jeudi 28 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2100515 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | LIERE-JUNJAUD-LEFRANC-BERQUEZ-DEMONT ET ANC. VILLATTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 mars 2021 et le 20 juin 2023, M. G H, représenté par Me Demont, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 26 janvier 2021 par lequel le préfet de l'Indre lui a interdit d'exercer, contre rémunération ou à titre bénévole, toutes fonctions mentionnées à l'article L. 212-1 du code du sport pour une durée de dix ans ;
2°) de mettre à la charge du préfet de l'Indre une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) d'ordonner l'exécution provisoire de la décision à intervenir.
Il soutient que :
- l'arrêté litigieux est entaché d'un vice de procédure compte tenu des irrégularités affectant la composition du conseil départemental de la jeunesse, des sports et de la vie associative de l'Indre qui s'est réuni le 14 décembre 2020 ;
- cet arrêté est insuffisamment motivé ;
- la matérialité des faits n'est pas établie ;
- le préfet a méconnu le principe de la présomption d'innocence ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur de qualification des faits au regard des dispositions de l'article L. 212-13 du code du sport ;
- il existe une disproportion, d'une part, entre les faits allégués et le caractère total de la mesure d'interdiction retenue, d'autre part, entre les faits allégués et la durée de cette interdiction.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mai 2021, le préfet de l'Indre conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. H ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du sport ;
- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements ;
- le décret n° 2006-665 du 7 juin 2006 relatif à la réduction du nombre et à la simplification de la composition de diverses commissions administratives ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience :
- le rapport de Mme Gaullier-Chatagner,
- et les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. H, titulaire du diplôme d'instructeur fédéral de karaté, est éducateur sportif à titre bénévole au sein de deux associations sportives situées dans le département de l'Indre dont il assure également, pour l'une d'entre elles, la présidence. Le 8 septembre 2020, la direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations (DDCSPP) de l'Indre a été saisie par la direction des sports du ministère des sports à la suite de courriers de signalement portant sur des comportements inappropriés qu'aurait eu M. H à l'égard de trois anciennes élèves, entre 2003 et 2019. A l'issue de l'audition des personnes intéressées, le préfet de l'Indre a, par un arrêté du 6 octobre 2020, prononcé à l'encontre du requérant une interdiction temporaire d'exercer les fonctions mentionnées à l'article L. 212-1 du code du sport en application de la procédure d'urgence prévue à l'article L. 212-13 de ce code. Une enquête administrative a par la suite été ouverte et la formation spécialisée en matière d'interdiction d'exercer du conseil départemental de la jeunesse, des sports et de la vie associative (CDJSVA) de l'Indre, réunie le 14 décembre 2020, s'est prononcée à l'unanimité en faveur d'une interdiction d'exercer les fonctions mentionnées à l'article L. 212-1 du code du sport pour une durée de dix ans. Par la présente requête, M. H demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2021 par lequel le préfet de l'Indre a prononcé à son encontre une interdiction d'exercer les fonctions mentionnées à l'article L. 212- 1 du code du sport pour une durée de dix ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 212-13 du code du sport, dans sa rédaction applicable au litige : " L'autorité administrative peut, par arrêté motivé, prononcer à l'encontre de toute personne dont le maintien en activité constituerait un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants l'interdiction d'exercer, à titre temporaire ou définitif, tout ou partie des fonctions mentionnées à l'article L. 212-1. / () Cet arrêté est pris après avis d'une commission comprenant des représentants de l'Etat, du mouvement sportif et des différentes catégories de personnes intéressées () ".
3. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou s'il a privé les intéressés d'une garantie.
4. En premier lieu, l'article 29 du décret du 7 juin 2006 relatif à la réduction du nombre et à la simplification de la composition de diverses commissions administratives dispose que : " I. - Le conseil départemental de la jeunesse, des sports et de la vie associative () émet les avis prévus aux articles L. 227-10 et L. 227-11 du code de l'action sociale et des familles et à l'article L. 212-13 du code du sport () / IV. - Lorsque le conseil départemental donne les avis mentionnés au deuxième alinéa du I, le préfet réunit une formation spécialisée comprenant : / 1° Des représentants des services déconcentrés de l'Etat et des organismes assurant à l'échelon départemental la gestion des prestations familiales, pour au moins un tiers de la formation spécialisée ; / 2° Des représentants, à parité, des associations et mouvements de jeunesse ainsi que des associations sportives ; / 3° Un représentant des organisations syndicales de salariés et un représentant des organisations syndicales d'employeurs exerçant dans le domaine du sport, ainsi qu'un représentant des organisations syndicales de salariés et un représentant des organisations syndicales d'employeurs exerçant dans le domaine de l'accueil des mineurs mentionnés à l'article L. 227-4 du code de l'action sociale et des familles ; / 4° Des représentants des associations familiales et des associations ou groupements de parents d'élèves ". En outre, aux termes de l'article 7 de l'arrêté du 17 juin 2019 du préfet de l'Indre : " Lorsque le conseil départemental de la jeunesse, des sports et de la vie associative donne les avis mentionnés aux articles L227-10 et L227-11 du code de l'action sociale et des familles et à l'article L212-13 du code du sport, le président réunit une formation spécialisée composée comme suit : / 1) M. le préfet de l'Indre ou son représentant, président ; / 2) au titre des services déconcentrés de l'Etat dans le département : - le Directeur Départemental de la Cohésion Sociale et de la Protection des Populations ou son représentant, - l'Inspecteur d'académie, Directeur des Services Départementaux de l'Education Nationale ou son représentant, - la Directrice départementale de la Direction Territoriale de la Protection Judiciaire de la Jeunesse ou son représentant, - le Commandant du groupement de Gendarmerie de l'Indre ou son représentant ; / 3) Un représentant des organismes assurant à l'échelon départemental, la gestion des prestations familiales : - le Directeur de la Caisse d'Allocations Familiales ou son représentant : Monsieur B S ; / 4) Deux représentants d'associations et mouvements de jeunesse et d'éducation populaire agréés : - le Président de la Fédération Départementale des Familles L ou sa représentante : Madame Q O ; - la Présidente de la Fédération des Organisations Laïques (FOL) ou sa représentante : Madame I D ; / 5) au titre des représentants des associations familiales et des associations ou groupements de parents d'élèves : - un représentant de l'Union Départementale des Associations Familiales (UDAF) : () ; - un représentant de la Fédération des Conseils de Parents M des écoles publiques de l'Indre (FCPE) : () / 6) au titre des associations sportives () : - un représentant du Spéléo Club de Valençay : () ; - un représentant du Nautique Club de Châteauroux () ; / 7) au titre des organisations syndicales d'employeurs et de salariés : a) pour le domaine du sport : - un représentant du Conseil social du mouvement sportif (COSMOS) : () ; - une représentante de la Confédération Française Démocratique du Travail (CFDT) : () ; b) pour le domaine de l'animation et de la jeunesse : - un représentant du Conseil National des Employeurs Associatifs (CNEA) : () ; - une représentante de l'Union Nationale des Syndicats Autonomes (UNSA) éducation : () ".
5. De première part, aux termes des dispositions de l'article R. 133-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les dispositions du présent chapitre s'appliquent aux commissions administratives à caractère consultatif, quelle que soit leur dénomination, placées auprès des autorités de l'Etat et des établissements publics administratifs de l'Etat, (). Constituent des commissions administratives à caractère consultatif au sens du présent chapitre toutes les commissions ayant vocation à rendre des avis sur des projets de texte ou de décision même si elles disposent d'autres attributions. / Les dispositions du présent chapitre ne s'appliquent ni aux commissions administratives à caractère consultatif composées exclusivement d'agents de l'Etat, ni aux instances d'étude ou d'expertise, ni aux organes créés au sein des établissements publics administratifs de l'Etat ou des services à compétence nationale pour assister leurs autorités compétentes dans l'exercice de leurs missions. (). ".
6. Le CDJSVA, qui n'entre dans aucune des catégories pertinentes exclues du champ d'application défini par ces dispositions, constitue une commission administrative à caractère consultatif au sens de ces mêmes dispositions est, par suite, régi par les règles posées par le chapitre III du titre III du livre Ier du code des relations entre le public et l'administration.
7. De deuxième part, aux termes de l'article R. 133-3 du code des relations entre le public et l'administration, ainsi applicable au CDJSVA et à ses formations spécialisées : " Sous réserve de règles particulières de suppléance : / 1° Le président et les membres des commissions qui siègent en raison des fonctions qu'ils occupent peuvent être suppléés par un membre du service ou de l'organisme auquel ils appartiennent () ". Aux termes de l'article R. 133-9 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'il n'est pas suppléé, le membre d'une commission peut donner un mandat à un autre membre ". Par ailleurs, l'article 45 du décret du 29 avril 2004 dispose que : " I- En cas d'absence ou d'empêchement du préfet, sans que ce dernier ait désigné par arrêté un des sous-préfets en fonction dans le département pour assurer sa suppléance, celle-ci est exercée de droit par le secrétaire général de la préfecture () ".
8. M. R a été nommé secrétaire général de la préfecture de l'Indre par un décret du Président de la République du 6 mai 2020, publié au Journal officiel de la République française le 7 mai 2020. En application des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration et du décret du 29 avril 2004, M. R était donc compétent pour présider la commission en litige en cas d'absence ou d'empêchement du préfet de l'Indre, sans qu'une délégation ne soit exigée pour le représenter. En outre, si le requérant soutient qu'il n'est pas justifié par l'administration du pouvoir dont disposaient quatre représentants siégeant à cette commission, soit les représentants de l'inspecteur de l'académie, du commandant du groupement de gendarmerie, du directeur de la caisse d'allocations familiale et du président de la fédération départementale des familles rurales, il ressort des pièces du dossier, en particulier des différents courriels produits par les organismes convoqués à cette commission, ainsi que du formulaire de déclaration des personnes chargées de l'administration de l'association " Familles rurales, fédération départementale de l'Indre " produits en défense, que ces quatre représentants appartiennent au même service ou organisme que les membres titulaires qu'ils ont suppléés, ce qui n'est d'ailleurs pas contesté par le requérant. Dans ces conditions, et alors en outre que l'article 7 de l'arrêté préfectoral du 17 juin 2019, cité au point 4 du présent jugement, prévoit expressément la possibilité pour chacun des membres de la formation spécialisée en charge des interdictions d'exercer du CDJSAV de l'Indre d'être représenté à l'occasion de la réunion de cette formation, la circonstance que Mme K, M. F, M. N et Mme P ne disposaient pas d'un pouvoir de représentation n'a pas entaché d'irrégularité la procédure ayant précédé la décision attaquée.
9. De troisième part, aux termes de l'article R. 133-10 du code des relations entre le public et l'administration : " Le quorum est atteint lorsque la moitié au moins des membres composant la commission sont présents, y compris les membres prenant part aux débats au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle, ou ont donné mandat () ".
10. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la liste des membres présents figurant au procès-verbal de la formation spécialisée du CDJSVA, accompagnée de la liste d'émargement également produite par l'administration, que quatre membres de cette commission étaient absents et aucune disposition n'impose que ces absences fassent l'objet d'une mention expresse sur ce procès-verbal. A supposer que le requérant ait, en outre, entendu contester le respect de l'application de la règle de quorum en faisant état de ce qu' " il n'est fait mention ni de l'absence, ni de la présence, ni même de la convocation " de la directrice départementale de la protection judiciaire de la jeunesse, du représentant du club nautique de Châteauroux, du représentant du conseil social du mouvement sportif et du représentant du CNEA, il ressort des pièces du dossier que douze membres de la commission étaient présents le 14 décembre 2020 lors de l'examen de la situation du requérant, soit plus de la moitié des seize membres composant la commission. La circonstance que quatre d'entre eux étaient absents lors de la réunion du 14 décembre 2020 n'entache dès lors pas d'irrégularité l'avis émis. Enfin, le préfet de l'Indre produit un courrier du 4 décembre 2020, faisant suite à une convocation du 30 novembre 2020, portant transmission des documents relatifs à la réunion prévue le 14 décembre 2020, adressé au directeur de la direction territoriale de la protection judiciaire de la jeunesse et au président du comité social du mouvement sportif de l'Indre. Si ni les convocations, ni les courriers justifiant l'absence à la commission du représentant du club nautique de Châteauroux, et du représentant du Conseil national des employeurs associatifs n'ont été produits en défense, cette circonstance n'est pas, à elle seule de nature et au vu des circonstances de l'espèce, susceptible d'avoir exercé une influence sur le sens de la décision, et n'a pas davantage privé le requérant d'une garantie, dès lors que la règle de quorum a été respectée et que l'avis du CDJSVA a été émis à l'unanimité de ses membres.
11. Eu égard à l'ensemble de ce qui précède, les moyens tirés de ce que la décision attaquée serait entachée d'un vice de procédure en lien avec la procédure suivie devant la CDJSVA ne peut qu'être écarté en toutes ses branches.
12. En deuxième lieu, l'arrêté du 26 janvier 2021 mentionne les dispositions sur lesquelles il est fondé, notamment les articles L. 212-1 et L. 212-13 du code du sport, et indique avec précision les faits reprochés à M. H signalés à l'administration, en faisant expressément référence au contenu des auditions intervenues durant l'enquête administrative ayant précédé l'édiction de la mesure contestée, et en caractérisant l'existence du risque que le maintien en activité du requérant ferait, selon les termes de la décision, peser sur la santé physique et morale des pratiquants. En outre, la décision fait référence à plusieurs reprises aux auditions de M. H, à la circonstance qu'il a nié les faits, en faisant état à plusieurs reprises de certains de ses arguments, lesquels n'avaient pas à être retranscrits dans leur intégralité dans la décision attaquée. Dans ces conditions, et alors au demeurant que le requérant ne peut utilement, à l'appui d'un moyen tiré de la régularité formelle de l'acte attaqué, contester le bien-fondé de ses motifs, l'arrêté litigieux répond à l'exigence de motivation en droit et en fait posée par les dispositions de l'article L. 212-13 du code du sport cité au point 2 du présent jugement.
13. En troisième lieu, les dispositions précitées de l'article L. 212-13 du code du sport soumettent l'édiction d'une mesure d'interdiction d'exercer les fonctions mentionnées à l'article L. 212-1 de ce code, laquelle constitue une mesure de police administrative, à la circonstance que le maintien en activité de l'intéressé constitue un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants, indépendamment de l'exercice de toute poursuite pénale. Ainsi, la circonstance que M. H n'a pas été l'objet de telles poursuites à la suite de la main-courante déposée à son encontre au motif que l'infraction n'était pas suffisamment caractérisée est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Pour les mêmes motifs, dès lors que l'objet de cette décision n'est pas de sanctionner les faits qui lui sont reprochés mais de prévenir la répétition de comportements inadaptés constituant un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants, le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu la présomption d'innocence garantie par la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 et par la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que son corolaire selon lequel la charge de la preuve pèse sur l'accusation, doit être écarté comme inopérant. Au surplus, la décision attaquée énonce notamment, en page 2 que " Monsieur H nie les faits et a déclaré () que ce témoignage de Mme A intervient suite à un contentieux avec le père d'une autre licenciée (). Monsieur H a ensuite déclaré que le contact physique n'était pas possible, car le sac de Mme A était rangé dans le coffre ". Elle précise en page 3 que le requérant, lors d'une seconde audition " a confirmé nier les faits et qu'il "avait toujours de bons rapports" avec Mme A ", puis s'agissant d'un autre témoignage qu'il " a précisé par mail, le 26 novembre 2020 se souvenir de cette soirée et a indiqué que Madame D chahutait et qu'il lui avait demandé de quitter l'entraînement ". Par suite, et en tout état de cause, il ne ressort pas des motifs de la décision attaquée que les explications fournies par le requérant n'auraient pas été confrontées aux témoignages recueillis lors de l'enquête administrative.
14. En quatrième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 212-13 du code du sport que pour assurer la protection des pratiquants d'une activité physique ou sportive, l'autorité administrative peut interdire à une personne d'exercer une activité d'enseignement, d'animation ou d'encadrement d'une telle activité, une mission arbitrale, une activité de surveillance de baignade ou piscine ouverte au public, ou d'exploiter un établissement dans lequel sont pratiquées des activités physiques ou sportives, lorsque son maintien en activité " constituerait un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants ". Le législateur a ainsi défini les conditions d'application de cette mesure de police, que l'autorité compétente est tenue, même en l'absence de disposition explicite en ce sens, d'abroger à la demande de l'intéressé si les circonstances qui ont pu motiver légalement son intervention ont disparu et qu'il est établi qu'il n'existe plus aucun risque pour les pratiquants.
15. D'une part, il ressort des signalements transmis à l'administration, ainsi que des procès-verbaux des auditions menées par un agent de la direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations (DDSCPP) de l'Indre, que trois anciennes élèves de M. H ont rapporté des propos et comportements inappropriés que celui-ci aurait eu à leur endroit entre 2003 et 2019, alors qu'elles étaient âgées de 17, 15 et 14 ans et s'entraînaient au club de Buzançais, lesquels auraient notamment consisté en commentaires concernant leur apparence physique, en l'expression de sentiments amoureux, et à deux reprises, l'apposition de ses mains sur leur cuisse ou leur poitrine, l'une d'entre elles relatant qu'il l'aurait, un soir d'entraînement, " plaquée contre le mur " et qu'il aurait " saisi une touffe de [ses] cheveux pour la sentir ". Selon le procès-verbal d'audition de Mme E, qui occupait à cette époque les fonctions de présidente du club de karaté de Valençay, sa fille s'est plainte en 1988, alors qu'elle était âgée de 13 ans, du comportement de M. H à son égard en indiquant que celui-ci avait tenté de l'embrasser de force en rentrant d'un entraînement, ce que l'intéressé aurait, à l'époque, reconnu en déclarant qu'il était " fou du corps " de la jeune fille et ne pouvait s'en empêcher. Il ressort de ces éléments, dont certains sont effectivement relatifs à des faits anciens, comme le souligne M. H, que plusieurs jeunes filles ont témoigné, directement ou par l'intermédiaire de leur mère, de façon concordante, de faits intervenus entre les années 1988 à 2019 de nature à prouver un comportement inapproprié, parfois brutal et relevant de l'agression sexuelle, imputable à M. H.
16. D'autre part, si ces témoignages ont été réunis et adressés à l'administration à la suite d'une démarche entreprise par deux moniteurs du club dans lequel exerçait M. H, après que l'un d'entre eux ait eu connaissance des faits par une élève et s'en soit entretenu avec l'autre qui était fonctionnaire de police, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que cette " concertation " aurait eu pour objet une volonté de nuire à M. H, ni qu'elle aurait eu pour conséquence d'influer sur les témoignages émanant de plusieurs personnes dont il n'est pas établi qu'elles se seraient concertées quant aux faits décrits dans leur témoignage. En outre, la circonstance invoquée par M. H, selon laquelle les parents de l'une des jeunes filles auraient souhaité s'investir davantage dans le club de karaté ne permet pas d'expliquer l'émergence de plusieurs témoignages impliquant M. H. Il en va de même de l'indication formulée par le fils du requérant concernant un conflit né entre M. H et M. J à propos de travaux de menuiserie réalisés au domicile du second par l'entreprise du requérant, qui ne démontre pas qu'il existerait un lien entre M. J et les personnes ayant témoigné du comportement du requérant. Enfin, les circonstances qu'aucune pratiquante du club de Vierzon où le requérant exerçait également ses fonctions d'entraîneur n'ait signalé un geste ou une parole déplacée de M. H, et qu'il produise plusieurs témoignages d'anciennes pratiquantes indiquant n'avoir ni subi ni constaté de gestes ou de parole déplacée, ne sont pas suffisantes à remettre en cause le caractère suffisamment vraisemblable des témoignages concordants faisant état d'actes et de propos déplacés de M. H à l'égard de très jeunes filles. Dans ces conditions, eu égard à la nature des faits en cause et alors, en outre, que M. H est susceptible, aussi bien en qualité d'entraîneur que de président d'une association sportive, d'intervenir en situation d'autorité auprès des pratiquants, notamment des mineurs de moins de 15 ans, le préfet de l'Indre a pu, sans erreur de qualification juridique des faits, retenir que le maintien en activité de M. H présentait des risques pour la santé physique ou morale des pratiquants. Les moyens tirés de ce que la matérialité des faits n'est pas établie et que la décision serait entachée d'une erreur de qualification juridique des faits doivent par suite être écartés.
17. En cinquième lieu, il résulte des motifs développés au point 15 et 16 du présent jugement que les faits qui ont été rapportés à l'encontre de M. H sont graves, qu'ils se sont répétés sur une période importante, et qu'ils impliquent de très jeunes filles, placées en situation de vulnérabilité face à un éducateur sportif plus âgé et expérimenté. Si M. H conteste le caractère proportionné de la mesure au regard de son périmètre, en faisant état de ce qu'il n'est pas démontré en quoi l'exercice de fonctions de président de club représenterait un danger, de telles fonctions au sein d'un club sportif de taille restreinte n'excluent pas une proximité avec un public jeune, que la mesure a précisément pour objet d'éviter afin de protéger la santé physique ou morale des pratiquants. Ensuite, la circonstance que le préfet ait initialement proposé une mesure d'interdiction d'une durée de cinq ans ne démontre pas, à elle seule, que la durée de dix ans serait disproportionnée, alors notamment que cette évolution fait suite à l'avis consultatif émis à l'unanimité par le CDJSVA, dont les membres ont indiqué, après audition du rapport et du requérant, qu'ils étaient favorables à une mesure présentant une durée plus importante. Au vu de l'ensemble de ces éléments, et compte tenu de la nature et de la gravité des faits, ainsi que du public que la mesure a pour objet de protéger, et de l'absence de prise de conscience de l'intéressé du caractère inadapté de son comportement de nature à diminuer le risque de réitération, la mesure portant interdiction d'exercer contre rémunération ou à titre bénévole toutes fonctions mentionnées à l'article L. 212-1 du code du sport pour une durée de dix ans n'apparait pas, dans les circonstances de l'espèce, disproportionnée. Le moyen doit, par suite, être écarté.
18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. H contre l'arrêté du 26 janvier 2021 par lequel le préfet de l'Indre lui a interdit d'exercer, contre rémunération ou à titre bénévole, toutes fonctions mentionnées à l'article L. 212-1 du code du sport pour une durée de dix ans, ainsi que ses conclusions tendant à l'exécution provisoire du jugement, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du préfet de l'Indre, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme d'argent que demande M. H sur le fondement de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. H est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G H et au ministre des sports et des jeux olympiques et paralympiques. Une copie en sera adressée pour information au préfet de l'Indre.
Délibéré après l'audience du 7 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Normand, président,
Mme Siquier, première conseillère,
Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.
La rapporteure,
N. GAULLIER-CHATAGNER
Le président,
N. NORMAND
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne
au ministre des sports et des jeux olympiques et paralympiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
La Greffière
M. C
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026