mardi 7 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2100470 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELAS GOUT DIAS AVOCATS ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 17 mars 2021 et le 13 septembre 2023, la SARL DIX NEUF SOIXANTE NEUF, représentée par Me Dias demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 janvier 2021 par lequel la préfète de la Corrèze lui a retiré l'agrément sanitaire dont elle bénéficiait aux fins d'exercer les activités de transformation de produits à base de viandes et de découpe de viande de volailles ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- cette décision et entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle méconnait les énonciations de la note de service DGAL/SDSSN2O15-364 en tant que le manquement relevé et ayant trait à la stabilité des produits appertisés à température ambiante aurait dû donner lieu à injonction avant le retrait de l'agrément ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'appréciation quant aux valeurs stérilisatrices des foies gras qui sont conformes aux normes sanitaires ;
- la préfète a fait application, à tort, des dispositions de l'article L. 233-2 du code rural et de la pêche maritime, dès lors que l'état de ses bâtiments ainsi que " les process " appliqués ne justifiaient pas une mesure de retrait " pur et simple ", que le centre technique de la conservation des produits agricoles (CTCPA) a conclu dans un compte rendu du 19 février 2021 à l'absence de risques sanitaires, que ce n'est qu'à partir de l'année 2019 que des non conformités majeures ont été relevées alors que les précédents contrôles opérés, notamment en 2016 et 2018, n'avaient pas donné lieu à " des remarques particulières ", que cette mesure de retrait lui est très préjudiciable notamment sur le plan financier.
Par des mémoires en défense enregistrés le 17 juin 2021 et le 11 octobre 2023, le préfet de la Corrèze conclut au rejet de la requête comme non fondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement n°852/2004 du Parlement européen et du conseil du 29 avril 2004 relatif à l'hygiène des denrées alimentaires ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martha,
- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,
- et les observations de M. A, gérant de la SARL DIX NEUF SOIXANTE NEUF.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL DIX NEUF SOIXANTE NEUF exerce une activité de transformation de produits à base de viande, de découpe de volailles et de confection de conserves à Eyrein en Corrèze. A la suite d'une inspection sanitaire effectuée, le 11 août 2020, par les services de la direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations de la Corrèze dans les locaux de cette entreprise, il a été relevé divers manquements à la réglementation applicable à l'hygiène, la préparation, la manipulation et le stockage des denrées d'origine animale préparées sur place. Par un arrêté du 22 septembre 2020, la préfète de la Corrèze a suspendu l'agrément sanitaire de la société requérante. A la suite d'une nouvelle visite d'inspection réalisée le 8 décembre 2020 et au vu de la persistance de non-conformités relatives à l'état des locaux et leur inadaptation pour une activité agréée, l'autorité administrative, après avoir mis en œuvre la procédure contradictoire, a procédé par un arrêté du 4 janvier 2021 au retrait de l'agrément sanitaire de cette société. La SARL DIX NEUF SOIXANTE NEUF demande au tribunal d'annuler cette décision.
2. D'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 233-2 du code rural et de la pêche maritime : " Les établissements qui préparent, traitent, transforment, manipulent ou entreposent des produits d'origine animale ou des denrées alimentaires en contenant destinés à la consommation humaine sont soumis, selon les cas, à agrément ou à autorisation, lorsque cela est requis par les règlements et décisions communautaires ou par des arrêtés du ministre chargé de l'agriculture. L'agrément ou l'autorisation est délivré par l'autorité administrative. / En cas de méconnaissance des exigences sanitaires fixées par les règlements et décisions communautaires ou par les arrêtés du ministre chargé de l'agriculture mentionnés à l'alinéa précédent, l'autorité administrative peut suspendre l'agrément ou l'autorisation en impartissant au titulaire un délai pour y remédier. S'il n'y est pas remédié à l'expiration du délai fixé, l'agrément ou l'autorisation est retiré. ".
3. D'autre part, l'annexe II du règlement n°852/2004 susvisé impose notamment dans son chapitre II portant dispositions spécifiques pour les locaux où les denrées alimentaires sont préparées, traitées ou transformées une conception et un agencement des locaux devant permettre la mise en œuvre de bonnes pratiques d'hygiène, en particulier des revêtements de sols, des surfaces murales et les surfaces dans les zones où les denrées alimentaires sont manipulées bien entretenus, faciles à nettoyer et au besoin à désinfecter, des plafonds et faux-plafonds construits de manière à empêcher l'encrassement et à réduire la condensation, dans son chapitre V relatif aux dispositions applicables aux équipements, des articles, installations et équipements construits réalisés et entretenus de manière à réduire au maximum les risques de contamination, de manière à être tenus propres et au besoin désinfectés.
4. En l'espèce, pour prononcer le retrait de l'agrément sanitaire de l'entreprise requérante, la préfète a retenu qu'eu égard à la vétusté des locaux et des équipements destinés à la production de denrées alimentaires à base de viandes et à l'insuffisance des mesures d'amélioration mises en œuvre par la SARL DIX NEUF SOIXANTE NEUF, les exigences sanitaires fixées par les règlements et décisions communautaires ou par les arrêtés du ministre chargé de l'agriculture n'étaient pas satisfaites.
5. Il ressort des pièces du dossier qu'à la faveur d'une visite d'inspection réalisée le 11 août 2020 par des agents de la DDCSPP, des manquements aux règles d'hygiène ont été constatés consistant, d'une part, en l'existence de locaux non conformes pour la préparation de repas, en un défaut de conception des locaux favorisant la contamination des denrées alimentaires et empêchant un nettoyage effectif, en la conception de locaux dans des matériaux ne permettant pas la mise en œuvre des bonnes pratiques d'hygiène, d'autre part, en des dysfonctionnements relatifs au conditions de stockage de certains bocaux vides, à la maitrise des températures de conservation des denrées, à la validation des barèmes de stérilisation, à la traçabilité des denrées et aux procédures de congélation et de décongélation. Sur la base de ce rapport, la préfète, par un arrêté du 22 septembre 2020 qui n'a pas été contesté, a suspendu l'agrément sanitaire détenu par la SARL DIX NEUF SOIXANTE NEUF en application des dispositions citées au point 2.
6. Il ressort également des pièces du dossier que s'il a été relevé lors de l'inspection de la DDCSPP du 8 décembre 2020 des améliorations sur certains des points notés lors de la visite du 11 août 2020, la persistance de non-conformités a également été constatée concernant notamment le stockage des bocaux, l'absence de validation des barèmes de stérilisation pour des conserves de foie gras, l'état vétuste et inadapté à une activité agréée des locaux et de certains matériels, rendant impossible un nettoyage et une désinfection efficaces.
7. Tout d'abord, si le requérant soutient que l'un des motifs de la décision, celui relatif aux valeurs stérilisatrices des foies gras produits et aux processus de stérilisation, serait entaché d'erreur de fait, la décision de retrait d'agrément est fondée, ainsi que dit au point 4, sur la vétusté des locaux et des équipements destinés à la production de denrées alimentaires à base de viandes et à l'insuffisance des mesures d'amélioration mises en œuvre par la SARL DIX NEUF SOIXANTE NEUF. Par suite, ce moyen ne pourra qu'être écarté en tant qu'il est inopérant de même que celui tenant à la méconnaissance d'une note de service du 6 octobre 2015 relative aux produits appertisés et qui ne porte pas sur l'état des locaux.
8. Ensuite, si le requérant soutient que les disfonctionnement relevés, dont il ne conteste pas sérieusement la matérialité, ne justifiaient pas une mesure de retrait pure et simple, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que des non conformités analogues avaient déjà été constatées le 11 août 2020, d'autre part, que des observations sur l'état inadapté des locaux avaient déjà été formulées à la SARL requérante à plusieurs reprises notamment en 2009, 2010, 2011, 2012, 2016, lesquelles observations ont notamment conduit à une suspension de l'agrément entre le 18 novembre 2016 et le 28 janvier 2017, date à laquelle un agrément conditionnel a été rétabli pour une durée de 3 mois, renouvelable une fois, ainsi qu'à une mise en demeure le 23 octobre 2019 de remettre en état les plafonds, sols et murs dégradés notamment dans le local plonge et les vestiaires. Dans ces conditions, les seules circonstances que l'entreprise a procédé à des travaux sur ces locaux en 2017 et que la visite d'inspection conduite en mai 2018 n'ait pas relevé de non-conformités concernant les installations ne sont pas de nature à contredire les constats circonstanciés réalisés lors des visites du 11 août 2020 et du 8 décembre 2020 concluant à un état vétuste et inadapté des locaux ni à remettre en question l'appréciation portée par les services vétérinaires sur les risques sanitaires occasionnés par l'état de ces locaux à la lumière des dispositions de l'annexe II du règlement mentionné au point 3.
9. Puis, si l'entreprise requérante se prévaut d'un rapport du centre technique de la conservation des produits agricoles (CTCPA) concluant à l'absence de risques sanitaires en raison des locaux dans le cadre des volumes de production actuels, ce document, outre qu'il a été réalisé le 19 février 2021, soit postérieurement à la visite d'inspection du 8 décembre 2020, émane d'un organisme dont l'objet n'est pas de se prononcer sur les conditions de délivrance ou de retrait d'un agrément sanitaire. Au surplus, le rapport fait état de ce " que les locaux sont très anciens, c'est le point faible de la structure (). Le sol et les murs sont carrelés mais des accrocs et trous |[ne sont pas rebouchés] ce qui ne facilite pas le nettoyage ". Dès lors, les conclusions de ce rapport ne sont pas de nature à remettre en question les constats faits lors des visites du 11 août 2020 et 8 décembre 2020, ayant conduit aux mesures de suspension puis de retrait de l'agrément sanitaire du 22 septembre 2020 et 4 janvier 2021, concluant à un état vétuste et inadapté des locaux ni à remettre en question l'appréciation portée par les services vétérinaires sur les risques sanitaires occasionnés par l'état de ces locaux à la lumière des dispositions de l'annexe II du règlement mentionné au point 3.
10. Enfin, la liberté du commerce et de l'industrie s'entend de celle d'exercer une activité économique dans le respect de la législation et de la réglementation en vigueur et conformément aux prescriptions qui lui sont légalement imposées, tout spécialement lorsqu'elles poursuivent une exigence aussi impérieuse que la protection de la santé publique. Dans ces conditions, et à supposer qu'en se prévalant du préjudice financier que lui a causé la décision en litige, la société requérante entende invoquer l'atteinte portée par la décision qu'elle conteste à la liberté du commerce et de l'industrie, elle n'est pas fondée à invoquer ce moyen dès lors que la mesure qui lui a été opposée, prise sur le fondement des dispositions citées au point 2, a pour seul objet de protéger les consommateurs en leur assurant un haut degré de sécurité sanitaire.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la préfète de la Corrèze, en retirant l'agrément sanitaire à la SARL DIX NEUF SOIXANTE NEUF après avoir constaté que cette entreprise n'avait pas remédié à l'ensemble des non conformités relevées dans le cadre de la procédure ayant conduit à la suspension de cet agrément, n'a pas commis d'erreur d'appréciation au regard des dispositions citées au point 2. Par suite, la requête de la SARL DIX NEUF SOIXANTE NEUF doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE
Article 1er : La requête de la SARL DIX NEUF SOISANTE NEUF est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL DIX NEUF SOISANTE NEUF et au ministre de l'agriculture et de l'alimentation.
Copie en sera adressée pour information au préfet de la Corrèze.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Martha, premier conseiller,
- M. Boschet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.
Le rapporteurLe président
F. MARTHA D. ARTUS
Le greffier,
G. JOURDAN-VIALLARD
La République mande et ordonne
au ministre de l'agriculture et de l'alimentation en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
G. JOURDAN-VIALLARD
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026