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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2100431

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100431

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2100431
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantAKAKPOVIE EKOUE DIDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mars 2021, Mme A C, représentée par Me Akakpovie, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 février 2021 par laquelle la préfète de la Corrèze a rejeté sa demande de titre de séjour et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Corrèze, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- la décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux et complet de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'alinéa 8 de l'article L. 511-1 III du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2021, la préfète de la Corrèze conclut au rejet de la requête.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 mars 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gaullier-Chatagner a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante guinéenne née au mois de janvier 1994, est entrée sur le territoire français de façon irrégulière en 2014. Elle a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 13 octobre 2014, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 23 avril 2015. Elle s'est vu délivrer plusieurs titres de séjour pour raison de santé entre les mois d'octobre 2016 à avril 2019. Elle a fait l'objet d'une décision lui refusant un titre de séjour le 15 juillet 2019, qui a été annulée par un jugement du tribunal administratif de Limoges du 28 novembre 2019. Une nouvelle décision de refus a été prise le 27 janvier 2020, accompagnée d'une obligation de quitter le territoire français. Par un jugement du 11 juin 2020, le tribunal administratif de Limoges a rejeté la demande présentée à son encontre. Une nouvelle demande a été déposée par la requérante le 2 décembre 2020 au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Le 16 février 2021, la préfète de la Corrèze a rejeté sa demande de titre de séjour et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pendant une durée d'un an. Mme C demande l'annulation de ces décisions.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision litigieuse par laquelle la demande de Mme C a été rejetée précise la situation administrative de la requérante, sa situation familiale sur le territoire français, en particulier l'année de naissance de ses enfants, et fait état de l'absence d'éléments nouveaux depuis le rejet de sa demande d'asile, présentés par la requérante démontrant qu'elle serait exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne des droits de l'homme en cas de retour dans son pays d'origine. Il ne ressort ainsi ni de la décision attaquée, ni d'aucun élément produit par la requérante, que la préfète de la Corrèze n'aurait pas sérieusement pris en compte la situation personnelle de Mme C. Par suite, le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

4. La décision de refus de séjour en litige n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme C de ses enfants nés en 2014, 2017 et 2019, lesquels ont vocation à la suivre en cas de retour en Guinée. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que les enfants de la requérante ne pourraient poursuivre leur scolarité en Guinée. Par ailleurs, si la requérante fait état de problèmes de santé rencontrés par son fils aîné, elle n'apporte aucune précision en ce sens et n'établit pas qu'il ne pourrait pas bénéficier du suivi nécessaire en Guinée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des dispositions et stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a vécu de façon régulière sur le territoire français entre les mois d'octobre 2016 à avril 2019, avant de faire l'objet d'une décision portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire le 27 janvier 2020. Si la requérante était, à la date de la décision attaquée, mère de trois enfants nés en 2014, 2017 et 2019, et enceinte d'un quatrième enfant, elle n'apporte toutefois, en faisant état de leur seule scolarisation, aucun élément de nature à démontrer qu'elle aurait transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français et elle n'établit pas davantage son intégration socioprofessionnelle sur le territoire, alors qu'elle a vécu jusqu'à l'âge de 20 ans en Guinée, où elle a nécessairement conservé des attaches sociales. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, la décision contestée n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît donc pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas non plus entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte des développements qui précèdent que Mme C n'est pas fondée à solliciter l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français en raison de l'illégalité de la décision rejetant sa demande de titre de séjour. Le moyen doit par suite être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " III. - L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. / Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour (). Lorsqu'elle ne se trouve pas en présence du cas prévu au premier alinéa du présent III, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français (). Lorsque l'étranger ne faisant pas l'objet d'une interdiction de retour s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative prononce une interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour () ".

9. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

10. La décision en litige, qui vise les dispositions précitées du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique notamment que Mme C s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français pendant presqu'un an à compter du délai de départ qui lui avait été accordé dans le cadre de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 27 janvier 2020. L'arrêté pris le 16 février 2021 se réfère, en outre, à la date d'entrée sur le territoire français de Mme C et ajoute que la requérante ne possède pas de revenus en France, ne présente aucun projet professionnel et que la décision ne porte pas atteinte à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, la décision contestée comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est ainsi suffisamment motivée.

11. En troisième lieu, et ainsi que cela a été précédemment exposé, l'arrêté attaqué fait état, outre la mesure d'éloignement prise à l'encontre de la requérante, de la date de son entrée en France, des modalités de son séjour sur le territoire et de son absence d'intégration sur le territoire. Par suite, la préfète de la Corrèze, qui n'a pas pris en compte le critère tiré d'une menace pour l'ordre public et n'avait donc pas à se prononcer sur ce critère, n'a pas limité son appréciation au seul critère tiré de l'existence d'une mesure d'éloignement non exécutée. Le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'erreur de droit doit donc être écarté. Par ailleurs, la circonstance qu'un recours, qui n'a pas de caractère suspensif, soit pendant devant la cour administrative d'appel de Bordeaux à l'encontre de la mesure d'éloignement ne faisait pas davantage obstacle à ce que la préfète de la Corrèze puisse fonder sa décision sur cette mesure. Enfin, en faisant état de son suivi par la mission locale et de son logement, Mme C ne démontre pas, en dépit de la durée de son séjour en France durant sept ans, que la préfète de la Corrèze se serait à tort fondée sur son absence d'intégration sur le territoire français. Le moyen tiré d'une méconnaissance des dispositions précitées du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

12. En quatrième lieu, en ce qui concerne les moyens tirés d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la mesure sur sa situation personnelle et d'une méconnaissance du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, la requérante ne fait état d'aucun élément particulier, en lien avec l'objet de la décision attaquée, et se réfère à ses écritures dirigées contre la décision de refus de titre de séjour. Ces moyens doivent par suite être écartés pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 3 à 6 du présent jugement.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C à l'encontre des décisions du 16 février 2021 par lesquelles la préfète de la Corrèze a rejeté sa demande de titre de séjour et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pendant une durée d'un an doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que ses conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme C est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Akakpovie et au préfet de la Corrèze.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

La rapporteure,

N. GAULLIER-CHATAGNER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef,

La Greffière

M. B

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