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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2100459

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100459

jeudi 8 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2100459
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantMARTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 mars 2021, M. C A, représenté par Me Marty, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 novembre 2020 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à son avocat sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de procédure en raison de l'irrégularité de l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale et est ainsi intervenue en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur d'appréciation de conséquences de celle-ci sur sa situation personnelle ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 janvier 2022, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 janvier 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Siquier a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, aux termes de l'article R. 313-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Pour l'application du 11° de l'article L. 313-11, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Il résulte de ces dispositions combinées à celles de l'article R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 qu'il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis par un collège de médecins, nommés par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii), auquel un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'intéressé et établi par un médecin instructeur qui ne siège pas au sein du collège, est préalablement transmis.

2. Le requérant soutient que l'avis du collège des médecins de l'Ofii serait irrégulier dès lors que le rapport médical aurait été établi par un médecin qui a siégé au sein du collège qui a rendu l'avis du 29 octobre 2019. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le rapport médical a été établi le 16 octobre 2020 par un médecin qui ne faisait pas partie du collège ayant émis un avis le 29 octobre 2020 sur la situation médicale de M. A. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations et des dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4. M. A, ressortissant albanais, né en 1995 à Lac, est entré en France, selon ses déclarations, le 27 janvier 2019. Sa demande d'asile a été refusée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 31 mai 2019 puis par la Cour nationale du droit d'asile le 16 septembre 2019. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 24 juin 2019 qu'il n'a pas exécutée. Il est célibataire, sans enfant. Si sa sœur et son beau-frère sont présents en France, d'une part ils y résident irrégulièrement et n'ont pas vocation à s'y maintenir et d'autre part, il n'établit pas entretenir en France avec eux ni d'ailleurs avec d'autres personnes des liens d'une particulière intensité ni y avoir transféré le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Si M. A se prévaut de son état de santé et de son handicap résultant de ce qu'il est sourd et muet et que la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées lui a reconnu la qualité de travailleur handicapé, et fait valoir qu'il fera l'objet de discrimination du fait de ce handicap en cas de retour en Albanie, il n'apporte aucun élément de nature à établir une discrimination dans son pays d'origine. Par suite, en refusant de lui délivrer le titre de séjour demandé, le préfet de la Haute-Vienne n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale par rapport aux buts en vue desquels la décision attaquée a été prise. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. () ".

6. Si M. A demande que lui soient appliquées les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour les motifs exposés au point 4 du présent jugement, il n'établit aucune circonstance pouvant être regardée comme constituant un motif humanitaire ou exceptionnel qui serait de nature à justifier son admission au séjour au sens des dispositions citées au point précédent. Le préfet de la Haute-Vienne ne les a donc pas méconnues en refusant de délivrer au requérant un titre de séjour sur leur fondement.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 19 novembre 2020 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé à M. A la délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent être elles aussi rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. A est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Marty et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- M. Christophe, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.

La rapporteure,

H. SIQUIER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef,

La Greffière

M. B

if

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