstances locales " ; la Corrèze présente une faible densité de population ; l'arrêté soumet les habitants à des prescriptions plus lourdes que ceux des Alpes-Maritimes ; le département de la Corrèze n'est pas considéré, en termes médicaux, comme une zone présentant un risque particulier ; l'arrêté porte atteinte au principe de proportionnalité en ce qu'il impose le port du masque sur l'ensemble des voies publiques et de l'espace public du département sans discernement d'horaires spécifiques ou de communes listées.

La requête a été transmise à la préfète de la Corrèze qui n'a pas produit d'observation malgré une mise en demeure de produire qui lui a été adressée le 30 novembre 2021 au titre de l'article R. 612-6 du code de justice administrative.

Par une ordonnance du 28 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 avril 2022 à 17h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2021-160 du 15 février 2021 ;

- le décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique à laquelle aucune partie n'était présente ou représentée :

- le rapport de Mme Gaullier-Chatagner

- les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 18 février 2021, intervenu sur le fondement du décret du 29 octobre 2020 modifié, prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire, la préfète de la Corrèze a rendu obligatoire, à compter du 21 février 2021 et jusqu'au 20 mars 2021, le port du masque sur la voie publique sur l'ensemble du département de la Corrèze, cette obligation ne s'appliquant pas aux personnes en situation de handicap munies d'un certificat médical ainsi qu'aux enfants de moins de 11 ans. Mme C sollicite l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, M. Mathieu Doligez, secrétaire général de la préfecture de la Corrèze et signataire de la décision attaquée, bénéficie d'une délégation de signature de la préfète de la Corrèze en date du 1er septembre 2020, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n° 19-2020-082 du même jour, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions, circulaires () relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Corrèze () ", à l'exception des arrêtés de conflit et des déclinatoires de compétences, de l'exercice du droit de passer outre à un avis défavorable du contrôle financier a priori et de l'exercice du droit de réquisition du comptable. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 18 février 2021 manque en fait et doit être écarté.

3. Une nouvelle progression de l'épidémie de covid-19 sur le territoire national a conduit le Président de la République à prendre, le 14 octobre 2020, sur le fondement des articles L. 3131-12 et L. 3131-13 du code de la santé publique, un décret déclarant l'état d'urgence sanitaire à compter du 17 octobre 2020 sur l'ensemble du territoire de la République. Les 16 et 29 octobre 2020, le Premier ministre a pris, sur le fondement de l'article L. 3131-15 du code de la santé publique, deux décrets prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire. Aux termes du II de l'article 1er du décret du 29 octobre 2020 : " Dans les cas où le port du masque n'est pas prescrit par le présent décret, le préfet de département est habilité à le rendre obligatoire, sauf dans les locaux d'habitation, lorsque les circonstances locales l'exigent ".

4. Le caractère proportionné d'une mesure de police s'apprécie nécessairement en tenant compte de ses conséquences pour les personnes concernées et de son caractère approprié pour atteindre le but d'intérêt général poursuivi. Sa simplicité et sa lisibilité, nécessaires à sa bonne connaissance et à sa correcte application par les personnes auxquelles elle s'adresse, sont un élément de son effectivité qui doivent, à ce titre, être prises en considération. Il en résulte que le préfet, lorsqu'il détermine les lieux dans lesquels il rend obligatoire le port du masque, est en droit de délimiter des zones suffisamment larges pour englober de façon cohérente les points du territoire caractérisés par une forte densité de personnes ou une difficulté à assurer le respect de la distance physique, de sorte que les personnes qui s'y rendent puissent avoir aisément connaissance de la règle applicable et ne soient pas incitées à enlever puis remettre leur masque à plusieurs reprises au cours d'une même sortie. Il peut, de même, définir les horaires d'application de cette règle de façon uniforme dans l'ensemble d'une même commune, voire d'un même département, en considération des risques encourus dans les différentes zones couvertes par la mesure qu'il adopte. Il doit, toutefois, tenir compte de la contrainte que représente, même si elle reste mesurée, le port d'un masque par les habitants des communes concernées, qui doivent également respecter cette obligation dans les transports en commun et, le plus souvent, dans leur établissement scolaire ou universitaire ou sur leur lieu de travail.

5. En deuxième lieu, l'arrêté en litige par lequel la préfète de la Corrèze a rendu le port du masque obligatoire sur la voie publique sur l'ensemble du département de la Corrèze entre le 21 février 2021 et le 20 mars 2021 inclus est fondé sur " l'évolution de la situation épidémique dans le département de la Corrèze ainsi que dans les départements limitrophes ", ainsi que sur la " situation sanitaire du département au 17 février 2021 ". Bien qu'il soit regrettable que l'arrêté ne comporte pas de références médicales précises, telles un taux de contamination observé au niveau local, il fait toutefois expressément état de circonstances locales qui exigeraient la mesure édictée. Le moyen tiré de ce que la condition d'une référence à des circonstances locales ne serait pas satisfaite n'est donc pas fondé, pas plus que le moyen, à le supposer opérant à l'encontre de cet acte réglementaire, tiré de ce que l'arrêté ne serait pas suffisamment motivé. Par ailleurs, en se bornant à faire état de la densité de population faible du département de la Corrèze et de ce que des mesures moins contraignantes auraient été prises dans le département plus densément peuplé des Alpes-Maritimes, la requérante ne présente aucune donnée permettant de contester l'évolution épidémique défavorable visée par l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance de la condition exigée par l'article 1er du décret du 29 octobre 2020 doit être écarté.

6. En troisième lieu, si Mme C ne conteste pas que le virus de la covid-19 et ses variants présentent un risque de propagation que l'arrêté attaqué a pour objet de limiter, la requérante fait valoir que la densité de population du département de la Corrèze ne justifierait pas les restrictions apportées à la liberté d'aller et venir auxquelles procède l'arrêté du 18 février 2021, lequel comporte une obligation générale, entre le 21 février 2021 et le 20 mars 2021, de porter le masque sur la voie publique sur l'ensemble du département de la Corrèze, à l'exception des personnes visées à son article 2, soit celles en situation de handicap et les enfants de moins de 11 ans. Ce faisant, la requérante n'apporte aucun élément relatif à la situation épidémiologique dans ce département, dont il résulterait, en corrélation avec la densité de sa population invoquée, un caractère disproportionné de la mesure de port du masque en litige, y compris au regard d'autres départements faisant l'objet de mesures moins contraignantes. En se bornant, en particulier, à affirmer que le département de la Corrèze " n'est pas considéré, en termes médicaux, même après la nouvelle intervention du Premier ministre Jean Castex en date du 4 mars 2021 comme zone présentant un risque particulier ", la requérante ne présente aucune donnée factuelle à laquelle la préfète de la Corrèze aurait acquiescé en omettant de produire le mémoire en défense malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 30 novembre 2021 au titre de l'article R. 612-6 du code de justice administrative, ou qui démontrerait que l'obligation imposée par l'arrêté du 18 février 2021 ne serait pas strictement proportionnée aux risques sanitaires encourus au vu de la situation épidémiologique constatée, à la date de l'arrêté, sur le territoire du département de la Corrèze. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté méconnaît le principe de proportionnalité doit être écarté.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme C est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Une copie en sera adressée pour information au préfet de la Corrèze.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.

La rapporteure,

N. GAULLIER-CHATAGNER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef,

La Greffière

M. B

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