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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2100492

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100492

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2100492
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantDOUNIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 mars 2021, M C B, représenté par Me Douniès, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 22 janvier 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Ofii de lui délivrer les conditions matérielles d'accueil, à savoir le versement de l'allocation pour demandeurs d'asile à compter du 22 janvier 2021 et, dans l'attente de ce versement, de lui octroyer le bénéfice d'avances perçues du gestionnaire du lieu d'hébergement, dans le délai de 24 heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation à percevoir l'indemnité d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été en mesure de présenter ses observations dans un délai de quinze jours en méconnaissance du droit d'être entendu et qu'il n'a pas bénéficié d'un entretien d'évaluation de sa vulnérabilité ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation particulière dès lors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas apprécié sa situation de vulnérabilité à la date de sa demande.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés sont inopérants ou non fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 février 2021.

La clôture de l'instruction a été fixée au 6 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Siquier a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, la décision attaquée, qui refuse d'accorder à M. B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, vise les articles L. 744-8 2° et D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne que M. B a présenté, sans motif légitime, sa demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France. Dans ces conditions, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

2. En deuxième lieu, selon l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : / 1° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières, a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes, ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ; / 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. () / La décision de retrait des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. ". Aux termes de l'article D. 744-37 de ce code, alors en vigueur : " Le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile peut être refusé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration : () 2° Si le demandeur, sans motif légitime, n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 ; (). ". Aux termes de l'article D. 744-38 du même code, alors en vigueur : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du 1° de l'article L. 744-8 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. () ".

3. Il résulte des dispositions précitées que l'obligation de mettre en mesure le demandeur d'asile de présenter des observations avant l'intervention d'une décision ne s'applique qu'aux décisions portant retrait des conditions matérielles d'accueil et non aux décisions refusant d'accorder le bénéfice de ces conditions matérielles d'accueil. Dans ces conditions, M. B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la décision attaquée a pour objet de lui refuser l'octroi des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

4. En troisième lieu, selon l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. () / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ". Enfin, aux termes de l'article L. 723-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / III. - L'office statue également en procédure accélérée lorsque l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile constate que : / () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; () ".

5. En l'espèce, M. B fait valoir que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas procédé à l'examen de sa situation de vulnérabilité à la date de sa demande. Toutefois, outre qu'il a bénéficié lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile, d'un entretien conduit par un agent formé spécifiquement et dans une langue qu'il comprend, durant lequel sa situation a été évaluée, il n'apporte aucun élément de nature à justifier des raisons pour lesquelles il a déposé sa demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France conformément aux dispositions précitées des articles L. 744-8 2° et D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, dès lors que l'intéressé ne justifie pas d'un motif légitime, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que l'Ofii lui a refusé, pour ce seul motif, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision du 22 janvier 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'Ofii a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à ce que l'Ofii soit condamné au versement d'une somme d'argent au titre des frais de justice.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. B est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Douniès et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Une copie du jugement sera adressée au directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Limoges.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- M. Christophe, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.

La rapporteure,

H. SIQUIER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne

au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef,

La Greffière

M. A

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